L'Amour à la mer (1965) : le test complet du Blu-ray

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Guy Gilles
Avec Daniel Moosmann, Geneviève Thénier et Josette Krieff

Édité par Lobster Films

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Le 14/10/2020
Critique

Le premier long métrage de Guy Gilles, le premier de huit récits intimistes sur les espérances déçues de la jeunesse…

L'Amour à la mer

Juillet 1963. Daniel, engagé dans la marine, quitte l’Algérie, devenue indépendante. Avant de rejoindre sa base à Brest, il passe sa permission à Paris, avec Geneviève, qu’il avait rencontrée à Deauville. Il sera libéré de son service militaire dans un an.

L’Amour à la mer, sorti en 1965, est le premier des huit longs métrages que réalisera Guy Gilles dans une carrière interrompue par le sida en 1996. Il avait 57 ans. Son ami d’enfance d’Alger, Jean-Pierre Stora, signe l’accompagnement musical du film et sa première composition pour le cinéma.

Même quand il sourit, il a l’air triste

L’Amour à la mer, le naufrage de l’amour, c’est l’inévitable conséquence du désenchantement qui habite Daniel et les jeunes personnages du cinéma de Guy Gilles, particulièrement les garçons. Le passage de la couleur au noir et blanc annonce l’arrivée de l’ennui, du désir de changement. Quand Daniel quitte Geneviève, dans le train qui l’amène à Brest « où l’on voit la mer au bout de chaque rue », où il a rencontré Guy, un autre marin engagé, avec lequel il se lie d’une forte amitié. Toujours de la couleur à son retour à Paris, un an plus tard, jusqu’à ce que le narrateur exprime ses états d’âme : « il s’étonna d’être revenu là où il s’était lassé, à l’endroit précis qu’il avait fui ».

Le droit de choisir, de changer, d’être différent, donc moi-même

Cette phrase, toujours dite par le narrateur dans la dernière séquence du film, reflète probablement l’état d’âme du réalisateur et est, à tout le moins, emblématique de son oeuvre, révélatrice du traumatisme subi à 20 ans lorsqu’il a dû couper ses racines en Algérie, peut-être aussi de la difficulté, à cette époque, de vivre au grand jour son homosexualité, d’afficher sa « différence ».

L'Amour à la mer

Ce cinéma intimiste est fait d’une suite de plans fixes animés par le déplacement des personnages dans le cadre et par un montage rythmé. Très écrits, les dialogues et les commentaires en voice over - les pensées de Daniel ou la lecture de ses lettres à Geneviève - sont dits sur un ton un peu monocorde qui peut rappeler la direction d’acteurs de Robert Bresson ou d’Éric Rohmer. Le scénario, de temps à autres, s’écarte de l’histoire d’amour de Daniel et Geneviève dans d’indiscrètes parenthèses recueillant les bribes de conversations d’inconnus, surprises dans un café.

L’Amour à la mer rassemble dans les rôles principaux Geneviève Thénier dans celui de Geneviève et, dans celui de Daniel, Daniel Moosmann, qui se lancera dans la réalisation, surtout pour la télévision. Guy Gilles, en mettant beaucoup de lui-même dans le personnage principal, s’investit aussi dans l’interprétation de celui de Guy, l’ami de Brest avec lequel il n’a plus de secrets. Une curiosité de la distribution tient à l’apparition en caméos, de Juliette Gréco et Alain Delon, dans une scène d’un film imaginaire projeté dans un cinéma d’art et d’essai, de Romy Schneider, de Sophie Daumier, de Jean-Pierre Léaud, le type qui fait la manche pour un ticket de métro et dit « chercher sa voie » et de Jean-Claude Brialy, « l’homme qui vit la nuit et a tout raté ».

Ni la sensibilité et la cohérence de l’oeuvre, ni la qualité des dialogues, ni l’originalité de la mise en scène n’y feront : les films de Guy Gilles n’attireront que peu de spectateurs dans les salles, en dépit d’un accueil généralement favorable de la critique et l’attribution, en 1972 du Prix Jean Vigo à Absences répétées, accompagné de la plus belle chanson de Jeanne Moreau, écrite par Guy Gilles et composée par Jean-Pierre Stora.

Saluons donc cette édition d’une version restaurée, la première en haute définition, de L’Amour à la mer, d’Au pan coupé et de Le Clair de terre, trois films majeurs d’un cinéaste injustement méconnu malgré une rétrospective donnée par la Cinémathèque française à l’automne 1994, dix-huit mois avant sa mort.

L'Amour à la mer

Généralités - 4,0 / 5

L’Amour à la mer (77 minutes) et son supplément (32 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-25 logés, dans cette édition combo, en compagnie d’une DVD-5, dans un boîtier de 14 mm, au format DVD.

Le menu fixe et musical, avec la chanson du générique, L’Étranger d’Édith Piaf, propose le film au format audio non compressé LPCM 2.0.

Piste d’audiodescriptions au même format et sous-titres pour malentendants.

Le film a été restauré, par Lobster Films pour l’image, par L.E. Diapason pour le son.

Bonus - 3,0 / 5

En complicité (32’), un entretien avec Jean-Pierre Stora, compositeur de la musique de tous les films de Guy Gilles. Amis d’Alger, le premier passionné par la musique, le second par le théâtre et le cinéma, ils étaient, enfants, « chasseurs d’autographes » pour apprendre des vedettes… « comment devenir artiste ». Ils furent, à 13 ans, engagés pour tenir la chronique Vedettes de passage d’une revue mensuelle de la mairie d’Alger. Quand les deux arrivent à Paris, Mireille encouragea Jean-Pierre Stora à continuer d’écrire de la musique de chansons. Celle qu’il composa pour Manouchka sera, avec six autres thèmes, la musique de L’Amour à la mer, alors en cours de réalisation. L’accompagnement musical d’Au pan coupé n’aura, plus traditionnellement, qu’un seul thème. Pour Le Clair de terre, Guy Gilles a voulu que soit repris le thème musical de l’un de ses courts métrages, Le Partant. Les thèmes étaient écrits à partir du scénario, l’orchestration faite une fois le montage terminé. Jean-Pierre Stora a également composé la partition des derniers films de Gérard Blain et de Le Bled, tourné par Jean Renoir en 1929, et mis en musique de nombreuses chansons.

L'Amour à la mer

Image - 4,0 / 5

L’image (1.37:1, 1080p, AVC) alterne un noir et blanc lumineux et des couleurs vives, solidement contrastées, avec des noirs denses, particulièrement dans les virées nocturnes de Daniel et Guy dans les rues de Brest sous la pluie, immortalisées par Jacques Prévert. Une assez soigneuse restauration a éliminé les traces de dégradation de la pellicule, contrôlé le bruit sans dénaturer la texture du 35 mm, en mordant toutefois un peu sur la ligne blanche dans certaines séquences en noir et blanc, mais laissé subsister une occasionnelle instabilité lumineuse, assez discrète pour n’être pas gênante.

Son - 4,5 / 5

Le son LPCM 2.0, très propre, assure une parfaite clarté des dialogues, dans un bon équilibre avec l’ambiance, la circulation dans les rues de Paris, la pluie sur la rue de Siam, et l’accompagnement musical, restitué sans distorsions ni saturations.

Crédits images : © Droits réservés

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 15 octobre 2020
Le premier des huit longs métrages formant l’œuvre cohérente d’un cinéaste injustement méconnu, au style personnel, resté à l’écart des tendances la Nouvelle vague, à découvrir avec deux autres de ses films, Au pan coupé et Le Clair de terre, édités simultanément.

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