Forfaiture (1937) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Marcel L'Herbier
Avec Victor Francen, Sessue Hayakawa et Louis Jouvet

Édité par Rimini Editions

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Le 27/01/2021
Critique

Marcel L’Herbier a réalisé ce film en hommage à une première version du mélodrame par Cecil B. DeMille. Cette édition nous propose les deux oeuvres.

Forfaiture

Denise Moret se rend en Mongolie pour rejoindre Pierre, son mari, ingénieur sur un chantier. Après avoir perdu une grosse somme au jeu, Denise emprunte de l’argent au prince Lee-Lang. Celui-ci lui fait des avances qu’elle repousse. Le prince décide de se venger.

Forfaiture, sorti en 1937, le trentième de la cinquantaine de longs métrages de Marcel L’Herbier, est la troisième adaptation (et la dernière à ce jour) d’un scénario original écrit par Hector Turnbull. La seconde fut tournée en 1931 par George Abbott et Berthold Viertel. Mais c’est la première, Forfaiture (The Cheat), réalisée en 1915 par Cecil B. DeMille (incluse dans cette édition), qui avait impressionné Marcel L’Herbier, au point, selon certains biographes, d’avoir déclenché sa vocation pour le cinéma et poussé à réaliser un remake en 1937, ce que confirme un carton placé en tête du générique : « En hommage au film célèbre réalisé en 1915 par Cecil B. DeMille ».

Forfaiture, le remake, conserve dans les grandes lignes la trame du mélodrame original : le prince Lee-Lang, de Birman est devenu Chinois. Le mari de l’héroïne, boursicoteur dans la première version, est ingénieur en travaux publics dans la seconde.

Forfaiture

Le rôle du prince asiatique est tenu, dans les deux films, par Sessue Hayakawa. Membre d’une troupe théâtrale japonaise en représentation aux USA, il fut engagé en 1914 par Reginald Barker pour The Wrath of the Gods, dans lequel jouait aussi Frank Borzage, le futur réalisateur deux fois oscarisé, pour L’Heure suprême (7th Heaven) en 1927, et pour Bad Girl en 1931. C’était, pour Sessue Hayakawa, le premier d’une centaine de rôles qui allait faire de lui l’acteur asiatique le plus célèbre à Hollywood, universellement reconnu pour ses interprétations d’un cruel officier nippon dans Captives à Bornéo (Three Came Home, Jean Negulesco, 1950) et, surtout, dans Le Pont de la rivière Kwai (The Bridge on the River Kwai, David Lean, 1957).

La distribution est complétée par Victor Francen et Louis Jouvet, dans un rôle de méchant qui n’existait pas dans le scénario original. Côté dames, Lise Delamare et Sylvia Bataille, parmi un bon nombre de personnages secondaires et une foule de figurants.

Forfaiture

Forfaiture, tourné aux Studios du Point du Jour, à Billancourt, et en Camargue pour les scènes d’extérieur, a largement profité de la photographie d’Eugen Schüfftan, arrivé au cinéma dans la pépinière constituée pour la création de Les Hommes le dimanche (Menschen am Sonntag), coréalisé en 1930 par Robert Siodmak, Edgar G. Ulmer, Rochus Gliese, Curt Siodmak et Fred Zinnemann. Un des plus talentueux chefs-opérateurs de son temps, il recevra l’Oscar de la meilleure photo pour L’Arnaqueur (The Hustler, Robert Rossen, 1961).

Forfaiture, s’il peut difficilement se mesurer aux trois chefs-d’oeuvre de Marcel L’Herbier, L’Inhumaine (1924), L’Argent (1928) et Le Bonheur (1934), méritait d’être, pour la première fois, édité en vidéo. On aimerait bien voir apparaître prochainement dans nos catalogues Feu Mathias Pascal, sorti en 1926.

Forfaiture

Généralités - 2,0 / 5

Forfaiture (100 minutes) et ses généreux suppléments (117 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier glissé dans un fourreau.

Le menu animé et musical propose le film, restauré par Les Films du Panthéon en collaboration avec Les Films du Jeudi, au format audio DTS-HD Master Audio 1.0.

Une édition DVD est sortie simultanément, avec le même contenu.

Bonus - 4,0 / 5

Marcel L’Herbier, poète de l’art silencieux (54’, un film de Laurent Véray, produit par Carlotta Films et AFRHC en 2007, 1.33:1, Dolby Digital mono). L’acteur Frédéric Pierrot lit plusieurs écrits de Marcel L’Herbier sur sa conception du cinéma, à l’occasion d’une visite à Jean-Louis Cot, chef du service restauration aux Archives françaises du film, une division du CNC qui conserve les films argentiques dans le fort de Bois-d’Arcy (les films numérisés sont à la Bibliothèque nationale de France). Les films sur pellicule nitrate, antérieurs à 1953, inflammables, sont entreposés dans des locaux séparés. Dans un entretien enregistré en 1969, Marcel L’Herbier rappelle le discrédit dans lequel avait été longtemps tenu le cinéma, « un art forain », et sa découverte des possibilités qu’il ouvrait en voyant The Cheat de Cecil B. DeMille, Naissance d’une nation (The Birth of a Nation, 1915) et Intolérance (Intolerance: Love’s Struggle Throughout the Ages, 1916) de D.W. Griffith. Il rappelle sa « découverte des mystères de la caméra » en tournant en 1918 son premier long métrage, Rose France, un film de propagande du Service cinématographique des armées. Plusieurs historiens du cinéma, François Albera (Université de Lausanne), Christophe Gauthier (Cinémathèque de Toulouse), Noel Burch (Université de Lille), Dimitri Vezyroglou (Paris I), Alain Carou (Bibliothèque nationale de France), évoquent le cinéma de Marcel L’Herbier qui, particulièrement avec L’Argent, son dernier film muet, a contribué dans les années 20 « à la légitimation du cinéma en tant qu’art ». Le réalisateur, soutenu par Louis Delluc, fut longtemps sous-estimé avant d’être justement réhabilité, notamment par Noël Burch dans un dossier publié dans Les Cahiers du cinéma en 1958 et, cinq ans plus tard, par un livre de la collection Cinéma d’aujourd’hui chez Seghers.

Forfaiture, film de Cecil B. DeMille (The Cheat, 1915, 1.33:1, noir et blanc teinté, Mpeg-2, Dolby Digital 1.0, 59’). Cecil B. DeMille s’était, depuis seulement un peu plus d’un an, lancé dans la carrière de cinéaste quand il réalisa The Cheat, produit par Paramount. Bien que son nom n’apparaisse pas au générique, le film révèle l’originalité de l’écriture filmique de Cecil B. DeMille, avec une succession de plans larges et de gros plans, d’audacieux clairs-obscurs, un rythme donné au récit par l’alternance de plans larges et de plans rapprochés, des personnages entrant et sortant du champ, des angles variés… On comprend, en replaçant ce film à l’époque de son tournage, que sa forme ait marqué Marcel L’Herbier.

Bande-annonce.

Forfaiture

Image - 4,5 / 5

L’image (1.37:1, 1080p, AVC) a bénéficié d’une soigneuse élimination des marques de dégradation de la pellicule et d’un contrôle du bruit respectueux de la texture argentique. Stable, lumineuse, agréablement contrastée, avec des noirs denses, elle offre un dégradé de gris bien étalonné mettant en valeur la photo d’Eugen Schüfftan.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 est, dans l’ensemble, propre lui aussi : pas de craquements, un souffle, souvent éliminé, au moins toujours contenu à un niveau peu gênant. Les dialogues sont clairement rendus. Quelques inévitables distorsions dans les passages forte de l’accompagnement musical.

Crédits images : © Société du Cinéma du Panthéon

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 28 janvier 2021
Ce mélodrame de Marcel L’Herbier, magnifiquement photographié, était encore inédit en vidéo. Il nous est proposé, après restauration, accompagné du film de Cecil B. DeMille auquel il rend hommage.

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Forfaiture
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