Le Spectre du chat (1961) : le test complet du DVD

The Shadow of the Cat

Édition Collector

Réalisé par John Gilling
Avec André Morell, Barbara Shelley et William Lucas

Édité par Elephant Films

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Le 19/02/2018
Critique

Le Spectre du chat

Début vingtième siècle, dans une campagne anglaise isolée. La vieille Ella est assassinée, sous les yeux de son chat, par ses domestiques, complices de son époux ! Le trio criminel convoite l’héritage, falsifie le testament mais l’arrivée de la nièce d’Ella et celle d’un inspecteur de police les rendent prudents. L’arrivée d’une autre partie de la famille, corrompue, pourrait gravement faire pencher la balance dans le camps du mal mais le chat entreprend de châtier les criminels en les terrorisant puis en les tuant.

Le Spectre du chat (GB 1961) de John Gilling est un Hammer film fantastique mythique, pratiquement invisible depuis longtemps sinon dans ce master recadré aux normes de la télévision 4/3 du milieu du vingtième siècle. On peut néanmoins le découvrir dans cette édition - c’est cela ou rien, pour l’instant : il vaut mieux encore préférer l’être, si imparfait soit-il, au non-être - qui permet d’appréhender sinon la plastique de sa mise en scène (dont certaines séquences reproduisaient la vision du chat, au champ panoramique bien plus large que celui de l’homme : raison pour laquelle l’écran large 1.66 minimum était certainement employé au lieu du format recadré 1.37 visible dans ce DVD), ici inexorablement rabattue vers celle d’un téléfilm, du moins son sadisme glacé et hautain. Gilling est (comme souvent car il fut scénariste réputé avant d’être un des cinéastes majeurs de la Hammer) co-auteur du sript avec Georg Baxt. Cet alliage entre cinéma policier et cinéma fantastique est d’un humour noir régulièrement impressionnant : la fin est, à cet égard, particulièrement savoureuse. Casting homogène d’où émergent la vedette Barbara Shelley (qui venait de tourner Le Village des damnés), Freda Jackson (qui venait de tourner Les Maîtresses de Dracula), Catherine Lacey (Une femme disparaît de Hitchcock en 1938, Dans les griffes de la momie de John Gilling en 1966, La Créature invisible (The Sorcerers) de Michael Reeves en 1967) sans oublier le toujours très bon André Morell (Le Chien des Baskerville, version Fisher de 1959, L’Invasion des morts-vivants (The Plague of the zombies) (1966) de John Gilling, etc.), sans oublier non plus le chat, admirablement dressé et, comme tous les animaux lorsqu’ils sont bien filmés, excellent acteur.

Généralités - 2,0 / 5

Edition DVD simple, sortie le 5 décembre 2017 par Elephant film. Durée du film 75 minutes environ. Image au format 1.37 recadrée N&B compatible 4/3. Son Dolby Digital Mono 2.0 en VOSTF sans VF d’époque. Suppléments : livret collector 20 pages, « la petite boutique des horreurs de la Hammer » (10 min. environ), présentation du film par Nicholas Stanzick (25 min. environ), jaquette réversible (affiche contemporaine par le graphiste Melchior Ascaride / affiche d’époque), bandes-annonces, galerie d’images. Le verso du boîtier indique que la présentation du film par Nicolas Stanzick dure 16 min. environ, le verso de l’étui illustré carton indique qu’elle dure 24 min. environ : c’est le verso du boîtier qui a raison.

Le livret illustré de 20 pages, signé Nicolas Stanzick, est une introduction à la Hammer films, sa genèse, son histoire, sa réception en France. On sait que ce dernier point, pas seulement sociologique mais aussi historique et esthétique, était l’objet principal du livre de Nicolas Stanzick, Dans les griffes de la Hammer, éditions BDL (revue, corrigée et augmentée), Paris 2010. Il n’est évidemment pas oublié ici et le chapitre sur la naissance de la revue Midi-Minuit Fantastique est; sans surprise, l’un des meilleurs du livret. Je signale que Nicolas est le maître d’oeuvre d’une nouvelle édition, revue et augmentée, de cette célèbre revue dont les tomes reliés I et II sont déjà sortis chez l’éditeur Rouge profond, dont le tome III devrait sortir cette année 2018. Voici quelques observations concernant certains points intéressants, dans l’ordre de leur apparition :

Le cinéma fantastique muet (notamment celui de l’expressionnisme allemand de 1915-1930) puis le cinéma fantastique parlant américain, donc celui de la Universal historique de 1931-1945 et celui des majors concurrentes qui lui emboîtèrent immédiatement le pas (notamment Warner, Paramount, MGM, RKO), avaient déjà produit sur le public de 1931-1945 l’effet sociologique que produisit la Hammer sur celui de 1955-1975. Penser que la Hammer a introduit un frisson nouveau me semble donc une erreur rétrospective, y compris concernant l’érotisme et l’aspect social. qui ne sont absents ni l’un ni l’autre de l’histoire du cinéma fantastique des origines à 1955.

Le terme « gothique » pour définir les films fantastiques de la Hammer films, est historiquement comme esthétiquement peu approprié en dépit de la mode actuelle, pour plusieurs raisons.

L’interprétation athée de La Revanche de Frankenstein (GB 1958) de Terence Fisher, a été soutenue par Jean-Pierre Bouyxou et je crois comprendre qu’elle est reprise par Nicolas mais elle fut vigoureusement refusée par son scénariste Jimmy Sangster au cours de leur entretien (publié in Bouyxou & Lethem, La Science-fiction au cinéma, éditions U.G.E., collection 10/18, Paris 1971).

Christopher Lee et Fisher ont soigneusement maintenu l’ambivalence humaine / inhumaine du personnage de Dracula, monstre rendu plus dangereux par sa beauté apparente mais néanmoins monstre. Aspect démoniaque (au sens à la fois théologique et kierkegaardien du terme) revendiqué par Lee dans son entretien avec Caen paru dans un Midi-Minuit Fantastique n°4-5 de janvier 1963. Lee le maintiendra dans ses interprétations suivantes, y compris dans les dernières grandes versions Hammer des années 1970 qu’il interprète, celles de Roy Ward Baker et de Peter Sasdy.

Le Cauchemar de Dracula (Dracula / Horror of Dracula) (GB 1958) de Terence Fisher n’est pas le premier film montrant les canines du vampire. Si ma mémoire est bonne, on les voyait déjà en 1943 chez Siodmak et en 1944 et 1945 chez Erle C. Kenton. On les voyait assurément dans El Vampiro (Les Proies du vampire) (Mex. 1957) de Fernando Mendez avec German Robles. En couleurs et sanglantes, en revanche, possible mais… à vérifier cependant ! L’histoire du cinéma réserve tant de surprises… et il reste encore tant de films fantastiques inédits en France au cinéma à découvrir : je pense par exemple au The Return of the Vampire (USA 1943) de Lew Landers avec Bela Lugosi.

Concernant la réception politique de la Hammer films en France, une certaine ambivalence demeure: le public de gauche intellectuelle a certainement pensé ce que Nicolas écrit; le grand public apolitique n’a absolument pas pensé cela, quant au public de droite intellectuelle … je ne sais pas ! Je note, à ce sujet, que la revue Présence du cinéma (Michel Mourlet, Michel Marmin et les « mac-mahoniens ») défendait un cinéaste-bis (devenu d’ailleurs, non moins que Fisher, un cinéaste classique incontournable) tel que Vittorio Cottafavi alors que Jean Douchet crachait sur Fisher certaines des lignes les plus méprisantes jamais lues dans l’histoire critique française de ce cinéaste (lignes reproduites dans M.-M. F. n°1).

Le paragraphe sur l’année 1968 et ses paradoxes culturels et sociologiques est très bon.

Sur les vedettes féminines de la Hammer, analyse assez complète mais l’espace manquait évidemment pour cerner totalement la richesse du sujet et il est, de toute manière, préférable de réserver une telle analyse à une critique titre par titre.

Le chapitre sur les Hammer « para-victoriens » (donc sur ceux relevant des genres de la sciences-fiction, de la terreur psychologique, de l’aventure historique et préhistorique) compense, en dépit de son inévitable brièveté, un peu leur absence du livre de référence.

Michael Carreras était déjà aux commandes et déjà actif dès les années 60, bien avant le passage de pouvoir « officiel » de James à Michael. D’autre part, les contemporains rendent responsables Aïda Young plutôt que Carreras de l’accentuation de la violence et de l’érotisme graphique. Un point d’histoire de la Hammer à creuser un jour (peut-être déjà résolu par les livres consacrés à l’histoire du studio, notamment les livres anglais et leurs témoignages de première main ?) mais Michael en fut aussi responsable, de toute évidence.

Intéressant paragraphe synthétique sur l’évolution fishérienne de la conception du baron Frankenstein mais il me semble que le passage « de l’autre côté du miroir » est déjà effectué à la fin de La Revanche de Frankenstein.

Bons paragraphes sur les Hammers des années 1970 et sur la présentation de Frankenstein et le monstre de l’enfer (GB 1973) de Terence Fisher à la Convention française du cinéma fantastique, ce qui accentue la reconnaissance critique néanmoins encore marginale et pour longtemps, du genre. Sur le plan du grand public, en revanche, la Hammer n’est pas encore classique : elle demeure également marginale et pour aussi longtemps, notamment à la télévision (la télédiffusion du Cauchemar de Dracula en VF d’époque vers 1975 demeurant l’exception qui confirme la régle). Terence Fisher meurt en 1980 dans l’indifférence critique et médiatique la plus complète et la Hammer. Il faudra attendre presque trente ans pour que la Cinémathèque française lui rende hommage (2007).

Excellent chapitre sur les doubles-programmes mythologiques des cinémas parisiens Brady et Colorado et sur ma génération mais un bémol historique : au tournant des années 1980, la mort des cinémas de quartier est inexorablement enclenchée et de tels doubles-programmes disparaissent progressivement. Après 1985, le phénomène s’accentue.

Le Spectre du chat

Bonus - 4,0 / 5

2 suppléments vidéo complètent le livret : « la petite boutique des horreurs » (10 min.) est une brève introduction à l’histoire de la Hammer Films par Nicolas Stanzick, illustrée de documents de première main et la « présentation de Le Spectre du chat (15 min environ) couvre bien sa genèse, sa production, la carrière de John Gilling, sa réception française. Elle est bien informée et, en outre, très bien illustrée. Sur certains points de cette présentation, je renvoie à ce que j’ai écrit plus haut concernant le livret car certains éléments du livret se retrouvent dans cette présentation.

La galerie images : plusieurs affiches et une dizaine de très belles photos de plateau N&B, remarquablement reproduites à la bonne taille, afin qu’on en profite pleinement sur grand écran TV ou vidéoprojecteur. Malheureusement aucun jeu complet de photos couleurs d’exploitation n’est proposé. On aurait pu aussi songer au jeu splendide des 8 « lobby cards » couleurs anglaises et surtout américaines auxquelles Universal a évidemment accès puisqu’elle fut son distributeur américain. Sans parler des jeux français et allemands qui sont tout aussi magnifiques.

La section bandes-annonces (une dizaine proposées en VOSTF) est intéressante car on y trouve une BA de 1961 proposant le double-programme (en très mauvais état chimique et recadrée : des avertissements signalent que le master Elephant est évidemment d’une qualité bien supérieure) de La Nuit du loup-garou et de Le Spectre du chat. Notons que cette BA est intégralement N&B alors que le premier film est en couleurs. On y trouve également une belle bande-annonce au format HammerScope 2.35 N&B de Paranoïaque L’état chimique comme vidéo de l’ensemble de ces BA varie du bon au médiocre, y compris concernant les cadrages des formats. Cette section contient également une publicité filmée pour l’édition revue et augmentée de la mythique revue Midi-Minuit Fantastique.

La BA du Fantôme de l’opéra est, malheureusement, en assez mauvais état.

L’ensemble est sympathique et très honorable. mais on aurait pu lui ajouter le « making-of » (durée 30 min. environ) avec une partie de l’équipe anglaise de 1961 visible (en VO sans STF) sur le bluray anglais édité par Final Cut Entertainment également recadré 1.37 compatible 4/3.

Image - 2,0 / 5

Format 1.37 N&B recadré : l’original était certainement au moins en 1.66 écran large et les plans montrant la vision du chat étaient, de toute évidence, calibrés par Arthur Grant, l’un des meilleurs spécialistes de l’écran large de l’époque à la Hammer, pour occuper une largeur bien supérieure à celle ici montrée puisque le chat est, comme on sait, doté d’une vision panoramique large supérieure à la nôtre en étendue. Du coup, ce master Universal ressemble à un téléfilm (norme 4/3 du siècle dernier) au lieu d’être ce qu’il est : un film de cinéma fantastique tourné en écran large 1.66 (très probablement car Gilling a beaucoup employé ce format durant ses années Hammer). C’est la raison pour laquelle ce titre est le seul de cette salve Hammer a ne pas avoir été transféré par Elephant sur master Full HD et qu’on s’est cantonné à une simple édition DVD. Les Anglais de Final Cut Entertainment ont édité un Blu-ray en Angleterre qui est plus cher mais tout aussi recadré. Copie chimique très propre et bien restaurée mais il faudrait refaire le télécinéma. Il faudrait que Universal (les masters fournis à Elephant proviennent évidemment d’elle et son logo avant le générique d’ouverture en témoigne assez) fasse un effort tecchnique une fois pour toutes concernant ce titre de John Gilling qui est un cinéaste aussi important que Fisher, dans l’histoire de la Hammer film comme dans celle du cinéma anglais en général. La Fox, elle, a été capable de fournir en son temps des masters au format large correct de titres de Gilling tournés pour la Hammer aussi importants que La Femme reptile (The Reptile) (GB 1966), L’Invasion des morts-vivants (The Plague of the Zombie) (GB 1966), Dans les griffes de la momie (The Mummy’s Shroud) (GB 1966).

Son - 2,0 / 5

Dolby digital mono 2.0 VO et VOSTF mais pas de VF d’époque alors qu’elle existait certainement (le seul Hammer film fantastique qui n’eut pas de VF durant son exploitation française fut Comtesse Dracula, tous les autres en eurent, de sources concordantes), raison pour laquelle cette section non plus n’obtient pas la moyenne. La musique de Mikis Teodorakis est assez bonne.

Le Spectre du chat

Crédits images : © Éléphant Films

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic FullHD
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Sony
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p
Note du disque
Avis
Multimédia
Le Spectre du chat
Bande-annonce VOST

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