Plus dure sera la chute (1956) : le test complet du Blu-ray

The Harder They Fall

Réalisé par Mark Robson
Avec Humphrey Bogart, Rod Steiger et Jan Sterling

Édité par Sidonis Calysta

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Le 13/10/2020
Critique

Film noir américain classique dénonçant, d’une manière parfois néo-réaliste, l’enfer de la corruption.

Plus dure sera la chute

USA, New York, 1956 : le journaliste sportif Eddie Willis est contacté par Nick Benko, un ambitieux et riche organisateur de combats de boxe. Nick veut lui proposer d’organiser la promotion d’un nouvel espoir argentin, Toro Moreno, un géant qui, avec une bonne publicité, pourrait remplir les salles de boxe de la Californie à New York en passant par l’Oklahoma. Eddie, désabusé et désargenté mais qui est connu dans le milieu et dispose encore de nombreuses relations utiles, sait que Moreno est un géant à la mâchoire de verre et aux pieds d’argile, incapable d’aller jusqu’au championnat. Benko lui faisant miroiter d’énormes profits publicitaires, Eddie saisit néanmoins ce qu’il croit être son ultime opportunité. Il s’acquitte très bien de sa tâche, mais constate, au fil des combats, que Moreno et lui sont tombés sous l’emprise d’un gang d’authentiques criminels.

Plus dure sera la chute (The Harder They Fall, USA 1956) de Mark Robson (1913-1978) est un classique du film noir américain, produit par la Columbia. C’est aussi le second grand film noir consacré à la boxe dans la filmographie de Robson : le premier était Le Champion (USA 1949).

Il ressort de la veine documentariste du genre dans la mesure où son scénario (signé Philip Yordan d’après un livre de Budd Schulberg) est inspiré par des personnages réels et des faits authentiques. Le journaliste et organisateur de combats Harold Conrad est aujourd’hui considéré comme la source du personnage de Willis joué par Bogart. Le célèbre boxeur géant Primo Carnera (aussi acteur dans 22 films américains et italiens entre 1931 et 1958 : cette année-là, il joua le rôle du géant mythologique grec Anthée opposé au Hercule joué par Steve Reeves) intenta un procès aux producteurs mais le perdit : il est considéré comme la source du personnage de Toro Moreno.

En outre, et c’est peut-être là que l’inspiration néo-réaliste de Robson est la plus flagrante, deux boxeurs jouent pratiquement leurs propres rôles : Max Baer (rôle du champion Brannen) et Joe Greb (rôle non crédité du boxeur malade, âgé et pauvre, interviewé par le journaliste joué par Harold J. Stone). Baer avait vaincu Primo Carnera; il avait également causé, en raison de la brutalité de son punch, la mort de deux boxeurs en 1930 et 1932 (mais en était moralement navré alors que le personnage qu’il joue ne l’est pas). Joe Greb, pour sa part, joue littéralement son propre rôle : il souffrait de lésions irrémédiables au cerveau, provoquées par les quelques 120 combats qu’il avait endurés. Robson, à la faveur d’un tel casting, retrouve presque spontanément les principes qui inspiraient Roberto Rossellini et Luchino Visconti dans les années 1950 : supprimer, au moyen de l’art le plus pur, la distance entre la réalité et sa représentation, par une visée documentaire presque ontologique.

Plus dure sera la chute

La boxe fut une des sources d’inspiration du film noir américain : les combats truqués et les punitions cruelles infligées par les gangsters à ceux qui n’honoraient pas leur contrat (immoral) avec eux, étaient déjà le sujet du classique Nous avons gagné ce soir (The Set-Up, USA 1949) de Robert Wise (*). Une séquence brève mais sans ambiguïté (les hommes de main de Benko s’introduisant dans les vestiaires après un match afin de punir un boxeur ne s’étant pas « couché » à temps) renvoie d’ailleurs assez directement au Wise de 1949. La violence graphique est consubstantielle à cette catégorie du genre mais Robson, se souvenant des leçons du producteur Val Lewton pour qui il avait signé ses premiers films fantastiques en 1943-1946, a l’intelligence de la faire attendre assez longtemps pour que son appréhension se transforme en peur chez le spectateur. On devine que le sort de Toro sera cruel: tout le suspense repose sur le sadisme de son attente différée, le rendant plus plausible de minute en minute. Dans les séquences finales, on songe même fugitivement à la créature de Frankenstein telle que Boris Karloff l’interprétait, lorsque sa stature démesurée et son visage défiguré par le combat sont alors devenus réellement spectaculaires, presque plastiquement étranges.

La cruauté du sujet, du scénario et le soin documentaire apporté à sa mise en scène, suffiraient à placer Plus dure sera la chute parmi les meilleurs titres de cette catégorie si attachante et si particulière du film noir américain. Il faut encore y ajouter, sur le plan du casting, les performances remarquables de Humphrey Bogart (dans son ultime rôle avant qu’un cancer ne l’emporte l’année suivante) et de Rod Steiger (dans un rôle aussi puissant que ceux qu’il tient chez Robert Aldrich en 1955 et Francesco Rosi en 1963).

(*) Titre de Wise tenu en haute estime par Henri Agel, Romance américaine, éditions du Cerf, collection 7ème Art, Paris 1963.

Plus dure sera la chute

Généralités - 4,0 / 5

1 Blu-ray BD50 région B, édité par Sidonis Calysta le 08 septembre 2020, collection Films noirs. Image N&B au format original 1.85 compatible 16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 mono VOSTF et VF d’époque. Durée du film sur BRD : 109 min. environ. Suppléments : présentation par Bertrand Tavernier (20 min. environ) + François Guérif (10 min. environ) + galerie affiches.

Bonus - 5,0 / 5

Présentation par Bertrand Tavernier (durée 20 min. environ) : Tavernier examine la genèse du sujet, le tournage, les bio-filmographies succinctes du producteur, du scénariste, des acteurs. Il analyse la mise en scène et la direction de la photographie. Succulentes anecdotes sur Philip Yordan, notamment celle rapportant le propos du cinéaste André DeToth assurant que Yordan n’avait jamais écrit une ligne d’un scénario mais qu’il savait écrire son nom sur un chèque. Elle est sévère pour Yordan et, probablement, consciemment drôle mais consciemment non moins injuste. On ne peut pas passer des années à Hollywood en tant que producteur et scénariste sans être tout de même un peu l’un et l’autre !

Présentation par François Guérif (durée 10 min. environ) : Guérif se concentre surtout sur l’aspect documentaire en présentant les sources historiques. Lui aussi s’intéresse à Philip Yordan mais il lui préfère Budd Shulberg qu’il a personnellement rencontré et qu’il considère comme l’auteur réel de l’histoire, adaptée par lui-même de son livre au titre homonyme et dont Guérif possède la traduction française éditée en son temps sous le titre (moins réussi mais plus percutant) Knock-Out, éditions Robert Laffont, collection Pavillons, Paris 1947. Volume brièvement montré à l’écran durant son intervention et qui lui confère la saveur littéraire et une valeur documentaire de première main.

Galerie affiches : j’écris « affiches » car la vingtaine de documents bien reproduits ici présentés ne comportent pratiquement que des affiches et des affichette. Il n’y a pas de photos à l’exception d’une lobby-card (mexicaine, je pense). Dommage car les jeux de photos de production, de photos de plateau et de lobby-cards d’exploitation d’origine US sont certainement beaux, comme tous ceux de cette époque.

Plus dure sera la chute

Image - 5,0 / 5

Full HD 1080p au format large original 1.85 N&B compatible 16/9. Copie argentique en bon état général. Deux ou trois points de montage instables dans le négatif, l’espace d’un fraction de seconde : le reste est impeccable. Excellent report vidéo équilibrant bien le rapport grain / lissage et nuançant bien les dégradés. Direction de la photographie signée Burnett Guffey, un grand spécialiste du genre film noir, travaillant aussi bien en N&B pour Fritz Lang en 1954 qu’en couleurs pour Arthur Penn en 1968.

Son - 5,0 / 5

DTS-HD Master Audio 2.0 mono en VOSTF et VF d’époque. Offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Une légende a couru un moment à Hollywood concernant le fait que le cancer avait forcé Bogart à être post-synchronisé mais c’est une légende : on entend bien sa véritable voix, d’ailleurs inimitable et aisément reconnaissable, à la diction si élégante, à la tonalité si rude. Il faut d’ailleurs privilégier la VOSTF aussi pour Rod Steiger, plus ambivalent et impressionnant en VO qu’en VF d’époque, par ailleurs soignée. Musique fonctionnelle mais efficace signée Hugo Friedhofer.

Crédits images : © Droits réservés

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 14 octobre 2020
Film noir américain dénonçant, d’une manière vigoureuse et parfois néo-réaliste, l’enfer de la corruption.

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