L'Etrange Mr Slade : le test complet du DVD

Man in the Attic

1953. Réalisé par Hugo Fregonese
Avec Jack Palance, Constance Smith et Byron Palmer

Édité par Artus Films

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Le 12/03/2018
Critique

L'Étrange Mr. Slade

Londres 1888 : alors que Jack l’éventreur vient de commettre son troisième meurtre, M. Slade s’installe chez les parents de Lily, une belle actrice de cabaret courtisée par un inspecteur de police de Scotland Yard qui enquête sur les meurtres. Slade est un étrange locataire qui fascine dangereusement Lily et qui éveille les soupçons de sa mère.

L’Etrange Mr. Slade (Man in the Attic) (USA 1953) d’Hugo Fregonese demeura curieusement inédit en France au cinéma : ce n’est que la télévision câblée puis le DVD qui nous le rendirent enfin visibles. Il s’inscrit dans l’histoire du cinéma fantastique à la suite du The Lodger (Les cheveux d’or) (GB 1926) d’Alfred Hitchcock et du Jack l’éventreur (The Lodger) (USA 1943) de John Brahm, autant de variations-adaptations cinéma de la même pièce de théâtre originale écrite par Marie Adelaide Belloc-Lowndes. Il est vrai que The Lodger / The Phantom Fiend (GB 1932) de Maurice Elvey et Room to Let (GB 1950) de Geoffrey Grayson (aussi avec la belle Constance Smith), autre variations d’après la même source littéraire, demeurent encore également inédits chez nous alors que par ailleurs, les films allemands classiques dans lequel Jack l’Éventreur apparaît (Le Cabinet des figures de cire de Paul Leni, Loulou de Pabst) étaient parvenus sans encombre jusqu’à nous : mystères impénétrables de la distribution française, parfois un peu trop sélective.

Ni l’érotisme ni la violence graphique de L’Etrange Mr. Slade ne constituaient pourtant un motif d’effroi pour le censeur français de 1953 : aucun meurtre n’est montré, et l’érotisme se limite à deux numéros de cabaret, certes mignons mais tout de même encore assez sages. Pour bénéficier vraiment de ces éléments portés à leur maximum d’intensité, il faut attendre le meilleur film de cette série, encore à ce jour, à savoir le génial Jack l’éventreur (Jack The Ripper) (GB 1958) de Robert S. Baker et Monty N. Berman qui demeure, encore aujourd’hui, la version cinématographique de référence. Même le beau [PROGARM(sherlock_holmes_contre_jack_l_eventreur)] Study in Terror (GB 1965) de James Hill n’arrivera pas à retrouver une telle intensité, bénéficiant pourtant d’une magnifique direction artistique, de très belles couleurs (à condition de le visionner au format large correct) et de la pulpeuse Edina Ronay : c’est dire !

Ce qu’il faut noter, a contrario, c’est la volonté de retenue et le désir, bien digne d’un ancien collaborateur de Val Lewton, de suggérer l’horreur plutôt que de la montrer. Car ce qui intéresse ici Fregonese, ce sont d’abord les gros plans du visage de l’acteur Jack Palance lorsqu’il évolue dans sa vie quotidienne de locataire un peu bizarre : c’est là toute la force et la faiblesse de L’Etrange Mr. Slade. Palance est malheureusement l’exemple de la fausse bonne idée de casting pour un tel rôle : la puissance plastique de son physique et la puissance mythologique de son personnage s’annulent réciproquement. D’autant plus que le scénario a tendance à privilégier une explication « humaniste » du criminel destinée à ne pas le rendre seulement terrifiant, privilégiant souvent le dialogue statique au détriment du reste. Son économie dramaturgique est donc préjudiciable au développement de la peur, qui naît toujours du secret et du non-dit : elle s’oriente vers le film policier bien plutôt que vers le film fantastique. C’est plutôt le personnage de Constance Smith, belle et qui joue très bien son rôle d’artiste « libérée », « émancipée », mais en danger sans le savoir, qui nous a intéressé : il est le seul élément réellement original du script. Sans oublier, bien sûr, une direction artistique et des décors très soignés, qui participent toujours au plaisir purement graphique de cette lignée.

L'Étrange Mr. Slade

Généralités - 3,0 / 5

1 DVD Artus Films de la collection « Les Classiques », édité le 05 décembre 2017. Format 1.37, image N&B, son mono VOSTF uniquement, durée du film : 78 min.

Bonus - 1,0 / 5

Lorsque le film avait été édité en 2007, sous le titre DVD de Jack l’éventreur, dans la collection Serial Polar de Bach Films, il était muni de 50 minutes de bonus (sur le cinéaste argentin Hugo Fregonese, sur Jack l’éventreur comme personnage historique et comme thème du cinéma fantastique, sur l’acteur américain Jack Palance, sur la pièce de théâtre originale et son auteur franco-anglais) mais dénué de bande-annonce originale. Ici, presque dix ans après, c’est l’inverse ! On a comme unique supplément la BA en question (VO sans STF, copie chimique en assez bon état). Autant dire que les bonus des deux éditions sont donc parfaitement complémentaires ! Aucune galerie photos ni affiches. bande-annonce générale Artus de la collection (extraits de Au-delà de demain, Scandale à Paris, Le Fils du pendu, Les 5 survivants, L’Etrange Mr. Slade, Le Carnaval des âmes).

Image - 4,0 / 5

Format 1.37 N.&B., 16/9 compatible 4/3. Copie chimique bien restaurée, numérisation satisfaisante. Le format 1.66 parfois mentionné dans certaines fiches techniques provient de la situation de l’écran large au tournant de 1953 : des films 1.37 d’origine pouvaient être conçus au tournage pour être exploités aussi bien en 1.37 qu’en 1.66 afin de passer pour « écran large » car le CinemaScope (encore plus large) venait d’apparaître dans La Tunique (The Robe) (USA 1953) d’Henry Koster et il fallait avoir le terme « WideScreen » sur l’affiche pour mieux vendre. Direction de la photographie signée Leo Tover, A.S.C., solide artisan qui a soigné les éclairages raffinés des séquences nocturnes.

Son - 5,0 / 5

Dolby Mono d’origine 2.0 VOSTF. : pas de VF d’époque à regretter car le film est inédit en France mais il est, me souffle Christophe Bier, sorti en Belgique francophone sous le titre Le Tueur de Londres. L’unique piste sonore américaine qui nous est proposée est techniquement en bon état. Belle musique (et jolis numéros de cabarets filmés avec chansons vantant l’amour et Paris, contenant même quelques mots français prononcés par… de bien jolies lèvres) signée Lionel Newman qu’il ne faut évidemment pas confondre avec Alfred Newman, autre compositeur de musique de films.

L'Étrange Mr. Slade

Crédits images : © Artus Films

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic FullHD
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Sony
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p

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