Pandora (1951) : le test complet du Blu-ray

Pandora and the Flying Dutchman

Édition Coffret Ultra Collector - Blu-ray + DVD + Livre

Réalisé par Albert Lewin
Avec Ava Gardner, James Mason et Nigel Patrick

Édité par Carlotta Films

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Le 22/12/2021
Critique

Film fantastique de Lewin, exaltant l’amour fou, au scénario surréaliste alliant mythe et légende.

Pandora

Espagne, à la fin de l’été 1930 : deux corps enlacés sont repêchés au large du village côtier d’Esperanza. Quelques mois plus tôt, l’américaine Pandora Reynolds enflammait les coeurs d’une communauté expatriée riche et désoeuvrée, provoquant le malheur et parfois la mort. Une nuit, elle est attirée par un mystérieux yacht amarré dans la baie et décide de s’y rendre à la nage. Elle rencontre son propriétaire en train de peindre la figure mythologique Pandora sous ses propres traits, ceux de son visage à elle, Pandora Reynolds ! Comment une telle coïncidence peut-elle être possible et, surtout, s’expliquer ? Pandora va le découvrir, à ses risques et périls.

Pandora (Pandora and the Flying Deutchman, USA-GB 1950) de Albert Lewin (1894-1968) est son second film fantastique important, après Le Portrait de Dorian Gray (USA 1945) et avant The Living Idol (USA-Mex. 1957).

Le copyright de Pandora au générique d’ouverture comme au générique de sa bande-annonce, est bien 1950 et non pas le 1951 qu’on lit souvent dans les livres et articles français qui le citent, confondant son année de copyright avec l’année de sa distribution (début 1951 en Angleterre et aux USA, milieu 1951 en France). Scénariste et producteur de tous ses films, Albert Lewin occupait une place importante dans la hiérarchie de la MGM : il pouvait réaliser, de temps en temps mais en toute liberté, les sujets qui l’intéressaient. Fasciné par les rapports de l’art et de la réalité, admirateur et collectionneur de la peinture surréaliste, Lewin était capable d’introduire brièvement le fantastique dans un film en apparence aussi réaliste que son adaptation d’un roman de Guy de Maupassant, Bel Ami (The Private Affairs of Bel Ami, USA 1946) : il n’avait pas hésiter à insérer la vision en couleurs du tableau de Max Ernst, La Tentation de saint Antoine (1945, peint spécialement à l’occasion d’un concours qu’avait organisé Lewin) brusquement inséré dans une continuité filmique N&B. Le même procédé d’insertion avait déjà été utilisé par Lewin, à la faveur d’un contexte déjà évidemment fantastique, dans sa géniale adaptation de 1945 du roman d’Oscar Wilde.

L’idée d’une rencontre de la figure grecque antique mythologique Pandora avec la figure romantique du Hollandais volant (qui avait inspiré au compositeur Richard Wagner son opéra de 1843, Le Vaisseau fantôme) sert de base au scénario de Lewin, d’inspiration à la fois surréaliste et romantique. On peut remarquer que cette rencontre semblait douteuse au distributeur français de 1951 qui se contenta de la première partie (Pandora) au détriment de la seconde partie du titre original américain (Pandora and the Flying Dutchman), sans doute par crainte du ridicule ou de l’incompréhension. Le film fut tourné au village espagnol de Tossa de Mar, rebaptisé par Lewin du nom de Esperanza : allusion directe (outre le prénom du personnage porté par l’actrice Ava Gardner) au mythe grec de Pandora puisque, au fond de la boîte ouverte par sa curiosité, après que tous les maux de la Terre s’étaient échappés, demeurait l’espérance. Il n’est pas inintéressant de noter que le torero et acteur Mario Cabré Esteve tomba réellement amoureux de Ava Gardner durant le tournage tandis que cette dernière se languissait non moins réellement de Frank Sinatra (dont le tournage de Pandora à Londres et Espagne l’avait momentanément séparé) : ces deux désirs inassouvis et simultanés contribuent dramaturgiquement au lyrisme, érotique et tragique à la fois, du film.

Les critiques français des années 1950-1960, en général hostiles au cinéma fantastique, regrettaient que Pandora fût un film explicitement fantastique, au scénario reposant sur le surnaturel légendaire, jouant d’une manière visiblement esthète avec la peur, le désir et la mort, opposant assez brutalement l’éternité des mythes à la contingence humaine (le suicide dans le cabaret sous les yeux impassibles de Pandora, la voiture de sport précipitée dans le vide, la mort du torero saisi d’effroi par la vision du mort-vivant, la « party » avinée sur la plage nocturne au milieu des fragments de statues impassibles et d’autres plans encore). Ils lui reprochaient, en outre, d’avoir allié un mythe et une légende, selon eux hétérogènes et incompatibles. Ils considéraient, en somme, que Lewin sacrifiait aux exigences d’un cinéma commercial de genre ses ambitions d’auteur intellectuel et cultivé ; ils eussent souhaité davantage de raffinement et d’allusion : le malentendu était total puisque c’est précisément parce que Lewin honorait consciemment un genre (le fantastique) qu’il parvenait à faire oeuvre d’auteur original au sein de ce genre. C’est grâce à cela que son cinéma était projeté dans les salles de cinéma populaire et non pas uniquement dans les salles d’arts et d’essais, et, surtout, qu’il y faisait mouche ! Ces reproches méconnaissaient donc profondément l’inspiration surréaliste authentique de Lewin qui signe ici non seulement un hommage explicite aux peintres Giorgio de Chirico et Man Ray mais surtout une oeuvre unique et très personnelle. Aujourd’hui, Pandora doit être considéré comme l’un de ses trois grands films fantastiques (ses trois meilleurs, à mon avis, sur les six titres qu’il a réalisés) et, assurément, l’un des plus étonnants de l’histoire du cinéma américain des origines muettes à nos jours.

Pandora

Généralités - 5,0 / 5

Coffret ultra-collector limité à 2500 exemplaires numérotés : 1 Blu-ray 50 région B (film et suppléments) + 1 DVD 9 + 1 livre illustré de 160 pages, édité par Carlotta films, le 27 octobre 2021. Existe aussi en édition simple Blu-ray et DVD. Image couleurs au format 1.37 compatible 16/9 région B encodé AVC 1080 / 23.98p Full HD (sur Blu-ray) et encodé MPEG-2 (sur DVD). Son VOSTF à la norme DTS HD Master Audio 5.1. et 1.0. + VF d’époque 1.0 (sur Blu-ray), en VOSTF Dolby Digital 5.1. et 1.0, en VF D.D. 1.0. sur DVD. Durée du film : 124 min. sur Blu-ray, 119 mn sur DVD. Visuel exclusif du coffret créé par le graphiste anglais Stephen Millership.

Livret 160 pages de Patrick Brion :
Bel objet riche en informations, muni d’un mignon signet numéroté, qui se divise comme suit : genèse du film (pages 9 à 22), production (pp. 23 à 32), les figures (sous-entendu : figures de style) de Pandora (pp. 33 à 56), ceux qui ont fait Pandora (pp. 57 à 98), témoignages et souvenirs (pp. 99 à 138), la réception (critique) du film (pp. 139 à 152), générique et bibliographie du cinéaste et du film (pp. 153 sq.).

Il comporte des cahiers de photos aux pp. 45 et suivantes, aux pp. 125 et suivantes ainsi qu’une étonnante bande-dessinée américaine reproduite aux pp. 70 à 97. Une seule affiche couleurs du film est reproduite en quatrième de couverture mais on ne trouve aucune photo d’exploitation américaine (lobby card) ni française. En revanche, sont révélées de nombreuses photos de tournage, toutes en N&B. Pourquoi n’avoir pas reproduit la si belle photo de plateau d’Ava Gardner émergeant, les épaules nues, hors de l’eau nocturne, afin d’accoster sur le navire qui aiguise sa curiosité ? Photo la plus belle jamais prise de l’actrice et que André Bernard avait reproduite pleine page dans sa biographie Ava Gardner (éditions PAC, collection Têtes d’affiche, Paris 1976). À la p. 43, des petites affiches des cinq autres titres écrits, produits et réalisés par Lewin sont reproduites. On aurait tout de même dû reproduire, à mon avis, sur pleine page les affiches de chacun de ses trois grands films fantastiques (1945, 1950 et 1957). Le document le plus inattendu est une bande-dessinée en couleurs, reprenant certains plans au cadrage près, inspirée par le film et parue dans le magazine américain Movie Love en octobre 1951, reproduite aux pages 70-97. Les bio-filmographies des acteurs et collaborateurs techniques du film, rassemblées au chapitre des pp. 57 à 98, sont d’utiles aides-mémoires, plus ou moins succincts. La bibliographie finale de Lewin fournie par Brion oublie la fiche, pourtant thématiquement et esthétiquement si remarquable, que lui avait consacrée Jean-Marie Sabatier, Les Classiques du cinéma fantastique, éditions Balland, Paris 1973, aux pp. 246-7. La quinzaine de critiques, réparties de 1951 à 1982, comporte des textes devenus rares (y compris une sévère critique de Herman G. Weinberg parue dans les Cahiers du cinéma en 1952) qui oscillent entre incompréhension et réévaluation progressive, surtout à partir de la critique de Ado Kyrou écrite en 1966. Les témoignages et souvenirs multiplient les anecdotes sur les rapports amoureux d’Ava Gardner et de Frank Sinatra, sur la tentative de séduction de Mario Cabré : on glisse subrepticement de l’ambiance Cahiers du cinéma à celle de la presse du coeur. Quelques rares coquilles et faiblesses de style relevées : p.13, second paragraphe, lire « On [en] trouve également une évocation dans (…) » ; p. 63, second paragraphe, lire « Cette statue [annonce] celle qui sera [visible] dans La Comtesse aux pieds nus (…) ; p. 65, avant-dernier paragraphe, lire « (…) aussi à l’aise et crédible dans des rôles en costumes que [dans ceux de] personnages contemporains ». La remarque p.147 sur le « succès financier » du film contredit le témoignage de James Mason p.110.

Pandora

Bonus - 2,5 / 5

Un rêve de cinéma (2000, VF, 7 mn) : reprise d’un bonus déjà présent sur le DVD édité en 2000 par les éditions Montparnasse. Il présente ce film légendaire, fruit de l’imagination de l’esthète cultivé que fut le cinéaste Albert Lewin, d’une manière claire et synthétique, illustrée de quelques photos d’archive et d’extraits. Certaines informations sont utiles à l’histoire du cinéma, bien qu’elles soient infiniment plus succinctes que celles écrites par Patrick Brion dans son livre : on signale notamment l’échiquier dessiné par Man Ray, le tableau représentant Ava Gardner inspiré directement par Giorgio de Chirico.

Jack Cardiff ouvre la boîte de Pandore (2000, 12 mn, VOSTF) : le cinéaste Jack Cardiff (1914-2009) commente, cinquante ans après en avoir signé la direction de la photographie en 1950, certains extraits du film de Lewin : l’ensemble des remarques techniques sur une scène de la plage impossible à tourner de jour, finalement tournée de nuit puis partiellement en studio fait double emploi avec les souvenirs imprimés et traduits dans le livret : en histoire du cinéma, une double confirmation vaut mieux que pas de confirmation du tout. Le reste n’apprend vraiment pas grand chose, mise à part une cruelle anecdote relative à la surdité de Lewin, également racontée bien plus en détail dans les souvenirs annexés au livre de Patrick Brion.

Le Toréro de Cordoue (sans date, 17 mn, N&B, VOSTF) : un documentaire espagnol poussiéreux, en assez mauvais état argentique, sur le torero Manuel Rodriguez Manolete, probablement tourné peu de temps après sa mort en 1947. Témoignage de première main montrant une ou deux de ses corridas les plus célèbres, ses funérailles grandioses. Les STF s’inscrivent sous les STA déjà présents sur l’image. La mort de Manolete a très probablement inspiré Lewin concernant le personnage de Juan Montalvo (très bien interprété par Mario Cabre) pour son film réalisé en 1950.

Ouverture alternative (1950, 2 mn 20 sec., couleurs, VOSTF) : elle appartient à une copie distribuée par le célèbre Raymond Rohauer (1924-1987) : elle se signale par la suppression d’un texte affiché sur la version originale, immédiatement après le générique d’ouverture, son remplacement par un autre texte. Il n’est d’ailleurs pas tout à fait impossible que Rohauer ait lui-même procédé à ce remontage. État argentique moyen : le générique d’ouverture est presque N&B au lieu d’être en couleurs à la différence des deux ou trois plans suivants.

La Restauration : (2020, 5 mn env.) : comparaison avant/après restauration de certaines scènes du film. Attention, certaines séquences restaurées sont parfois montrées sur la gauche de l’écran, d’autres fois sur la droite. Les mentions (« restaurée » ou « non restaurée) permettent de ne pas se faire surprendre. Les différences colorimétriques entre les deux images sont remarquables. Il s’agit de la restauration validée par le Cohen Media Group, éditée en Blu-ray aux USA en 2020. Ses choix colorimétriques diffèrent assez considérablement de ceux autrefois visibles sur l’édition Blu-ray américaine de Kino Lorber sortie en 2010. L’édition Cohen Media Group est, d’autre part, nettement mieux nettoyée, sur le plan argentique.

Bande-annonce originale : (1950, N&B, VOSTF, durée 2 min. environ) en état argentique et sonore assez médiocre mais bien rythmée. En 1950, il était assez fréquent que le matériel publicitaire d’un film tourné en couleurs soit seulement N&B et l’inverse était non moins fréquent. Cette situation dura jusque dans les années 1970 y compris en Europe (voir par exemple le beau jeu français N&B de photos d’exploitation autrefois affichées à l’entrée des cinémas donnant Le Cercueil vivant, film en couleurs de Gordon Hessler tourné en 1969, jeu identifiés tantôt par des pastilles vertes informatives collées, tantôt par la mention écrite « en couleurs », apposée sur chaque photo N&B).

Bande-annonce présentée par Hedda Hopper : (1950, en couleurs, VOSTF, durée 3 min. env.) ridicule présentation par cette chroniqueuse mondaine de Hollywood, introduisant une bande-annonce originale qui a l’avantage d’être, cette fois-ci, en couleurs, montée identiquement à la BA en N&B. Hedda Hopper (1885-1966) était la rivale de Louella Parsons (1881-1972) en matière de presse hollywoodienne grand public et de ragots mondains. Au sujet de Louella Parsons, je recommande de visionner Un Parfum de meurtre (The Cat’s Meow, USA 2001) de Peter Bogdanovitch qui raconte par la bande ses débuts. Afin de mesurer l’état de leur influence journalistique, encore vers 1960, on peut visionner le très savoureux épisode Au revoir, Georges ! (USA 1963) de la série Alfred Hitchcock présente - Les inédits (The Alfred Hitchcock Hour), saison 2, volume 1. Le personnage nommé « Haila French » (dont l’importance est considérable dans le déroulement de l’action) y est bien évidemment inspiré par Hedda Hopper.

Bande-annonce de la version restaurée : (1950 en couleurs, VOSTF, durée 1 min. env.) : montage 2020 très différent de celui de la bande-annonce originale de 1950, beaucoup plus bref et très élégant mais il fournit une idée beaucoup moins précise de l’intrigue. Les procédés techniques de la restauration argentique sont succinctement précisés sur un panneau.

Pandora

Image - 5,0 / 5

Full HD 1080p au format original 1.37 respecté, en Technicolor, compatible 16/9 sur le Blu-ray, compatible 4/3 sur DVD. Restauration 4K en 2019 par Cohen Films en collaboration avec OCS à partir de la restauration photochimique initiée en 2008 par la George Eastman House en collaboration avec The Douris corporation. Copie argentique parfaitement nettoyée, à la différence de l’ancienne édition Blu-ray américaine Kino Lorber. En revanche, les choix colorimétriques de l’édition Kino Lorber et ceux de cette édition au master fourni par Cohen Films, divergent assez considérablement. Les tons des chairs sont différents, par exemple mais il y a toujours ces belles nuits et crépuscules aux dominantes violettes, si souvent remarquées car si belles. Excellente définition vidéo qui en fait, sans difficulté, l’édition française de référence : le travail du directeur de la photographie Jack Cardiff, est admirablement restitué. Il était un des spécialistes du Technicolor de l’époque. Noter aussi que ce fut le premier film tourné en couleurs par l’actrice Ava Gardner.

Son - 5,0 / 5

VOSTF en DTS-HD Master Audio 5.1. et 1.0, VF d’époque en DTS-HD Master Audio 1.0 (sur Blu-ray) + VOSTF en Dolby Digital 5.1. et 1.0, VF d’époque en D.D. 1.0 (sur DVD)  : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Comme d’habitude, la VO est bien mieux équilibrée que la VF d’époque. Certaines voix françaises sont un peu trop différentes des voix originales : c’est le cas de celle qui double James Mason, par exemple. Dramaturgiquement, la VF est cependant correcte. Musique symphonique assez fonctionnelle mais soignée.

Crédits images : © Dorkay Production

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
Avis

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francis moury
Le 23 décembre 2021
Film fantastique de Lewin, exaltant l’amour fou, au scénario surréaliste alliant mythe et légende : assurément un de ses trois meilleurs films fantastiques. La vedette féminine Ava Gardner incarne, pour la seconde fois de sa filmographie (elle avait incarné Vénus deux ans plus tôt) une figure de la mythologie grecque antique.

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