Échec au porteur (1958) : le test complet du Blu-ray

Édition Collector Blu-ray + DVD

Réalisé par Gilles Grangier
Avec Paul Meurisse, Jeanne Moreau et Serge Reggiani

Édité par Pathé

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Le 17/01/2022
Critique

Film noir policier français au réalisme documentaire, adapté d’un roman de Noël Calef.

Échec au porteur

Paris et île-de-France, 1956 : un trafiquant de drogue accepte d’assassiner le chef d’un gang rival mais des gamins de banlieue lui dérobent sa bombe dissimulée dans un ballon ! Laissé pour mort par ses complices, soucieux de discrétion, il arrive à prévenir un camionneur du danger : la bombe est réglée pour exploser le soir même à 22H. L’enquête policière enclenchée après le décès du trafiquant à l’hôpital, confirme le danger : elle se transforme bientôt en une course périlleuse contre une implacable montre.

Échec au porteur (Fr. 1957) de Gilles Grangier (1911-1996) est adapté par Pierre Véry et Grangier d’un roman de Noël Calef qui venait de recevoir, en 1956, le Prix du Quai des Orfèvres, décerné par le Préfet de police de Paris et la direction de la Police judiciaire : gage de réalisme.

L’argument (un trafic de drogue provoquant des meurtres puis enclenchant le compte-à-rebours d’une catastrophe) est un peu téléphoné et son suspense est presque trop bien agencé. Ce défaut est contrebalancé par la manière pointilliste dont Grangier met en scène une série de vignettes, naturelles et vigoureuses, de la société de l’époque. Sans oublier une description documentaire de l’organisation de la police, de ses méthodes de recherches, de ses équipements et de son armement : cet aspect conserve aujourd’hui une valeur de témoignage. Même remarque pour la peinture de Paris et de sa banlieue : Grangier exploite bien les friches urbaines et, revenu au coeur de la ville, il filme même, à l’occasion d’un rendez-vous manqué au Quartier latin, une belle affiche d’exploitation française du Othello (USA-Ital.-Fr.-Maroc 1952) d’Orson Welles, en reprise dans un « cinéma d’art et d’essais » alors typique de ce quartier. Une habileté de scénario mérite d’être relevée : le personnage apparemment principal, auquel le spectateur s’identifie tout naturellement, est tué dès le premier tiers du film, faisant rebondir l’intrigue d’une manière inattendue, augmentant le suspense. L’histoire du cinéma crédite souvent le Psychose (USA 1960) d’Alfred Hitchcock, adapté par Joseph Stefano du roman de Robert Bloch, d’avoir innové de la sorte : force est bien de constater que Gilles Grangier, Pierre Véry et Noël Calef, l’avaient déjà fait trois ans plus tôt dans Échec au porteur.

Échec au porteur

Le casting est intelligemment balancé entre valeurs sûres de l’époque (le jeu de Paul Meurisse est, comme d’habitude, à la fois puissant et sobre) et talents montants, sans oublier de savoureux seconds rôles. Reggie Nalder est inquiétant - il le sera encore bien davantage, une quinzaine d’années plus tard, en interprétant un « chasseur de sorcières » dans La Marque du diable (RFA 1970) de Michael Armstrong et Adrian Hoven - et rien que pour lui, le film vaut d’être vu car Nalder représente l’irruption du « cinéma-bis » au sein du « cinéma de qualité » de Grangier. Jeanne Moreau est malheureusement sous-employée mais elle obtient en revanche le beau plan final qui annonce son inoubliable prestation dans la grande séquence nocturne de son errance urbaine solitaire et désespérée, dans ce classique du film noir policier français, également écrit par Calef et tourné presque dans la foulée, qu’est Ascenseur pour l’échafaud (Fr. 1957) de Louis Malle (*). Quelques recherches photographiques discrètes composent occasionnellement une atmosphère discrètement « germanique » (le chef du gang est un Allemand joué d’une manière tonitruante par Gert Froebe dont le repaire est baigné dans des clairs-obscurs inquiétants), le reste est soigné, sans plus. L’armement des policiers comme celui des gangsters est historiquement réaliste : notamment les pistolets-mitrailleurs Sten anglais et Thompson américains parfois encore en dotation réglementaire dans certaines unités chez nous, dix ans après la Seconde guerre mondiale. Échec au porteur mérite, pour ces raisons, d’être découvert : il demeure un des bons films noirs policiers français signés Grangier durant sa période 1955-1960, esthétiquement la plus belle.

(*) Ascenseur pour l’échafaud doit impérativement, si on veut bénéficier de sa beauté plastique native, être visionné au format large original 1.66 (DVD Arte vidéo édité en 2005) et non pas au format recadré 1.37 (Blu-ray Gaumont édité en 2015). On attend encore en France sa réédition par Gaumont en Blu-ray au format correct. En attendant (non pas Godot mais Gaumont), le cinéphile peut se rabattre sur un Blu-ray mais… américain (celui de Criterion édité en 2018) au format 1.65 presque correct.

Échec au porteur

Généralités - 3,0 / 5

1 Blu-ray BD50 + 1 DVD9 édité par Pathé le 19 janvier 2022. Image du film sur Blu-ray en Full HD 1080p au format original 1.37 respecté compatible 16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 mono sur Blu-ray + VFSTF sourds et malentendants. Durée cinéma du film sur Blu-ray : 91 min, sur DVD : 83 min. Suppléments : analyse du film par Bertrand Tavernier (1941-2021) + entretiens avec Noël Véry (fils du scénariste Pierre Véry) et François Guérif + actualités Pathé de 1956 sur le prix décerné au roman original de Calef. Audiodescription + VFSTF pour sourds et malentendants toutes deux disponibles.

Bonus - 2,5 / 5

Analyse du film par Bertrand Tavernier (2021, 16 min. environ) : tourné deux mois environ avant la mort de Bertrand Tavernier (1941-2021), cinéaste et historien du cinéma. Elle est assez intéressante, nourrie de remarques pertinentes (la beauté de l’ouverture avec cette arrivée du train en gare en guise d’hommage aux frères Lumières, la direction photo à l’allemande de certaines séquences dans le repère du gang, la présentation du camionneur immigré italien comme personnage positif, etc.) et contient quelques informations de première main (Grangier était à la recherche constante de nouveaux jeunes talents acteurs, envoyant son ami et cinéaste Jacques Deray à sa place pour les repérer au Conservatoire lorsqu’il ne pouvait pas se déplacer lui-même). On entend la voix (encore bien vigoureuse) de Tavernier mais sans voir son visage : l’ensemble est dit par-dessus des extraits du film.

Échec au porteur

Gilles Grangier, le cinéma de banlieue (2021, 18 min. env.) : entretiens avec Nöel Véry (fils de Pierre Véry) et François Guérif (historien du cinéma) alternés au montage avec des extraits du film. Assez léger et un peu décevant mais contenant tout de même quelques informations de première main dispensées par Nöel Véry (sur la manière dont son père prenait des notes sur les expressions populaires qu’il entendait dans la rue, sur celle dont Michel Audiard avait amené l’idée d’adapter le roman de Calef sans participer lui-même à l’adaptation, etc.). Véry comme Guérif insistent sur la valeur documentaire presque sociologique et historique du film : c’est l’évidence mais les évidences méritent toujours d’être soulignées. Véry montre au début de son entretien un joli dossier de presse français d’époque du film : il aurait fallu le numériser en bonus ou, encore mieux, le proposer en fac-similé sur papier glacé ! On est frustré de ne le contempler que quelques secondes.

Actualités Pathé (1956, 36 secondes) : Noël Calef reçoit, pour son roman Échec au porteur, le Prix du Quai des Orfèvres décerné par le Préfet de police de Paris et le Directeur de la Police Judiciaire, tandis que Romain Gary reçoit le Prix Goncourt pour son roman Les Racines du ciel (qui sera adapté au cinéma en 1958 par le cinéaste John Huston). Très bref document de première main, en assez bon état argentique.

Échec au porteur

Image - 5,0 / 5

Format original 1.37 N.&B. respecté, compatible 16/9 sur Blu-ray en Full HD (1920x1080p). Image argentique très bien restaurée à partir d’un scan 4K puis une restauration 2K par L’Imagine Ritrovata pour Pathé. Excellente gestion des noirs, des dégradés de gris et du contraste, notamment concernant les plans nocturnes d’ensemble qui demeurent les plus beaux du film. Parfait équilibre entre préservation du grain et lissage numérique. Dorénavant l’édition de référence en Full HD.

Son - 5,0 / 5

VF d’époque en DTS-HD Master Audio 2.0. mono (sur Blu-ray) + VFSTF sous-titrage français, intuitif et bien réparti, pour sourds et malentendants, audiodescription disponible en appuyant sur la touche 5 de la télécommande. Offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Son net, dialogues bien détachés, piste techniquement bien nettoyée, effets sonores parfois très dynamiques (les détonations du pistolet-mitrailleur Thompson durant le combat nocturne avec la police). Musique fonctionnelle, sans génie particulier mais efficace lorsqu’elle est sollicitée.

Crédits images : Collection Fondation Jérôme Seydoux Pathé © 1958 OREX FILMS

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 18 janvier 2022
Film noir policier français à l'argument un peu artificiel mais sauvé par un solide réalisme documentaire, adapté d’un roman de Noël Calef qui avait été récompensé en 1956 par le Prix du Quai des Orfèvres.

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