Au pan coupé (1968) : le test complet du Blu-ray

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Guy Gilles
Avec Macha Méril, Patrick Jouané et Bernard Verley

Édité par Lobster Films

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Le 14/10/2020
Critique

Jean n’était pas fait pour vivre heureux. Guy Gilles nous raconte son histoire dans son deuxième long métrage.

Au pan coupé

Jeanne et Jean se sont rencontrés le bistro parisien Au pan coupé. Dès leurs premiers moments ensemble, Jean avait dit qu’il partirait un jour. Il est, en effet, parti, soudainement, pour ne jamais revenir. Mais Jeanne ne sait pas qu’il est mort…

Au pan coupé, le deuxième long métrage de Guy Gilles, sort en 1968, quatre années après L’Amour à la mer, pendant lesquelles il a tourné plusieurs courts métrages, surtout des documentaires. Il réalisera six autres longs métrages, accompagnés par les partitions de son ami des années d’enfance et de jeunesse passées à Alger, Jean-Pierre-Stora.

Quand je trouve un endroit où je suis heureux, je n’ai qu’une envie : celle de partir…

Au pan coupé est une autre variation sur le thème du désenchantement de la jeunesse, celui du premier film, mais en plus sombre. Les personnages des deux films ont en commun d’être lassés de l’amour inconditionnel d’une jeune femme, d’être tenaillés par le désir de la quitter. Mais le désenchantement de Daniel dans le premier se transforme en une fatale désespérance chez Jean, bien qu’il ait trouvé auprès de Jeanne, une opportunité d’être heureux, pour la première fois de sa vie.

Délinquance juvénile… moi, j’aime bien ce mot. Ça fait penser à « liberté »

Au pan coupé, dans une suite d’échanges qu’il a eus avec Jeanne avant de disparaître, rappelés par des flashbacks, révèle un peu du passé de Jean, de son enfance chaotique avec un séjour en maison de redressement après le vol d’un scooter.

Au pan coupé

Le cinéma intimiste de Guy Gilles est fait d’une suite de plans fixes, animés par le déplacement des personnages dans le cadre et par un montage rythmé. Très écrits, les dialogues et les commentaires en voice over sont dits sur un ton un peu monocorde qui peut rappeler la direction d’acteurs de Robert Bresson ou d’Éric Rohmer. Comme le faisait L’Amour à la mer, ce second film surprend les conversations d’inconnus, ici les cancans de deux commères, accoudées de part et d’autre du comptoir d’un bistro.

Au pan coupé met en face de Macha Méril, l’interprète de Jeanne et la productrice du film, un inconnu âgé de 20 ans, Patrick Jouané, découvert par Guy Gilles qui lui avait donné un petit rôle dans L’Amour à la mer. Il l’emploiera une vingtaine de fois dans des courts et longs métrages. On imagine que le jeune acteur a pu facilement entrer dans la peau de son personnage quand on sait que, comme Jean, après une jeunesse d’errance, il a fait plusieurs séjours dans une maison de redressement. Il incarnera un autre marginal en tête d’affiche d’Le Clair de terre que Guy Gilles réalisera deux ans plus tard.

Ni la sensibilité et la cohérence de l’oeuvre, ni la qualité des dialogues, ni l’originalité de la mise en scène n’y feront : les films de Guy Gilles n’attireront que peu de spectateurs dans les salles, en dépit d’un accueil généralement favorable de la critique et de l’attribution, en 1972 du Prix Jean Vigo à Absences répétées, accompagné de la plus belle chanson de Jeanne Moreau, écrite par Guy Gilles et composée par Jean-Pierre Stora.

Saluons donc cette édition d’une version restaurée, la première en haute définition, d’Au pan coupé que sort Lobster Films en même temps que L’Amour à la mer et Le Clair de terre, deux autres films majeurs d’un cinéaste injustement méconnu malgré une rétrospective donnée par la Cinémathèque française à l’automne 1994, dix-huit mois avant sa mort.

Au pan coupé

Généralités - 4,0 / 5

Au pan coupé (72 minutes) et son supplément (43 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-25 logé, dans cette édition combo, en compagnie d’un DVD-5, dans un boîtier de 14 mm, au format DVD.

Le menu fixe et musical, avec la valse du générique (pendant lequel défilent des photos de Patrick Jouané et Macha Méril enfants), sur un thème composé par Jean-Pierre Stora, propose le film au format audio non compressé LPCM 2.0.

Piste d’audiodescription au même format et sous-titres pour malentendants.

Le film a été restauré, par Lobster Films pour l’image, par L.E. Diapason pour le son.

Bonus - 3,0 / 5

Guy Gilles : d’un café à l’autre (43’), fait de trois entretiens. 1. Avec Macha Méril, dans un café nommé Au pan coupé (pas celui du film, démoli). Cinquante ans après le tournage, elle se souvient avoir fondé, sur une idée de Guy Gilles, sa société de production, Macha Films, à une époque où, dans le sillage de la Nouvelle vague, « tout le monde mettait la main à la pâte ». Guy Gilles était « un ingénu savant », avec une innocence de la réalisation et une bonne connaissance de la technique. Créateur, avec beaucoup de plans fixes, de « cartes postales animées », il avait un sens du cadrage, une aptitude à photographier les visages, à capter la lumière, « à transcender la réalité ». Au pan coupé est un des films où elle a joué qui compte pour elle, pour son thème, l’incapacité de certains à s’adapter au monde qui les entoure et pour son « chant d’amour à un Paris secret » de la fin des années 60. 2. Avec Jean-Christophe Bouvet et Philippe Chemin, au Petit Bar. Ils ont été, le premier assistant de Guy Gilles, le second acteur pour Le Jardin qui bascule, sorti en 1975. Ils parlent du cinéma de Guy Gilles, « décoratif, compassé, à l’antipode des tendances », l’oeuvre d’un cinéaste « qui filme comme on peint, comme on écrit ». 3. Avec Gilles Carré, au restaurant Chez Léon. Retenu pour le petit rôle du marin chantant dans Nuit docile, sorti en 1987, il a revu Guy Gilles pour l’assister dans la préproduction, au Maroc, d’un film qui ne s’est jamais fait, sur la vie de Carson et Reeves McCullers. « Il n’avait pas des yeux, il avait des caméras ! »

Au pan coupé

Image - 3,5 / 5

L’image (1.66:1, 1080p, AVC) alterne un noir et blanc lumineux et des couleurs ravivées, bien contrastées. La restauration a éliminé les traces de dégradation de la pellicule, contrôlé le bruit, occasionnellement un peu fort, sans dénaturer la texture du 35 mm, mais laissé subsister une légère instabilité lumineuse, assez discrète pour n’être pas gênante.

Son - 4,5 / 5

Le son LPCM 2.0, très propre, sans souffle, restitue clairement les dialogues, dans un bon équilibre avec l’ambiance et l’accompagnement musical, délivré sans distorsions ni saturations.

Crédits images : © Droits réservés

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 15 octobre 2020
Le deuxième des huit longs métrages formant l’œuvre cohérente d’un cinéaste injustement méconnu, au style personnel, resté à l’écart des tendances la Nouvelle vague, à découvrir avec deux autres de ses films, L’Amour à la mer et Le Clair de terre, édités simultanément.

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