Henry - Portrait d'un serial killer (1986) : le test complet du Blu-ray

Henry: Portrait of a Serial Killer

Édition SteelBook

Réalisé par John McNaughton
Avec Michael Rooker, Tom Towles et Tracy Arnold

Édité par Carlotta Films

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Le 17/11/2021
Critique

Une semaine en compagnie de deux tueurs en séries imaginée par John McNaughton pour sa première fiction. Glaçant et envoûtant !

Henry - Portrait d'un serial killer

Henry Lee Lucas sillonne les routes à bord d’une voiture épave en laissant derrière lui des cadavres. Il va rejoindre Otis Toole, avec lequel il s’est lié d’amitié pendant leur séjour en prison. Otis héberge chez lui sa soeur Becky qui vient de quitter son mari.

Henry - Portrait d’un serial killer (Henry: Portrait of a Serial Killer), présenté en 1986 dans les festivals de Chicago, de Boston et de Telluride, assez bien accueilli par la critique, dut pourtant attendre 1990 pour sa distribution en salles aux USA et 1991 pour sa distribution en France et dans le reste de l’Europe. Il est ressorti en France en 2013.

Henry - Portrait d’un serial killer est le premier film de fiction de John McNaughton, après Dealers in Death, sorti en 1984, un documentaire en deux parties sur le crime organisé à Chicago dans la première moitié du XXe siècle, dont le succès a encouragé les producteurs, les frères Malick B. Ali et Waleed B. Ali, à offrir au réalisateur un chèque de 100 000 dollars « pour faire un film d’horreur ».

L’idée d’un sujet lui vint du visionnage d’une interview de Henry Louis Lucas, détenu à vie pour onze assassinats (il avait confessé, en échange de petites faveurs, être l’auteur de multiples meurtres non résolus au Texas, jusqu’à 600 !). Plutôt que de montrer la vie de Henry Louis Lucas, John McNaughton et le scénariste Richard Fire ont choisi de concentrer le récit sur une semaine, au début de ses retrouvailles avec un ex-compagnon de prison, Otis Toole qui tiendra, lui aussi une place honorable au palmarès des serial killers d’outre-Atlantique avec une condamnation pour six assassinats (lui aussi, alla jusqu’à en revendiquer… 1 008 !).

Henry - Portrait d’un serial killer se réfère à trois personnages réels, mais prend des libertés avec leur histoire. Becky, la soeur d’Otis, par exemple, a moins de 15 ans quand elle devient la maîtresse de Henry, alors que le film la montre quand elle vient de quitter son mari. Le film modifie également le destin d’Otis.

Look at the world Otis: it’s them or us!

Henry - Portrait d’un serial killer montre la violence chaotique, gratuite. « Ouvre les yeux, Otis : c’est eux ou nous ! » Tuer ou être tué, c’est la seule raison trouvée par Henry pour céder à ses pulsions meurtrières avec bonne conscience. L’absence de jugement sur le plaisir qu’ils éprouvent à tuer et la fin ouverte nous montrant Henry sur la route, certainement à la recherche de nouvelles victimes, ont failli coûter au film son arrêt de mort, la classification X.

Pourtant, la violence n’est jamais étalée : jamais on n’assite à la perpétration des meurtres, dont on ne nous montre que le résultat, sous la forme d’une… nature morte ! À une exception près, le massacre d’une famille filmé par un caméscope, une scène qui rappelle deux films inoubliables de Michael Haneke, Benny’s Video (1992) et Funny Games (1997).

Henry - Portrait d’un serial killer renforce son aspect réaliste grâce à sa distribution avec des acteurs issus du théâtre, suffisamment anonymes pour faire illusion dans leur incarnation de dangereux psychopathes. Michael Rooker et Tom Towles sont parfaitement crédibles et glaçants dans leur interprétation de Henry et Otis, des rôles qui marquèrent le début d’une carrière bien remplie sur les grands et petits écrans.

Fidèle à son titre, ce compte-rendu réaliste d’un moment de la vie de deux survivants d’une enfance traumatisante, avec une approche différente, a le même impact et le même niveau de qualité que Schizophrenia (Angst, Gerald Kargl, 1983), Tueurs nés (Natural Born Killers, Oliver Stone, 1994) ou Les Crimes de Snowtown (Snowtown, Justin Kurzel, 2011). Et il n’est pas loin de rivaliser avec l’adaptation par Richard Brooks du livre de Truman Capote De sang-froid (In Cold Blood, 1967), récemment proposé par Wild Side Video dans une édition définitive.

Henry - Portrait d'un serial killer

Généralités - 4,0 / 5

Henry - Portrait d’un serial killer (148 minutes) et ses généreux suppléments (52 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier SteelBook noir avec une reproduction de l’affiche créée par Joe Coleman et, à l’intérieur, une belle sérigraphie en noir et blanc d’un cadre du film. Le disque, noir à première vue, fait apparaître, en fonction de l’incidence de la lumière, les graffiti d’appel à la violence de l’affiche.

Cette édition Carlotta Films ne se limite pas à proposer un beau conditionnement : elle offre le nouveau master repris par l’édition épuisée collector Movinside de 2018, avec un lot plus imposant de bonus.

Pour le trentième anniversaire du film, une restauration 4K a été opérée par MPI Media Group en 2016 à partir du négatif original 16 mm. Les traces de dégradation de la pellicule ont été effacées manuellement. La restauration a été approuvée par le réalisateur et par Steven A. Jones, producteur et cocompositeur de la musique.

Le menu fixe et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels et le choix entre les formats DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0 stéréo, et dans un doublage en français au format audio Dolby Digital 1.0.

Est simultanément sortie une édition DVD, sans deux des bonus de l’édition SteelBook.

Henry - Portrait d'un serial killer

Bonus - 3,5 / 5

Entretien avec John McNaughton (31’, 1998). Accro du cinéma et de la télé, il vit beaucoup de films pendant ses jeunes années et aimait prendre des photos dans les rues de Chicago. Faute de trouver un job dans la production en 1972, il a travaillé à la chaîne dans une usine de tracteurs pendant 19 mois, puis enchaîné avec toutes sortes de jobs, avant de s’immiscer dans la production de cassettes VHS avec MPI Media Group qui lui a proposé de réaliser un film d’horreur. L’idée d’un tueur en série en guise de monstre, popularisée par Red Dragon, le roman de Thomas Harris, épargnait les coûts de maquillage. Il voulait réaliser un film d’auteur, dans la veine du cinéma-vérité, avec de nombreuses prises en extérieur, introduire une « poésie comique » dans les dialogues. Le tournage se déroula en 28 jours consécutifs, sans pause. Le film ne fait pas la morale : c’est l’affaire du spectateur auquel il expose les faits. Le succès rencontré au festival de Telluride conforta la décision d’une sortie en salles.

Portrait : The Making of Henry (53’, 2005). Pour le réalisateur, le film « est plus une étude de faits terrifiants qu’un film d’horreur » avec l’intention de « montrer une semaine type de la vie d’un sociopathe hors de toute influence des codes sociaux », précise le scénariste Richard Fire. Le choix s’est vite affirmé de « montrer ce que font les gens, plutôt que d’expliquer pourquoi » et, pour les meurtres, « de ne pas montrer les actes, mais leur résultat ». Les acteurs, la monteuse et les compositeurs de l’accompagnement musical ont été mis en condition par des lectures et le visionnage d’un interrogatoire de Henry Lee Lucas.

Tour d’horizon : entretien avec John McNaughton (28’, MPI Media Group, 2016, exclusif à l’édition SteelBook). Il évoque son enfance à Roseland, un quartier sud de Chicago, très violent, sa première expérience dans l’audiovisuel acquise dans une agence de publicité, une parenthèse de vie foraine. Pour lui, la transgression est intrinsèque de la création artistique.

Ces trois présentations de son oeuvre par John McNaughton, enregistrées de 1998 à 2016, d’une bonne tenue, éclairent utilement le film, mais au prix de nombreuses redites.

C’est toi ou eux : entretien avec Joe Coleman (9’, Dark Sky Films, 2016, exclusif à l’édition SteelBook). Le peintre marginal, obsédé par les tueurs en série, est l’auteur de l’affiche du film et de R.I.P.: Rest in Pieces, 1997, un documentaire expliquant son oeuvre. Pour lui, Henry: Portrait of a Serial Killer, qu’il a vu au festival The Late Show Film Series, reste un des meilleurs films sur les tueurs en série, avec Schizophrenia et Badlands (La Balade sauvage, le premier long métrage de Terrence Malick). « Henry, le plus simple des trois, défie les interdits ». Il a voulu que l’affiche représente Lucas et « les démons qui le hantent ».

Scènes coupées et chutes (21’). La bande-son étant perdue, les scènes sont commentées par John McNaughton et par le documentariste David Gregory.

Bande-annonce originale (2’).

Bande-annonce 2016 (2’).

Ces suppléments reprennent une bonne partie de ceux qui complétaient l’édition MPI Media Group du trentième anniversaire du film, sortie aux USA en 2016, qui reste, à ce jour, l’édition de référence avec des bonus additionnels et un commentaire du film par le réalisateur.

Henry - Portrait d'un serial killer

Image - 4,0 / 5

L’image (1.33:1, 1080p, AVC), débarrassée de toute trace de détérioration de la pellicule par la restauration de 2016, offre des contrastes équilibrés, des couleurs naturelles finement étalonnées, avec un soin particulier apporté à un rendu délicat des tons de peau, beaucoup trop rouges dans l’édition de 2002. Le grain, inhérent au 16 mm, surtout visible sur les aplats unis, a été sauvegardé, dans un louable respect de l’oeuvre originale dont les auteurs souhaitaient qu’elle s’intègre dans le sillage du cinéma-vérité.

Son - 3,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 5.1 (le film, sorti en Dolby stéréo, peut aussi être écouté au format DTS-HD MA 2.0, avec une faible séparation des deux canaux) est d’une remarquable propreté, pratiquement sans souffle. Le remixage 5.1 a su rester discret, sans aucun recours à des manipulations hasardeuses qui auraient dénaturé la bande-son originale.

Peuvent donc être dissipées les craintes exprimées par Giuseppe Salza dans sa chronique de l’édition DVD Opening de 2002 : « Imaginer une restauration 5.1 du son serait une hérésie, et ne ferait que détruire l’ambiance glauque et quasi documentariste de Henry ». La piste 5.1 aère l’accompagnement musical et affine agréablement le timbre des dialogues et leur équilibre avec l’ambiance. Ce plus appréciable ne s’impose pas : ceux qui le souhaitent pourront choisir la version DTS-HD MA 2.0 stéréo.

Le doublage en français, non restauré, pourtant très propre, converti en DTS-HD MA 1.0, place légèrement trop en avant les dialogues peu naturels des deux tueurs (seul le doublage de Becky est réussi). Il n’a pas été pris en compte pour l’attribution de la note.

Crédits images : © 1986 Maljack Productions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 18 novembre 2021
Cet extraordinaire documentaire-fiction, une reconstitution glaçante du profil de deux tueurs en série dont nous partageons l’intimité pendant une semaine, était depuis longtemps introuvable. Une réédition attendue, enrichie d’utiles compléments !

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