Nous venons en amis (2014) : le test complet du DVD

Réalisé par Hubert Sauper

Édité par Blaq Out

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Le 16/06/2016
Critique

Nous venons en amis

Parti de France à bord d’un minuscule avion bricolé à la maison, le documentariste Hubert Sauper arrive au Sud Soudan en 2011, juste avant le referendum sur sa séparation d’avec le reste du Soudan, au nord.

Sorti dix ans après l’extraordinaire Le Cauchemar de Darwin (2004) sur les ravages causés par l’élevage de la perche du Nil dans le lac Victoria, Nous venons en amis est un autre surprenant carnet de voyage en Afrique d’Hubert Sauper, réalisateur, scénariste, producteur et cameraman de ce documentaire, Prix spécial du jury à Sundance et Prix de la paix à Berlin en 2014.

Nous venons en amis, tourné dans l’effervescence précédant et suivant la déclaration d’indépendance, nous fait rencontrer des natifs du pays et des étrangers installés dans le pays.

Un conteur rappelle l’arrivée des Blancs, il y a longtemps, voilà plus d’un siècle : ils sont venus, ont découpé la terre, dit que ça, c’était le Soudan et que ça, c’était l’Ouganda. Puis ils sont partis et ont pris la lune.

C’en est officiellement fini du colonialisme d’antan. Ceux qui sont arrivés là aujourd’hui, de tous les coins de la planète, beaucoup de Chine, sont venus pour aider le pays, mais pas sans arrière-pensées. Sans perdre de vue, avant tout, leur propre intérêt.

L’exemple le plus révélateur est celui de l’extraction pétrolière par les Chinois. Les quatre ou cinq Soudanais embauchés sont l’exception confirmant la règle : toute la main-d’oeuvre est chinoise ! Et si peu de précautions sont prises que l’eau, polluée, est devenue impropre à la consommation. Les Chinois, probablement conscients de possibles retours de manivelle, ont construit une pièce à l’épreuve des balles qui sert, en attendant, de salle de billard.

D’autres étrangers font une entrée dans le pays en y laissant des marques moins visibles, comme ces missionnaires évangélistes venus tout droit du Texas pour «  éduquer  » les populations indigènes. L’adresse des missionnaires est sans équivoque : « Vos coeurs doivent changer ! » La première urgence est d’aider ces pauvres gens à se vêtir décemment, c’est-à-dire à l’européenne. La Bible est en effet formelle : « la nudité est une offense à Dieu ! ». Ce qui n’est pas du goût de deux adolescentes qui entendent garder leur boubou et récupérer les bijoux qu’on leur a confisqués.

Autres protestations, plus graves celles-là, contre un projet de lotissement sur un cimetière : les habitants du village semblent déterminés à ce qu’on ne trouble pas le sommeil des morts.

Nous venons en amis, une invitation à un vagabondage, sans fil conducteur apparent, peut paraître un peu brouillon jusqu’à ce que la cohérence de la démarche apparaisse. Le réalisateur ne cherche pas tant à nous inculquer son opinion qu’à nous montrer un album de photographies prises sur le vif en nous laissant le soin de nous faire notre propre idée.

Cette démarche suit les jalons posés par un autre grand documentariste, Frederick Wiseman, dont tout l’oeuvre est en cours de publication par le même éditeur, Blaq Out : une intégrale de 40 DVD en trois volumes dont le dernier est attendu d’ici à la fin de cette année.

Nous venons en amis

Technique - 7,5 / 10

Nous venons en amis (104 minutes) tient sur un DVD double-couche logé, comme beaucoup d’autre titres de Blaq Out, dans un fin digipack (7 mm), décoré par un montage graphique emblématique du film, repris par le menu qui propose le film en version originale (principalement en anglais, avec sous-titres imposés, dans deux versions audio, Dolby Digital 5.1 ou stéréo).

En supplément, un entretien avec Marc Lavergne (21’). Directeur de recherche au CNRS, spécialiste du Moyen Orient et de la Corne de l’Afrique, il voit le documentaire comme révélateur de ce qu’est aujourd’hui « l’assistance » des pays développés aux pays pauvres. Ce que font les Chinois au Sud Soudan ressemble à l’aide à double tranchant que décident de dispenser les pays les plus riches aux plus pauvres. Pour lui, la nécessaire évolution serait de laisser aux pays pauvres le soin de choisir l’aide dont ils ont le besoin le plus urgent. Sous l’égide de l’ONU, les programmes d’assistance s’attachent plus à remédier aux effets des crises qui affectent ces pays qu’à s’attaquer à leurs causes.

L’image (1.78:1) est d’une qualité qui peut étonner en considération de la légèreté des moyens embarqués par le réalisateur dans son coucou : lumineuse, bien contrastée, avec un soigneux étalonnage des couleurs.

Le son (Dolby Digital 5.1 ou stéréo), très clair, assure de temps à autre, une convaincante immersion dans l’ambiance.

Crédits images : © Adelante Films

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
7,5 / 10
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Philippe Gautreau
Le 17 juin 2016
Nous venons en amis est un pressant appel d’Hubert Sauper, un des grands documentaristes actuels, à le suivre dans ses pérégrinations à travers le Sud Soudan, à y faire la rencontre des autochtones et des nouveaux colons, chinois ou russes. À chacun, après le visionnage du film, de se faire une opinion sur une nouvelle forme de colonialisme…

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