Fear and Desire (1953) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Stanley Kubrick
Avec Frank Silvera, Paul Mazursky et Kenneth Harp

Édité par Elephant Films

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Le 22/09/2022
Critique

Premier long-métrage signé par Stanley Kubrick, au carrefour du film de guerre et du cinéma expérimental.

Fear and Desire

Dans un pays inconnu, durant une guerre imaginaire, une section de soldats et leur lieutenant, bloqués 9 km derrière les lignes ennemies d’une région montagneuse, survivent et font même une belle prisonnière mais la peur et le folie les guettent. Ils attaquent pourtant le quartier général ennemi à la faveur d’un plan très audacieux.

Fear and Desire (Shape of Fear, USA 1953) de Stanley Kubrick est le premier long-métrage de jeunesse de Kubrick, tourné quelques années après deux courts-métrages qu’il avait vendus à la RKO. Kubrick le produisit, le réalisa et le monta durant environ 9 mois avant de tenter de le vendre. Il échoua quelques années plus tard dans le circuit indépendant du cinéma érotique, en double-programme avec [PROGRAM(el_bruto;L’Enjôleuse)] (El bruto, Mex. 1952) de Luis Bunuel, ce qui ulcéra Kubrick, déjà mécontent de quelques défauts techniques (les fenêtres de certains objectifs utilisés ne convenaient pas à la caméra : certains bords de cadre ne sont pas identiques aux autres). Pour ces deux raisons mais aussi parce qu’il n’était globalement pas satisfait, il voulut, une fois devenu célèbre, interdire son exploitation. Cependant, en dépit de ces défauts bien réels, tout n’est pas inintéressant dans Fear and Desire.

Fear and Desire

À commencer par la performance de la belle actrice Virginia Leith dont c’est le premier film et qui sera, dix ans plus tard, la remarquable vedette de cet étrange film fantastique que demeure The Brain That Wouldn’t Die (The Brain That Wouldn’t Die, USA 1962) de Joseph Green. Ensuite à cause de la non moins bonne performance de Frank Silvera qui sera deux ans plus tard le patron maudit du bar à hôtesses où travaillera l’héroïne du film noir policier Le Baiser du tueur (USA 1955) de Stanley Kubrick, son premier bon film à part entière et, avec le recul, un de ses meilleurs. Sans oublier l’étrange double-rôle confié à Kenneth Harp (lieutenant de la section et général de l’armée ennemie).

Fear and Desire

Ensuite parce que ce film de guerre est traversé d’instants de folie et d’érotisme qui le subvertissent et l’entraînent parfois vers le cinéma expérimental. Par-delà ces instants un peu trop appuyés pour être pleinement sincères, par-delà une volonté évidente de prouver un savoir-faire technique (occasionnellement pris en défaut : un effet de fondu au rideau n’est pas vraiment satisfaisant), par-delà une volonté excessive de dépasser le genre manifeste du film afin de traiter d’autres registres, il demeure une fraîcheur assez roborative et une puissance plastique inégale mais déjà bien réelle.

Enfin, en raison de son intérêt d’histoire du cinéma : le cinéphile connaissant bien la filmographie de Kubrick pourra repérer en visionnant Fear and Desire, certains aspects naissants d’une inspiration plastique qui sera développée dès ses films noirs policiers suivants : tel plan en clair-obscur appuyé de gangsters dans Le Baiser du tueur (1955) puis dans L’Ultime razzia (The Killing, USA 1956), tel dialogue entre un général et un soldat dans le film de guerre Les Sentiers de la gloire (USA 1957) sont annoncés dès ce film de débutant de 1953, à présent enfin visible.

Fear and Desire

Généralités - 1,0 / 5

1 Blu-ray édité par Eléphant Films le 02 mars 2022. Image 1.37 N&B. Son DTS-HD Master Audio VOSTF 2.0 mono. Durée film : 62 min. environ. Suppléments : présentation du film par N. Wignesan + bande-annonce + bandes-annonces de la collection. Visuel assez trompeur concernant l’illustration du boîtier : c’est un film de guerre, pas un film érotique !

Bonus - 2,5 / 5

Présentation du film par Nachiketas Wignesan (30’ environ) : le cinéphile francophone apprendra des informations sur la genèse, la production et l’exploitation du titre. Elles sont complétées par l’analyse esthétique de certains plans et de certaines séquences, sans oublier quelques remarques techniques utiles. En matière d’histoire du cinéma, une référence à S.M. Eisenstein ; occasion de se souvenir que Kubrick était passionné par le cinéma muet des origines à 1930 qu’il jugeait supérieur au cinéma parlant. Illustrée par des extraits du film.

Bande-annonce du film : c’est une bande-annonce qui n’est pas originale (et n’a donc pas de valeur historique) mais montée à partir des éléments restaurés du master Eléphant, munie de slogans français à l’occasion de son édition vidéo. Elle est un peu trop élogieuse pour le film qui n’est pas le « premier chef-d’oeuvre de Kubrick ». C’est Le Baiser du tueur (USA 1955) qui mériterait plutôt cet éloge.

Bandes annonces de titres édités par Eléphant Films : celles de Pour qui sonne le glas (USA 1943) de Sam Wood, Les Cinq secrets du désert (Five Graves To Cairo, USA 1943) de Billy Wilder sont des bandes-annonces originales dont l’état argentique et numérique est inférieur à celui des versions restaurées des longs-métrages de référence mais qui ont valeur historique de document d’histoire du cinéma ; Les Anges de l’enfer (USA 1930) de Howard Hughes et Fear and Desire (USA 1953) de Stanley Kubrick sont des bandes-annonces contemporaines montées à partir des masters restaurés édités par Eléphant.

Fear and Desire

Image - 3,0 / 5

Format 1.37 en N&B compatible 16/9. Copie argentique dotée d’une bonne définition, d’un bon contraste, d’une bonne gestion des noirs mais chargée de poussières négatives et positives, particulièrement visibles sur les plans sombres. Quelques problèmes de bords d’objectifs pas toujours rigoureusement carrés mais cela ne vient pas du master : cela vient de l’inadaptation de certains objectifs à la caméra. C’est une des raisons pour lesquelles Kubrick ne voulait pas qu’on regarde cet essai de jeunesse.

Son - 4,0 / 5

DTS-HD Master Audio VOSTF 2.0 mono : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone puisque le film demeurait inédit au cinéma en France et n’a donc jamais été muni de VF d’époque. Piste son assez bien nettoyée mais quelques petits défauts occasionnels subsistent. Kubrick a travaillé le montage son sur l’image : voir les pensées (parlées en voix-off) des hommes de la section, entendues pendant qu’ils progressent et semblant se chevaucher, se contredire, s’amasser. L’effet est voulu et soigné.

Crédits images : © Kubrick Family

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
Avis

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francis moury
Le 23 septembre 2022
Premier long-métrage signé puis désavoué par le cinéaste Stanley Kubrick, au carrefour du film de guerre et du cinéma expérimental.
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Sabrina Piazzi
Le 9 février 2013
Pas de commentaire.

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Fear and Desire
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