L'Espion qui venait du froid (1965) : le test complet du Blu-ray

The Spy Who Came in from the Cold

Mediabook Blu-ray + DVD

Réalisé par Martin Ritt
Avec Richard Burton, Claire Bloom et Oskar Werner

Édité par ESC Editions

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Le 16/02/2021
Critique

L’adaptation du premier roman d’espionnage de John Le Carré, situé en pleine guerre froide, donne un de ses meilleurs rôles à Richard Burton.

L'Espion qui venait du froid

Pendant la guerre froide, au début des années 60. Alec Leamas fait croire qu’il a été renvoyé des services secrets britanniques, afin d’être contacté par des espions travaillant pour l’Allemagne de l’Est. Son objectif : fournir des informations compromettant indirectement l’un des leurs, Hans-Dieter Mundt, lequel aurait causé la mort d’un espion britannique abattu sous les yeux de Leamas.

L’Espion qui venait du froid (The Spy Who Came from the Cold), sorti en 1965, est le onzième des 26 longs métrages réalisés par Martin Ritt. Ce cinéaste discret - il se voyait comme un « artisan » - surtout connu pour Norma Rae, sorti en 1979, avait attiré l’attention en 1963 par sa nomination aux Oscars pour Le Plus sauvage d’entre tous (Hud), un drame sur l’antagonisme entre un père et son fils, avec Paul Newman et Melvyn Douglas.

L’Espion qui venait du froid, l’adaptation du troisième roman de John Le Carré, le premier d’une suite de bestsellers, après deux romans policiers à petit tirage, porte un regard sombre et cruel sur le monde de l’espionnage, à l’opposé du brillant revers d’une même médaille proposé par Ian Fleming avec le personnage de James Bond, exubérant, intrépide, séducteur, le contretype d’Alec Leamas, désabusé, amer, abruti par le whisky.

L'Espion qui venait du froid

Avec une mise en scène sobre - la caméra, sur un axe horizontal, suit les personnages avec de discrets panoramiques ou travellings - au service d’un récit, exigeant une attention soutenue, centré sur Alec Leamas, présent dans toutes les séquences, souvent filmé en plan rapproché.

Un style d’écriture qui concentre l’attention sur les acteurs, en particulier sur Richard Burton, ici dans une des meilleures démonstrations de son talent. Il est soutenu par Claire Bloom, replongée, douze ans plus tard, dans l’atmosphère de L’Homme de Berlin (The Man Between, Carol Reed, 1953), par Peter van Eyck dans la peau de Mundt, agent double et ancien SS, et par Oskar Werner, au faîte de sa renommée en cette année 1965 avec la sortie de deux autres films, La Nef des fous (Ship of Fools, Stanley Kramer) et Fahrenheit 451 de François Truffaut. Il fut salué par un Golden Globe pour son interprétation de Fiedler, un agent du contre-espionnage est-allemand de L’Espion qui venait du froid.

L’Espion qui venait du froid était introuvable en France, la précédente édition DVD sortie par Paramount Pictures en 2006 étant depuis longtemps épuisée. ESC Éditions comble heureusement cette lacune en nous proposant ce film important en haute définition avec, en complément, un livret et deux vidéos de très bonne tenue.

L'Espion qui venait du froid

Généralités - 4,5 / 5

L’Espion qui venait du froid (112 minutes) et ses suppléments (44 minutes) tiennent sur une Blu-ray BD-50 logé dans un Mediabook (non fourni pour le test) en compagnie d’un DVD-9 avec le seul film.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux au format DTS-HD Master Audio 2.0 mono.

Le livret de 32 pages, écrit par Olivier Père, critique et directeur général d’ARTE France Cinéma, s’ouvre sur le scénario, réaliste, à l’opposé de la fantaisie des aventures de James Bond, coécrit, avec quelques aménagements apportés au roman, par Paul Dehn qui avait été chef instructeur dans le Camp X, un centre de formation des agents secrets alliés pendant la seconde guerre mondiale. Le choix d’une image grise « correspond parfaitement à ce monde des espions où rien ni personne n’est tout noir ou tout blanc » dans lequel évolue un antihéros. Le livret se poursuit avec une revue de l’oeuvre de Martin Ritt, « un humaniste à Hollywood », qui, après une expérience d’acteur sur les planches et devant la caméra, avait participé à l’essor de la télévision comme acteur, réalisateur et producteur, avant d’être blacklisté en 1952. Il tourna en 1957 son premier film, L’Homme qui tua la peur (Edge of the City) (Edge of the City), dans lequel « il aborde des thèmes qui reviendront régulièrement dans son oeuvre : le racisme, la prise de conscience sociale, la solidarité ouvrière, l’exploitation. » Dans sa filmographie, se distinguent Le Plus sauvage d’entre tous (Hud, 1963) et L’Espion qui venait du froid « ouvrant une brèche moderniste » avec un « pessimisme qui imprègne également trois autres films de la même période : Hombre (1967), Les Frères Siciliens (The Brotherhood, 1968) et Traître sur commande (The Molly Maguires, 1970). Puis vinrent deux succès, Le Prête-nom (The Front, 1976), avec Woody Allen, et Norma Rae (1979), avec Sally Field, au crépuscule d’une carrière qui « s’achève en demi-teinte ». Les pages suivantes sont consacrées à Richard Burton, devenu une superstar de Hollywood « au milieu d’occasions gâchées et de rendez-vous ratés. » Le livret se referme sur John Le Carré, de l’écrit à l’écran, avec une revue des adaptations cinématographiques de ses romans.

L'Espion qui venait du froid

Bonus - 4,0 / 5

Entretien avec Frédéric Albert Levy (31’, ESC Éditions, 2020). L’argument commercial du film était « l’anti-James Bond », en noir et blanc, avec un thème musical élégiaque, peu ou pas de scènes d’action, aucun gadget, bien que son coscénariste, Paul Dehn, soit l’auteur du scénario de Goldfinger, sorti un an plus tôt et qu’on puisse établir certaines correspondances entre les deux films. Ian Fleming réagit par le fantasme au déclin du pouvoir de l’Empire britannique que John Le Carré et Martin Ritt ont choisi d’évoquer avec un « réalisme outrancier » que certains ont qualifié de « nihiliste ». Martin Ritt avait acheté, avant sa sortie, les droits du roman à John Le Carré, encore peu connu après n’avoir publié que deux romans policiers. Le tournage fut perturbé par l’alcoolisme de Richard Burton dont le cachet était pourtant supérieur de 50% au salaire de Martin Ritt. L’argument essentiel du film, l’affrontement déséquilibré entre le système et l’individu qui finit par choisir son destin, se retrouve dans d’autres films de Martin Ritt.

Analyse de deux séquences par Frédéric Albert Levy (12’, ESC Éditions, 2020). La première, dans l’épicerie est « plus compliquée et plus importante qu’elle n’en a l’air », dans laquelle on voit l’acteur Bernard Lee, l’interprète de « M », le patron de James Bond, sous la blouse d’un petit épicier. La seconde, dans laquelle Alec Leamas sort de prison. Le chroniqueur relève les sous-entendus et les clins d’oeil pour souligner que Martin Ritt a fait d’un « roman cinématographique », surtout composé de dialogues, un « film littéraire ».

Bande-annonce (1’32”), en VO, recadrée au ratio 1.33:1.

L'Espion qui venait du froid

Image - 4,0 / 5

L’image (1.66:1, 1080p, AVC) a bénéficié d’une restauration, probablement celle opérée à partir d’un positif pour l’édition Criterion sortie en 2013, qui n’a laissé subsister, hormis un gros poil à 5’13”, que d’assez fines rayures ou petits points blancs, sans affecter la texture argentique. Elle propose un délicat dégradé de gris, bien étalonné, avec toutefois un léger manque occasionnel de contraste dans quelques séquences de jour. En dépit de ces petits défauts, l’impression d’ensemble est agréable.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0 mono de la version originale, débarrassé tous les bruits parasites pouvant résulter de la dégradation du positif, à l’exception d’un léger souffle accidentel,

vite oublié, assure la clarté des dialogues et délivre avec finesse le thème musical de Sol Kaplan.

Ces observations valent pour le doublage en français, plutôt réussi, au même format, avec des dialogues placés trop en avant qui tendent à masquer l’ambiance, comme le bruit de la mer dans la scène commençant à 48’58”.

Crédits images : © Paramount Pictures All Rights Reserved

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 17 février 2021
La première adaptation d’un roman de John Le Carré, une histoire d’espionnage sombre, pessimiste, aux antipodes de la fantaisie colorée de la franchise James Bond, était depuis longtemps introuvable. Elle nous revient restaurée, en haute définition, accompagnée des compléments qu’elle méritait.

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