Répulsion (1965) : le test complet du Blu-ray

Repulsion

Réalisé par Roman Polanski
Avec Catherine Deneuve, Ian Hendry et John Fraser

Édité par Carlotta Films

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Le 11/06/2021
Critique

Description clinique, d’abord inquiétante puis cauchemardesque, d’un cas de folie meurtrière.

Répulsion

Londres 1965 : Carole, une jeune et belle manucure française, employée dans un institut de beauté réputé, blesse les doigts de ses clientes. Laissée seule durant quelques jours par sa soeur aînée dans leur petit appartement, elle devient hantée par les pires cauchemars, puis commet des homicides avant de sombrer dans un état catatonique.

Répulsion (GB 1965) de Roman Polanski est le résultat d’une rencontre entre ce cinéaste polonais et Compton, une société de production et de distribution anglaise animée par Tony Tenser et Michael Klinger qui prétendaient alors, comme plusieurs autres firmes anglaises (Amicus, Anglo-Amalgamated, British Lion, Tempean Films et quelques autres) concurrencer sur son propre terrain la Hammer Films en produisant des films d’épouvante classés X en Angleterre donc interdits aux moins de 16 ans dans l’ensemble du Royaume-Uni. Ils avaient auparavant distribué des titres aussi remarquables et variés que La Lumière d’en face (Fr. 1956) de Georges Lacombe et que Feux dans la plaine (Nobi, Jap. 1959) de Kon Ichikawa. Ils venaient de produire un film fantastique marchant directement sur les brisées de la Hammer Film, à savoir The Black Torment (Le spectre maudit) (GB 1964) de Robert Hartford-Davis après avoir produit quelques films érotiques. Et la même année, ils allaient également co-produire Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur (A Study in Terror, GB 1965) de James Hill. Alors que Gene Gutowski tentait sans succès de vendre à Londres le scénario de Polanski et Gérard Brach aux agents londoniens des majors, les directeurs de Compton furent immédiatement conscients du potentiel commercial d’un tel scénario qui s’inscrivait dans la droite ligne des oeuvres psychopathologiques produites et écrites par Jimmy Sangster pour la Hammer Films.

Du côté de Polanski et de Brach, l’ambition était de réussir ce premier film anglais tout en se détachant assez nettement des conventions esthétiques et commerciales de la série B, donc de traiter le sujet avec une relative rigueur psychiatrique, quelques touches ironiques et sociales, un haut niveau technique de recherches plastiques. Polanski voulait tenir ainsi les promesses de son premier long métrage, Le Couteau dans l’eau (Pol. 1962) qui faisait lui-même suite à une série de courts métrages remarqués depuis 1957, parfois déjà expérimentaux et fantastiques.

Le suspense de Répulsion repose sur la performance de Catherine Deneuve, sur son intelligente opposition plastique à Yvonne Furneaux (une des trois grandes Yvonne françaises de la Hammer Films avec Yvonne Romain et Yvonne Monlaur, ayant toutes les trois tourné pour Terence Fisher dans certains de ses films majeurs), soutenue par un excellent casting anglais (notamment Valerie Taylor, Ian Hendry, Patrick Wymark, John Fraser). La direction artistique de Seamus Flannery (l’appartement des deux soeurs fut reconstitué sur la base de photos prises dans des appartements réels puis modifiés en perspective) et la direction de la photographie signée par Gilbert Taylor (qui reproduisait la gradation optique d’une vision parfois déformée par la folie) matérialisèrent soigneusement l’univers subjectif de la démente meurtrière. Il était progressivement visualisé par le spectateur comme s’il voyait les choses à sa place et de son point de vue, au moins dans certains plans : ce furent les plus spectaculaires et les plus terrifiants car ils tranchaient sur un contexte par ailleurs strictement réaliste.

Bien sûr, tout n’est pas original et certaines idées sont dans l’air cinématographique depuis longtemps. L’idée de faire débuter un film par un gros plan d’oeil se trouve par exemple déjà chez des cinéastes majeurs (Robert Siodmak en 1946) ou des artisans mineurs mais occasionnellement inspirés (Burt Topper en 1964). Le plan en légère plongée du cadavre placé dans la baignoire évoque un plan analogue tourné dans Six femmes pour l’assassin (Ital. 1964) de Mario Bava, sans même remonter aux Les Diaboliques (Fr. 1955) de Henri-Georges Clouzot. Le cauchemar du couloir évoque inévitablement, pour le cinéphile, La Belle et la Bête (Fr. 1946) de Jean Cocteau qui montrait l’actrice Josette Day s’engager dans un couloir ténébreux où d’étranges bras animés et vivants sortaient des murs pour tenir des bougeoirs. Mais ces idées sont souvent (pas toujours) amplifiées par Polanski en utilisant des distorsions et des effets techniquement souvent virtuoses.

Répulsion reçut, parmi d’autres récompenses, un Ours d’or au Festival de Berlin 1965. Certaines de ses idées plastiques et dramaturgiques, notamment un savant dosage entre vision subjective et vision objective, seront reprises dans Rosemary’s Baby (USA 1968) de Roman Polanski, adapté du roman fantastique homonyme d’Ira Levin, produit par William Castle et Robert Evans pour la Paramount.

Répulsion

Généralités - 5,0 / 5

1 Blu-ray BD50 1080p, éditions Carlotta, le 05 mai 2021, sous fourreau. Durée du film : 105 min. environ. Image N&B au format 1.66 original respecté, compatible 16/9. Son VOSTF et VF d’époque en DTS-HD Master Audio 1.0 Mono. Suppléments : commentaire audio de l’actrice Catherine Deneuve et du cinéaste Roman Polanski + Grand écran : Roman Polanski (ORTF 1964, 21 min.) + Un film d’horreur britannique (USA 2003, 25 min., VOSTF) + Souvenirs du professeur Richard L. Gregory (enregistrement téléphonique, VOSTF, 12 min.) + 2 Bandes-annonces originales (1965) + 2 courts métrages en version restaurée (en HD uniquement sur Blu-ray). Les éditions single Blu-ray et DVD contiennent les mêmes suppléments vidéo que l’édition prestige limitée. Sont inclus dans l’édition prestige limitée un jeu de 5 photos, une affiche, un extrait du scénario, etc.

Bonus - 5,0 / 5

Commentaire audio de Catherine Deneuve et Roman Polanski (VOSTF, 1994) : enregistré en anglais par l’actrice française et le cinéaste polonais pour l’édition américaine DVD Criterion de 1994 puis repris sur le Blu-ray américain Criterion de 2009, on pouvait encore écouter ce commentaire audio en VOSTF sur l’ancienne édition Blu-ray Opening de 2012. Il est très intéressant et cela d’emblée, puisque le célèbre générique d’ouverture défilant sur l’oeil ouvert de l’actrice lui permet de préciser que ce fut, de son point de vue, l’un des plans les plus difficiles à tourner physiquement. Polanski note, en cinéphile cultivé, que le parallélisme qu’on a parfois établi entre le célèbre plan de l’oeil coupé au rasoir dans le Un Chien andalou (Esp.-Fr. 1928) de Luis Bunuel et le plan final du générique d’ouverture dans lequel le nom du réalisateur traverse horizontalement la pupille de l’oeil, ne correspond à aucune intention de sa part. La rencontre est le fruit du hasard. Passionnant d’emblée, donc.

Grand écran : Roman Polanski tourne Répulsion (octobre 1964, durée 22 min.) : état argentique assez bon, transfert en 1080i honorable. Reportage sur le tournage londonien avec le réalisateur Roman Polanski, les actrices Catherine Deneuve et Yvonne Furneaux. On trouvait déjà ce supplément dans l’ancienne édition Blu-ray américaine Criterion de 2009. Polanski fait beaucoup d’effort pour expliquer qu’il ne réalise pas du tout un banal film d’épouvante au journaliste qui s’entretient avec lui : il se positionne un cran au-dessus de ce qu’il juge un vulgaire cinéma d’exploitation. Tel est le sens constant de son discours. Les deux actrices sont étonnées par le soin qu’il prend à mimer chaque scène du point de vue de chaque comédien, par son extrême précision et sa constante recherche. Ensemble constituant un document de première main intéressant.

Un film d’horreur britannique (USA-GB 2003) de David Gregory : on trouvait déjà cet excellent documentaire sur l’ancienne édition Blu-ray Opening de 2012. il examine en détails la genèse, le tournage, la réception critique et financière de ce film fantastique de Polanski. Documentaire produit en 2003 par Blue Underground, la société d’édition du grand cinéaste américain William Lustig. Témoignages du co-producteur-distributeur Tony Tenser, du réalisateur Roman Polanski, du producteur Gene Gutowski, du directeur de la photo Gilbert Taylor (B.S.C.), du directeur artistique Seamus Flannery. A noter au générique que l’un des trois caméramen crédités n’est autre que Jean-Jacques Reverend : se pourrait-il qu’il s’agisse du dédicataire auquel l’historien du cinéma Jean-Marie Sabatier avait dédié son livre Les Classiques du cinéma fantastique (éditions Balland, Paris 1973) ? Je serais assez enclin, pour plusieurs raisons, à le penser ; si oui, qu’il n’hésite pas à me contacter.

Entretien audio avec le professeur Richard L. Gregory (VOSTF, durée 11 min.) : on le trouvait lui aussi sur l’ancienne édition Blu-ray Opening de 2012. il s’agit de souvenirs enregistrés au téléphone sur la manière dont ce neurologue avait été, pendant quelques temps, en relation avec Polanski concernant le projet de réaliser un film d’horreur en 3D. Gregory avait, en effet, écrit un livre sur les rapports de l’oeil et du cerveau qui avait intéressé Polanski ; inversement, Gregory avait été intéressé par les recherches sur la perspective dans le film fantastique de Polanski de 1965. Quelques observations scientifiques intéressantes pour le physiologiste, le neurologue et, last but not least, le cinéphile amoureux de ce film.

2 Bandes-annonces originales (N&B, durée 2 x 3 min. environ) : elles sont proches l’une de l’autre, conçues à l’usage du producteur-distributeur Compton pour la distribution anglaise et internationale à l’exportation. L’état argentique de la seconde est inférieur à celui de la première mais sa photo est davantage contrastée, ses noirs plus profonds. L’ensemble est bien transféré. Dans les deux cas, mêmes lettrines, même identification des comédiens jouant les personnages, même gradation insistante de la voix-off sur l’évolution psychiatrique inéluctable vers le crime. Le titre est expliqué : répulsion désigne l’état éprouvé par l’héroïne à l’égard des hommes qui la désirent physiquement. De la répulsion au meurtre, le chemin est clair et montré par le film. Inversement, les fantasmes de l’héroïne ont un aspect sexuel, assure la même voix-off. Les deux catégories de public visé (celui fréquentant les salles de cinéma d’épouvante, celui fréquentant les cinémas érotiques) sont attirées.

Meurtre (Pol. 1957, N&B, durée 1 min., muet) de Roman Polanski : une silhouette se glisse furtivement dans la chambre où un homme est assoupi. Intéressant hommage à l’expressionnisme allemande : le tueur est un « bourgeois démoniaque » au sens de Lotte H. Eisner. Rare et, je crois, inédit en France au cinéma.

La Lampe (Pol. 1958, N&B, durée 8 min., parlant) de Roman Polanski : un artisan répare des poupées mutilées à la lumière d’une lampe à pétrole puis on lui installe l’électricité qui provoque l’incendie de sa boutique. Autre court métrage rare et à la tonalité encore fantastique : les poupées semblent mener une vie autonome, fantomatique, une fois la lumière de la lampe à pétrole éteinte. La lumière vive et unie de la lampe électrique les tuent d’une certaine manière doublement : parce qu’elle supprime l’atmosphère étrange de l’atelier d’une part, parce qu’elle provoque un incendie qui les brûle d’autre part. Rare également car tout aussi inédit en France au cinéma.

Au total, ensemble remarquable qui provient pour l’essentiel de l’ancienne édition française Blu-ray Opening de 2012 et de l’ancienne édition américaine Blu-ray Criterion de 2009. Carlotta y ajoute les deux courts-métrages polonais mais retranche la galerie photos, la galerie dessins qu’on trouvait sur le Opening de 2012. Dommage car il aurait fallu conserver ces deux galeries et en profiter pour améliorer leur présentation qui n’était pas satisfaisante dans l’ancienne édition Opening car inadaptée à une TV grand écran UHD d’aujourd’hui. Cela mis à part, on peut dire que cette édition l’emporte, concernant la quantité et la qualité des suppléments vidéo, sur toutes celles auparavant parues en France.

Répulsion

Image - 5,0 / 5

Format original 1.66 respecté en N&B, compatible 16/9, Full HD 1080p et master restauré 2K. L’avertissement de la BBFC (British Board of Film Censorship) y figure sur le premier plan. Cette nouvelle édition Carlotta respecte, comme l’édition Criterion américaine, strictement le format original 1.66 alors que l’ancienne édition française Opening était recadrée en 1.77. Copie argentique admirablement restaurée : une seule poussière blanche aperçue en 105 minutes. Niveau de grain correct, excellente gestion des noirs, très bons contrastes. Direction photographique signée Gilbert Taylor, multipliant les prouesses techniques, notamment les effets de perspective et les plans filmés à très courte focale. Peut-être la fascination de Carole par le lustre de son plafond a-t-elle été un peu inspirée, sur le pur plan plastique, par les jeux d’ombre et de lumière qui angoissaient déjà Julie Harris, seule sur son lit une nuit dans La Maison du diable (The Haunting, USA 1963) de Robert Wise.

Son - 5,0 / 5

VOSTF et VF d’époque en DTS-HD Master Audio 1.0 Mono : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Le film a été tourné en son direct : Catherine Deneuve et Yvonne Furneaux parlent donc anglais avec leurs véritables voix dans la VOSTF. Musique originale de Chico Hamilton, orchestrée par Gabor Szabo, à base de tambours oppressants et de cordes. Effets sonores (les craquements des fissures dans les murs, fantasme sonore imaginé par Carole) bien restitués. Je ne suis pas certain que Catherine Deneuve et Yvonne Furneaux se soient elles-mêmes doublées dans la VF d’époque, par ailleurs dramaturgiquement bonne et en bon état sonore mais dont les voix portent, comme souvent, un peu trop en avant par rapport aux effets sonores.

Crédits images : © 1965 COMPTON GROUP. Tous droits réservés.
© 2021 TIGON FILM DISTRIBUTORS / IMPEX-FILMS. Tous droits réservés.

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 12 juin 2021
Description clinique, d’abord inquiétante puis cauchemardesque, d’un cas de folie meurtrière. Un des plus originaux films fantastiques anglais de la période 1960-1970.

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