Marché de brutes (1948) : le test complet du Blu-ray

Raw Deal

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Anthony Mann
Avec Dennis O'Keefe, Claire Trevor et Marsha Hunt

Édité par Rimini Editions

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Le 22/07/2021
Critique

Avant de devenir un des grands réalisateurs de westerns, Anthony Mann avait démontré avec brio son talent dans le genre du film-noir.

Marché de brutes

Joe Sullivan brûle d’envie de sortir de prison. Il décide de s’adresser au truand Rick Coyle, qui lui doit de l’argent. Rick accepte de l’aider à s’évader. En réalité, il lui tend un piège…

Marché de brutes (Raw Deal), sorti en 1948, est un des derniers essais au genre film-noir d’Anthony Mann, plus connu pour ses westerns, un genre dans lequel il assura sa renommée, notamment par six films majeurs avec James Stewart en tête d’affiche, de Winchester 73 (1950) à L’Homme de la plaine (The Man from Laramie, 1955), auxquels il faut ajouter La Porte du diable (Devil’s Doorway, 1950) et Du sang dans le désert (The Tin Star, 1957).

Après trois comédies tournées en 1942 et 1944, Anthony Mann a donné à Hollywood la mesure de son talent dans genre du film-noir en réalisant une série de longs métrages inaugurée par Strangers in the Night (1944) et La Cible vivante (The Great Flamarion, 1945).

Marché de brutes

Marché de brutes est un des derniers, et le plus réussi, de la dizaine de ses films noirs. Il utilise brillamment les codes du genre avec la complicité d’un des meilleurs directeurs de la photographie des années 40 et 50, John Alton. Il sera le chef-opérateur de quatre autres de ses films et collaborera avec les plus grands réalisateurs : avec Vincente Minnelli, notamment pour la scène du ballet de Un Américain à Paris (An American in Paris, 1951) qui lui valut un Oscar) et Thé et sympathie (Tea and Sympathy, 1956), avec Richard Brooks, notamment pour Elmer Gantry, le charlatan (Elmer Gantry, 1960). Il se plaisait à dire « It’s not what you light - it’s what you DON’T light » (l’important n’est pas ce qu’on éclaire, c’est ce qu’on n’éclaire pas).

La photographie de Marché de brutes et ses saisissants clairs-obscurs, donnent une évidente démonstration de cette approche, avec des personnages encadrés, emprisonnés pourrait-on dire, dans une obscurité menaçante. Elle sert une mise en scène terriblement efficace qui ne laisse aucun répit à la tension dramatique.

Marché de brutes

Joe Sullivan est interprété par un acteur qu’Anthony Mann venait d’employer dans son film précédent, La Brigade du suicide (T-Men), Dennis O’Keefe, titulaire de près de 300 rôles, principalement dans des comédies. L’autre truand, Rick Coyle, est incarné par Raymond Burr qui allait acquérir une réputation internationale en s’asseyant sur un fauteuil roulant dans la saga L’homme de fer (Ironside, 1967-1975, 195 épisodes). Deux rôles de femme : celui de la victime, tenu par Marsha Hunt (aujourd’hui âgée de 104 ans !) qui allait faire une grande partie de sa carrière à la télévision. Et, dans celui de la femme fatale et de la narratrice du drame, Claire Trevor qui avait inscrit son nom à côté de celui de John Wayne en haut de l’affiche d’un des chefs-d’oeuvre du western, La Chevauchée fantastique (Stagecoach, John Ford, 1939).

Marché de brutes, déjà édité quatre fois en France, nous arrive enfin en haute définition, restauré, après numérisation 2K d’un négatif nitrate, par Classic Flix pour son édition, sortie aux USA en 2018, du coffret John Alton Film Noir Collection, en compagnie de deux autres films réalisés par Anthony Mann, La Brigade du suicide (T-Men, 1947) et de Il marchait la nuit (He Walked by Night, coréalisé avec Alfred L. Werker en 1948).

Marché de brutes

Généralités - 4,0 / 5

Marché de brutes (79 minutes) et son supplément exclusif (15 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-25, logé, en compagnie d’un DVD-9, dans un digipack non fourni pour le test.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, au format DTS-HD Master Audio 1.0.

À l’intérieur du digipack, un livret de 28 pages par Christophe Chavdia, intitulé La Fureur des hommes, s’ouvre sur L’essor de Super Mann, un panorama de la carrière d’Anthony Mann, repéré dès 1955 par Les Cahiers du cinéma comme un auteur : ses débuts sur les planches, à 17 ans, son entrée dans le monde du cinéma en 1936, à l’invitation de David O. Selznick, pour diriger et monter des essais pour le casting pour Autant en emporte le vent, puis, à partir de 1942, son expérience à la Paramount d’assistant réalisateur de Preston Sturges pour Sullivan’s Travels, la réalisation de ses premières comédies pour Universal, suivies par les films-noirs, avant « le bouleversant western noir de 1950 qu’est La Porte du diable ». Suit, John Alton, le peintre des ténèbres, « une légende parmi les étudiants en cinéma des années 60 », soulignant sa contribution au film-noir, son identité de vues avec Anthony Mann. L’article suivant est consacré à La Brigade du suicide (T-Men, 1947, dont Rimini Éditions annonce la sortie le 24 août 2021), un autre produit de la collaboration d’Anthony Mann et de John Alton, le premier « triomphe » du réalisateur.

Le livret se poursuit avec Raw Deal (Marché de brutes), qui aurait pu s’appeler Corskrew Alley, dont Humphrey Bogart avait acquis les droits, « une sordide histoire de crime, d’immoralité, de brutalité, d’abomination, de sexe illicite » qui avait ému la PCA (Production Code Administration, chargée de veiller à l’application du code Hays). Le tournage se fait fin 1947, après quelques concessions à la censure, et le film rencontre un réel succès alors que T-Men, sorti neuf mois plus tôt, était encore à l’affiche, en dépit d’une interdiction dans certains états.

Marché de brutes

Bonus - 3,5 / 5

Féminin singulier (15’, Rimini Éditions et La Plume, 2021), avec Jacques Demange (Positif). Anthony Mann voyait Raw Deal comme « le film qui lui avait permis de montrer son savoir-faire ». Les personnages sont « pris dans un espace fermé », aussi bien dans les intérieurs que dans les extérieurs, « dans une atmosphère de huis-clos extrêmement inquiétante », renforcée par la narration en voice over par une femme, « un des codes du film-noir », entretenant un « trouble moral », « sans aucun temps mort (…) rythmé par les cadres et les mouvements de caméra (…) et une utilisation de la lumière qui crée une dramaturgie du décor »… Des caractéristiques qui permettent de relier Raw Deal aux westerns d’Anthony Mann, un réalisateur « difficile à classer », capable de s’intégrer au système des studios tout en défendant efficacement son indépendance, « un prémoderne qui permet de relier le classicisme hollywoodien au Nouvel Hollywood. »

Marché de brutes

Image - 5,0 / 5

L’image (1.33:1, 1080p, AVC), restaurée en 2018, débarrassée de toute marque de dégradation de la pellicule avec un contrôle du grain respectueux de la texture argentique, stable, lumineuse et fermement contrastée avec des noirs denses, assure une parfaite lisibilité des nombreuses scènes nocturnes.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 de la version originale, très propre lui aussi, pratiquement sans souffle, restitue clairement les dialogues. Une ouverture limitée de la bande passante donne un timbre aigrelet à l’accompagnement musical, affecté par quelques saturations.

Crédits images : © Edward Small Productions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 24 juillet 2021
Le dernier, et le plus réussi, de la dizaine des films noirs réalisés par Anthony Mann, avant qu’il ne deviennent l’un des grands auteurs de westerns. Il utilise brillamment les codes du genre avec la complicité d’un des meilleurs directeurs de la photographie des années 40 et 50, John Alton.

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