Retour (1978) : le test complet du Blu-ray

Coming Home

Édition Coffret Ultra Collector - Blu-ray + DVD + Livre

Réalisé par Hal Ashby
Avec Jane Fonda, Jon Voight et Bruce Dern

Édité par Carlotta Films

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Le 18/10/2022
Critique

Retour très attendu d’un des premiers grands films contre la guerre du Viêtnam, dans une édition définitive.

Retour

Los Angeles, 1968. Capitaine dans les Marines, Bob Hyde part combattre au Vietnam. Voulant se rendre utile en l’absence de son mari, Sally se porte bénévole à l’hôpital des vétérans où elle retrouve un ancien camarade de lycée, Luke Martin, devenu paraplégique. Cet homme brisé, sujet à de multiples accès de colère, retrouve progressivement goût à la vie au contact de la jeune femme…

Retour (Coming Home), sorti en 1978, huit fois nommé aux Oscars, en reçut trois en 1979, ceux du meilleur scénario et d’interprétation pour Jane Fonda et Jon Voight, un accueil au coude à coude cette année-là avec Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter, Michael Cimino).

C’était le sixième long métrage de Hal Ashby et l’un des sept grands films qu’il réalisa de 1970 à 1979. Le premier fut Le Propriétaire (The Landlord), une satire antiraciste, réalisé grâce à l’appui de Norman Jewison qui avait pu apprécier son talent, après lui avoir confié en 1967 le montage de Dans la chaleur de la nuit (In the Heat of the Night). Le succès commercial de ce premier film lui permit de tourner Harold et Maude (1971), La Dernière corvée (The Last Detail, 1973), Shampoo, l’histoire d’un Don Juan compulsif, un personnage qui ne lui était pas étranger, lui qui fut marié cinq fois et collectionnait les maîtresses. Vinrent ensuite, En route pour la gloire (Bound for Glory, 1976), sélectionné pour la Palme d’or, un biopic sur le chanteur Woody Guthrie (et le tout premier film avec des prises par Steadicam), puis Bienvenue, Mister Chance (Being There, 1979), également sélectionné pour la Palme d’or, l’adaptation d’un bestseller de Jerzy Kosinski sur l’incroyable destin d’un jardinier de la Maison Blanche, interprété par Peter Sellers. Tous ces films ont été édités en vidéo en France, sauf The Landlord, disponible au Royaume Uni.

Retour

Peace and love! The enemy is the fucking war!

Retour et Voyage au bout de l’enfer sont les deux premiers grands films contre la guerre du Viêtnam qui venait de s’achever le 30 avril 1975. Retour illustre sans ambiguïté l’indépendance d’esprit de Hal Ashby qui choisit de mettre très explicitement en cause la légitimité de l’engagement des USA dans cette guerre, de dénoncer certaines atrocités et de délivrer un message pacifiste, ponctué, tout à la fin du film, par une mise en garde de lycéens contre les dangers d’un patriotisme exacerbé. Son farouche attachement à défendre sa liberté de création aboutira à son exclusion des studios. Hal Ashby, les ailes coupées, tombé sous l’emprise de la drogue, était au bout du rouleau : aucun des quelques films ou téléfilms qu’il réalisa de 1980 à sa mort en 1988 n’a pu donner la juste mesure de son talent.

Retour doit probablement une part de son impact aux conditions très particulières de son élaboration. Quand commença le tournage, seules 23 pages du scénario avaient pu été écrites par Waldo Salt avant sa crise cardiaque. Il fut relayé, au pied levé, par Robert C. Jones qui poursuivit l’écriture au cours du tournage. L’engagement de Jane Fonda contre la guerre du Viêtnam, les longues conversations de Jon Voight avec des anciens combattants donnèrent force et authenticité aux dialogues qui durent, en grande partie, être improvisés. La vérité documentaire du film est également renforcée par la présence, dans les nombreuses scènes, d’anciens combattants du Viêtnam qu’on découvre dès la séquence introductive, autour d’une table de billard.

Retour

Retour doit aussi son succès critique et commercial à sa distribution. Jane Fonda, installée sur un piédestal de star aux USA depuis Cat Ballou (Elliot Silverstein, 1965, récemment réédité) s’imposait par son opposition remarquée à la guerre du Viêtnam. Jon Voight devait une renommée internationale à Macadam Cowboy (Midnight Cowboy, John Schlesinger, 1969) et à Délivrance (Deliverance, John Boorman, 1972). Bruce Dern commençait, avec plus de 60 rôles au cinéma et à la télévision à son tableau, à inscrire son nom en tête d’affiche avec Complot de famille (Family Plot, Alfred Hitchcock, 1976) et Black Sunday (John Frankenheimer, 1977).

Retour, après une longue absence depuis l’épuisement du DVD MGM de 2006, nous revient en haute définition dans une belle édition, limitée à 2 000 exemplaires, sous le numéro 23 de la remarquable collection des Coffrets Ultra Collector lancée par Carlotta Films en 2015. Il suit La Chair et le sang (Flesh+Blood, Paul Verhoeven, 1985) et précède La Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Contessa, Joseph L. Mankiewicz, 1954), attendu le 22 novembre.

Retour

Généralités - 5,0 / 5

Retour (128 minutes) et ses généreux suppléments (134 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 et, dans cette édition combo, sur un DVD-9 avec une partie des suppléments. Les deux disques sont logés dans les couvertures d’un livre de 160 pages, glissé dans un épais cartonnage.

Le menu sonorisé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux au format audio DTS-HD Master Audio 1.0.

Sont aussi disponibles, deux éditions single, l’une sur Blu-ray, l’autre sur DVD.

Le livre de 160 pages, abondamment illustré de photos du film et de plateau en couleurs et noir et blanc, écrit par Jean-Baptiste Thoret, est intitulé L’Esprit retrouvé. « Mort trop tôt, en décembre 1988 (…) pour trouver sa place, l’une des plus hautes, dans l’histoire du cinéma américain ». Cet hommage à Hal Ashby sert d’introduction à trois chapitres, après un Prologue : Viêtnam Hollywood passant en revue les films sur le Viêtnam. « Écartés par les studios » à partir de 1960, certains s’étaient pourtant insinués implicitement, jusqu’à 1977, « l’année du basculement, de la tentative de réconciliation du pays avec son histoire récente ». Le chapitre 1, divisé en trois parties, Coming Home I., FTA et Combat Jane, est un rappel du contexte historique, du soutien de Jane Fonda au projet du film, de son engagement politique, notamment manifesté par le documentaire FTA, mis au placard une semaine après sa sortie en 1972. Le chapitre suivant, aussi en trois parties, Coming Home II., Bienvenue M. Asby et Chacun a ses raisons, évalue l’oeuvre du « cinéaste le plus chimiquement pur de cette parenthèse enchantée du cinéma américain » (celle des années 70), rappelle la genèse du film, les oeuvres précédentes de Hal Ashby, son investissement total dans le projet de Retour et les choix scénaristiques faits à partir de l’ébauche livrée par Waldo Salt. Les trois parties du chapitre 3, Tournage et improvisations, Jukebox et Le triangle, visent les adaptations successives du scénario, les choix d’illustration musicale, la conception de la scène finale avec les trois personnages du triangle amoureux. Le livre se referme sur L’Exception documentaire, un intéressant survol des documentaires indépendants sur la guerre du Viêtnam et sur deux extraits de la Version de travail du scénario, en anglais sur les pages paires, traduits en français sur les pages impaires.

Un travail approfondi, un remarquable complément du film !

Retour

Bonus - 3,5 / 5

Retour sur retour (25’, 2002, MGM). « Ce n’est pas une leçon d’histoire, c’est une leçon de vie ». Jon Voight, Bruce Dern et le chef-opérateur Haskell Wexler évoquent ces temps de désespoir où furent assassinés « trois héros du pays », où l’on était vu comme un traitre si on ne soutenait pas la guerre du Viêtnam. Le film souligne l’injustice de cette guerre et rend hommage à ceux qui en ont souffert. L’histoire d’amour était destinée à toucher le spectateur plus sûrement que ne l’aurait fait un documentaire. Ils livrent leurs souvenirs du tournage, des émotions ressenties, des improvisations avec les anciens combattants et des conversations qui inspirèrent à Jon Voight le discours de Luke devant les lycéens. Hal Ashby privilégia l’utilisation de longues focales pour que les acteurs ne soient pas gênés par une caméra trop proche.

Hal Ashby, un homme hors du temps (15’, 2002, MGM). Haskell Wexler se souvient du talent de Hal Ashby comme monteur de In the Heat of the Night et de sa complicité avec Norman Jewison, qui l’a aidé à devenir un grand réalisateur. Norma Jewison évoque les bons moments passés avec lui, l’opportunité qu’il lui donna de réaliser The Landlord. Hal Ashby était un rebelle du genre « Make love, not war », si indépendant qu’il ne put trouver un juste équilibre dans ses relations avec les studios.

Hal Ashby, l’insoumis du Nouvel Hollywood (Hal, 91’, 2018, Once I Was LLC)). Un documentaire, réalisé et monté par Amy Scott en 2018. « Modestie, honnêteté, humour, irrévérence, impatience face à l’hypocrisie, amour des gens » sont les qualités qui ressortent des films de Hal Ashby qui a influencé de nombreux cinéastes. Il a commencé comme assistant de William Wyler, puis assuré le montage de In the Heat of the Night de Norman Jewison qui lui valut un Oscar. Attaché à conserver une totale liberté de création, il s’opposa violemment à Columbia qui voulait couper The Last Detail pour effacer les « motherfucker » répétés par Jack Nicholson. Ses relations se gâtèrent avec les studios : Columbia retira son offre du tournage de Tootsie et lui dénia le contrôle du montage de Huit millions de façons de mourir (8 Million Ways to Die, 1986). Avec Norman Jewison, Beau Bridges, Bud Cort, Nick Dawson, auteur de Hal Ashby, A Rebel in Hollywood, Judd Apatow, Jon Voight, Jane Fonda, Jeff Bridges, Dustin Hoffman, Rosanna Arquette…

Bande-annonce originale (2’), pourtant recadrée au ratio 1.33:1, pour la télévision.

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Image - 4,0 / 5

L’image (1.85:1, 1080p, AVC), très propre, lumineuse et agréablement contrastée, déploie des couleurs naturelles, dans l’ensemble bien étalonnées, hormis de très occasionnels virages au rouge de visages en basse lumière. Le transfert en haute définition est, et restera, un exercice délicat. Mais ici, le grain aurait pu, sans dénaturer la texture du 35 mm, être légèrement affiné pour améliorer une définition un peu trop douce.

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Son - 4,5 / 5

Le son mono d’origine, remixé au format DTS-HD Master Audio 1.0, très propre lui aussi, bénéficie d’une dynamique et d’une ouverture de la bande passante très correctes pour un film de son âge. Un bon équilibre est assuré entre les dialogues, toujours clairs, l’ambiance assez présente et l’illustration musicale, finement rendue avec un minimum de saturations.

Le doublage, au spectre étroit, au timbre étouffé, monotone et manquant dramatiquement de naturel, n’a pas été pris en compte pour l’attribution de la note.

Crédits images : © 1978 METRO-GOLDWYN-MAYER STUDIOS INC. Tous droits réservés.

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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5
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Philippe Gautreau
Le 19 octobre 2022
Réalisé par un cinéaste engagé, Retour (Coming Home), un des premiers grands films contre la guerre du Viêtnam avec Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter), nous revient, après une trop longue absence, dans une édition définitive de la superbe collection Coffret Ultra Collector et dans deux éditions single, Blu-ray et DVD.

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