Je suis un aventurier (1954) : le test complet du Blu-ray

The Far Country

Édition Collection Silver Blu-ray + DVD + Livre

Réalisé par Anthony Mann
Avec James Stewart, Ruth Roman et Corinne Calvet

Édité par Sidonis Calysta

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Le 26/02/2021
Critique

Un des fleurons de la dernière période des westerns américains nous revient après restauration, dans une remarquable édition limitée.

Je suis un aventurier

Seattle, 1896. Soupçonné du meurtre d’un voleur de bétail, Jeff Webster quitte Seattle pour Skagway, où il est accusé d’avoir troublé l’ordre public par Gannon, un juge corrompu qui confisque son troupeau. Après avoir récupéré son bétail en pleine nuit, Jeff part pour Dawson, dans le Yukon, avec Ronda Castle qui l’a engagé comme chef d’équipe. Mais Gannon est sur ses traces…

Je suis un aventurier (The Far Country), sorti en 1954, est un des huit films qu’Anthony Mann a réalisés avec James Stewart de 1950 à 1955, avec quatre autres grands westerns, Winchester 73 (Winchester ‘73 , 1950), Les Affameurs (Bend of the River, 1952), L’Appât (The Naked Spur, 1953) et L’Homme de la plaine (The Man from Laramie, 1955), une suite de succès commerciaux dans lesquels l’acteur incarne un personnage différent de ceux qu’il avait jusque-là interprétés dans des comédies dramatiques dont l’archétype était La Vie est belle (It’s a Wonderful Life, Frank Capra, 1946).

- You’ve got to help people when they need help! - Why? I take care of me!

« - Tu dois aider les gens quand ils ont besoin de toi ! - Pourquoi ? Je prends soin de moi ! » Cet échange entre Renée, une jeune immigrée, et Jeff est emblématique du nouveau type de personnage représenté par James Stewart dans les films d’Anthony Mann. Ici un homme peu amène, un loup solitaire, au passé trouble, foncièrement égoïste, seulement intéressé par l’argent, insensible à l’injustice… bien différent du portrait-robot du traditionnel héros westernien.

I am the law!

Je suis un aventurier

Je suis un aventurier tire une de ses forces de la qualité de la distribution des seconds rôles, en tête de laquelle s’impose John McIntire, fascinant dans son interprétation, à la fois diabolique et drôle, de Gannon, un tyran qui fait et défait la loi, administre la « justice » à son seul profit, le type de personnage, traditionnel dans le genre, qu’on retrouvera dans Juge et hors-la-loi (The Life and Times of Judge Roy Bean, John Huston, 1972). Apparaissent aussi au générique plusieurs figures iconiques du western, Walter Brennan (244 emplois, trois Oscars du meilleur second rôle), Jay C. Flippen, un pochard sur lequel on épingle une étoile de sheriff, et une des plus belles sales gueules du Grand Ouest, Jack Elam. On remarque également, côté dames, Ruth Roman, une vilaine au grand coeur, notre compatriote Corinne Calvet et Kathleen Freeman qui allait asseoir sa célébrité sur sa contribution à douze films avec Jerry Lewis.

Je suis un aventurier se distingue aussi par la beauté de sa photographie. Anthony Mann, avec la complicité de William H. Daniels, le chef-opérateur de cinq de ses films, Oscar de la meilleure photographie pour La Cité sans voiles (The Naked City, Jules Dassin, 1948), confirme sa capacité à capter l’essence des paysages, ici ceux du Jasper National Park dans l’Alberta, au Canada. Toutefois, le village de Dawson est un décor de studio (aujourd’hui réduit à 1 400 âmes, il abrita jusqu’à 40 000 habitants au plus fort de la ruée vers l’or, en 1898).

Je suis un aventurier

Généralités - 5,0 / 5

Je suis un aventurier (97 minutes) et ses généreux suppléments (101 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 et sur un DVD-9 logés dans un Digibook non fourni pour le test, effectué sur le seul Blu-ray.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale en anglais, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux au format audio DTS-HD Master Audio 2.0 mono.

Un livre de 144 pages de Marc Toullec, intitulé Les icones du western : James Stewart, s’ouvre sur un prologue retraçant les débuts de l’acteur, son diplôme d’architecture, son premier contrat pour un petit rôle dans The Murder Man (Tim Whelan, 1935) payé 350 $ par semaine, sa rencontre décisive, une quinzaine de films plus tard, avec Frank Capra, en 1938, pour Vous ne l’emporterez pas avec vous (You Can’t Take It with You), salué par l’Oscar du meilleur réalisateur, son engagement dans la US Air Force où, de simple soldat, il devint colonel, puis sa collaboration avec Anthony Mann, Alfred Hitchcock, Otto Preminger, Billy Wilder, John Ford. Le livre se poursuit par une revue détaillée de ses westerns, Femme ou démon (Destry Rides Again, George Marshall, 1939), avec Marlene Dietrich, La Flèche brisée (Broken Arrow, Delmer Daves, 1950), avec Jeff Chandler, puis, sur 36 pages, des cinq westerns réalisés par Anthony Mann, de Winchester 73 à L’Homme de la plaine (The Man from Laramie). Viennent ensuite, Le Survivant des monts lointains (Night Passage, James Neilson, 1957), avec Audie Murphy, puis, sur 23 pages, les trois films de John Ford, Les 2 cavaliers (Two Rode Together, 1961), L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance, 1962) et Les Cheyennes (Cheyenne Autumn, 1964), ainsi que La Conquête de l’Ouest (How the West Was Won, John Ford, Henry Hathaway, George Marshall, Richard Thorpe, 1962). Suivent trois films dirigés par Andrew V. McLaglen, Les Prairies de l’honneur (Shenandoah, 1965), Rancho Bravo (The Rare Breed, 1966) et Bandolero ! (1968), puis deux films avec Henry Fonda, Les 5 hors-la-loi (Firecreek, Vincent McEveety, 1968) et Attaque au Cheyenne Club (The Cheyenne Social Club, Gene Kelly, 1970). Le livre se referme sur Le Dernier des géants (The Shootist, Don Siegel, 1976), un épilogue avec une rapide évocation des derniers films et une filmographie complète de l’acteur.

Un livre intéressant, agréable à lire, abondamment illustré de photos de films, de photos de plateau et d’affiches.

Je suis un aventurier

Bonus - 3,5 / 5

Deux suppléments exclusifs :

Présentation par Bertrand Tavernier (30’). Je suis un aventurier est la troisième réussite de la collaboration d’Anthony Mann, de James Stewart et Borden Chase, après Les Affameurs et Winchester ‘73. Le scénario ressemble étrangement au roman d’Ernest Haycox Les Fugitifs de l’Alder Gulch (NDLR : rien d’étonnant, il est adapté de cette oeuvre publiée en 1942 !). Certains ont vu, à tort, Je suis un aventurier comme un western traditionnel, alors que le personnage tenu par James Stewart est un homme trouble, égoïste, complaisant devant les excès de pouvoir de Gannon, en décalage avec l’image antérieurement projetée par James Stewart sur les écrans. Avec une distribution de qualité, ce film démontre l’art de Mann à filmer des paysages « intégrés à la dramaturgie (…) aux sentiments des personnages ».

Présentation par Patrick Brion (12’). 1954 fut une grande année pour le western avec La Rivière sans retour, Apache, Vera Cruz, Le Jardin du diable, Taza, le film de Cochise, La Lance brisée, Silver Lode, Johnny Guitar… James Stewart, filmé par Anthony Mann, n’est jamais sympathique. On le revoit ici avec Pie, le cheval qu’il a monté dans 17 westerns, pendant 22 ans.

Les deux suppléments suivants sont une reprise partielle (sans le nouveau commentaire audio du film par le critique Adrian Martin) des bonus accompagnant le Blu-ray sorti en 2019 aux USA par Arrow Video :

Frontières américaines : Anthony Mann chez Universal (33’) par Alan K. Rode, Rob Word, C. Courtney Joyner et Michael Schlesinger, historiens du cinéma. Trois périodes dans sa filmographie, les films noirs de série B des débuts, les westerns dans les années 50, puis les films à gros budget. Les années 50 sont marquées par une évolution du western vers un genre majeur, moins conventionnel, dont Bend of the River est un bel exemple. La collaboration entre Anthony Mann et James Stewart s’est élargie à d’autres genres, avec Thunder Bay (Le port des passions), en 1953, et Romance inachevée (The Glenn Miller Story, 1954), un énorme succès commercial. Le refus d’Anthony Mann de réaliser Night Passage avec Audie Murphy mit fin à sa collaboration avec James Stewart.

Mann of the West (24’). Kim Newman compare le duo Anthony Mann-Jimmy Stewart à celui de Budd Boetticher et Randolph Scott. Il rapproche l’intrigue de The Far Country de celle de Josey Wales hors la loi (The Outlaw Josey Wales, Clint Eastwood, 1976), avec leur héros solitaire, tourmenté, égoïste. Le thème classique de la criminalité ambiante dans les villes où s’étaient installés les chercheurs d’or est aussi exploité, avec une belle mise en scène de la fusillade finale.

Bande-annonce (2’20”).

Je suis un aventurier

Image - 3,5 / 5

L’image, 1080p, AVC, ici au ratio 1.85:1 (le film a également été distribué, à sa sortie, au format 2.00:1 ; l’édition Arrow Video de 2019 propose les deux), restaurée après numérisation 4K, un peu douce, avec une restitution assez fade de la palette du Technicolor, propose des couleurs assez soigneusement étalonnées, mais avec quelques ombres grisâtres sur la peau des personnages, par exemple sur celle de Ruth Roman dans le saloon à 58’20”. La sorte d’écho, due à la superposition des trois pellicules du procédé trichrome, est rarement visible (on peut la déceler, par exemple, sur la roue à aube du vapeur à 4’17”). Pas de lissage excessif du grain, parfois invasif sur les fonds de ciel.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0 mono de la version originale, restauré à partir des négatifs optiques, très propre, pratiquement sans souffle, est légèrement étouffé, mais sans saturations.

Ce constat vaut pour le doublage en français, un peu monotone.

Crédits images : © Universal International Pictures

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 26 février 2021
Un des fleurons de la dernière période du western américain, au scénario subtil, avec un héros trouble. La qualité de la réalisation prouve l’efficacité de la conjugaison des talents d’Anthony Mann, de James Stewart, du scénariste Borden Chase et du chef-opérateur William H. Daniels.

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