A la recherche de Ingmar Bergman (2018) : le test complet du DVD

Ingmar Bergman: Vermächtnis eines Jahrhundertgenies

Réalisé par Margarethe von Trotta
Avec Liv Ullmann, Olivier Assayas et Ruben Östlund

Édité par Epicentre Films

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Le 28/01/2019
Critique

À la recherche de Ingmar Bergman

Ingmar Bergman est considéré comme l’un des réalisateurs les plus importants de l’histoire du cinéma. À l’occasion du centenaire de sa naissance en 2018, la cinéaste allemande Margarethe von Trotta s’interroge sur l’héritage du maître, son travail et sa vie personnelle qui continuent d’inspirer des générations de réalisateurs.

À la recherche d’Ingmar Bergman (Ingmar Bergman: Vermächtnis eines Jahrhundertgenies, soit L’Héritage d’un génie du siècle), sorti dans non salles en septembre 2018, est un hommage rendu par la réalisatrice Margarethe von Trotta à celui qui a, plus que tout autre, influencé son cinéma.

Le documentaire s’ouvre avec le retour de Margarethe von Trotta sur la plage de galets de la partie d’échecs de von Sydow contre la mort dans Le Septième sceau (Det Sjunde inseglet, 1957) : elle revoit en mémoire, plan par plan, toute la scène du film qu’elle avait découvert à Paris, en 1960, et qui fit naître sa vocation de cinéaste.

Tout a été dit ou écrit sur Ingmar Bergman

Pour cette raison, Margarethe von Trotta a choisi de découvrir qui était l’homme. Une approche particulièrement pertinente, tant le cinéma de Bergman reflète sa personnalité.

Elle est donc allée en des lieux où il a vécu, à Stockholm, pour visiter, en compagnie de personnes qui l’ont connu, le quartier où était la maison familiale, près de l’église dont son père était le pasteur, le Dramaten, le théâtre où il fut metteur en scène, le Teatergrillen, le restaurant qu’il fréquentait. Margarethe von Trotta suit aussi les traces de Bergman au Redidenztheater de Munich où il a mis en scène la trilogie Mademoiselle Julie d’August Strindberg, Nora d’Erik Ibsen et Scènes de la vie conjugale, l’adaptation pour la scène de sa minisérie et du film Scènes de la vie conjugale (Scener ur ett äktenskap, 1973 et 1974).

À la recherche de Ingmar Bergman

À la recherche d’Ingmar Bergman recueille aussi les souvenirs de membres de la famille du cinéaste, de sa compagne Liv Ullmann et, aussi, de deux de ses fils (il a eu huit enfants de cinq mariages), Ingmar Bergman Jr. et Daniel Bergman (réalisateur de Söndagsbarn, 1992, sur un scénario d’Ingmar Bergman) qui s’accordent pour dire que leur père était moins intéressé par ses enfants que par l’évocation, dans ses films, de sa propre enfance.

Margarethe von Trotta a aussi retrouvé la productrice Katinka Faragó qui fut la scripte de Bergman pendant 30 ans et 17 films, celle sur qui il laissait éclater ses mouvements d’humeur dont il voulait mettre les acteurs à l’abri.

Elle a également interrogé des gens qui ont étudié son oeuvre, comme Olivier Assayas, coauteur avec Stig Björkman de Entretiens avec Bergman : « Il a fait comprendre que le cinéma était aussi une façon d’explorer l’inconscient (…) et a construit, film après film, une oeuvre cohérente. » Et aussi Jean-Claude Carrière qui le décrit comme « Un homme qui a reçu une éducation rigide, en lutte contre tous les diables qui sont en lui. Il est évident que son cinéma est né de ce conflit. » Tous deux soulignent l’influence du cinéma de Bergman sur la Nouvelle vague.

À la recherche d’Ingmar Bergman n’omet pas de rappeler les vues du cinéaste sur son art : « Le cinéma est une machine à rêves pour rêveurs, permettant d’exprimer les désirs les plus secrets. » À un journaliste qui s’étonne du pessimisme de ses films, il répond : « Je ne cherche qu’à dire la vérité sur la condition humaine. »

Dis-moi qui tu aimes et je te dirai qui tu es (Victor Hugo)

Margarethe von Trotta nous donne la liste des onze films préférés d’Ingmar Bergman, dans laquelle figure un de ses films, Les Années de plomb (Die bleierne Zeit, 1981), et Le Chef d’orchestre (Dyrygent, Andrzej Wajda, 1980), Andreï Roublev (Andreï Tarkovski, 1969), Le Quartier du Corbeau (Kvarteret Korpen, Bo Widerberg, 1963), La Strada (Federico Fellini, 1954), Rashomon (Akira Kurosawa, 1950) Boulevard du crépuscule (Sunset Blvd., Billy Wilder, 1950), Le Quai des brumes (Marcel Carné, 1938), La Passion de Jeanne d’Arc (Carl Theodor Dreyer, 1928), Le Cirque (The Circus, Charles Chaplin, 1928) et, celui qui lui tenait le plus à coeur, La Charrette fantôme (Körkarlen, 1921) réalisé par Victor Sjöström, « son maître », auquel il donnera le premier rôle dans Les Fraises sauvages (Smultronstället, 1957).

À la recherche de Ingmar Bergman

Les entretiens sont illustrés de scènes de tournage et de nombreux extraits de films, dont certains rarement montrés, comme ceux du film expérimental De la vie des marionnettes (Aus dem Leben der Marionetten, 1980).

Cette passionnante approche d’Ingmar Bergman et de son oeuvre suscite l’envie de voir arriver des films d’Ingmar Bergman encore inédits en vidéo, tels que La Prison (Fängelse, 1949), une mise en abyme du métier de cinéaste, Face à face (Ansikte mot ansikte, 1976)… et, pourquoi pas, de rêver à l’édition d’une intégrale des quelques 70 films qui composent son oeuvre. Nous rappelons, en attendant, la réédition en haute définition de plusieurs films par StudioCanal en 2013 et 2014, réunis dans le coffret Ingmar Bergman, l’essentiel (10 Bluray ou 11 DVD), édité en décembre 2014.

À la recherche d’Ingmar Bergman fournit aussi une bonne occasion de recommander Fanny et Alexandre, une des oeuvres majeures du cinéaste, dans ses deux versions, celle pour la télévision, d’une durée de 322 minutes et la version « courte » de 189 minutes pour l’exploitation en salles, avec un précieux bonus, The Making of Fanny & Alexander (105’), un documentaire réalisé par Bergman lui-même pendant le tournage qui permet de voir le cinéaste à l’oeuvre, notamment dans sa direction des acteurs. Un coffret exceptionnel, salué par le Prix du meilleur DVD/Blu-ray de patrimoine 2013 par le jury DVD/Blu-ray du Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

À la recherche de Ingmar Bergman

Généralités - 3,5 / 5

À la recherche d’Ingmar Bergman (95 minutes) et ses suppléments (24 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un digipack.

Le menu animé et musical propose le film dans sa seule version originale en anglais, français, allemand et suédois, avec sous-titres imposés (français ou anglais) qui auraient pu être placés plus bas sur l’image.

Bonus - 4,0 / 5

Entretien avec la réalisatrice (13’, en français, Épicentre Films, 2018). C’est à Paris, où elle était étudiante dans les années 60, alors qu’elle considérait encore le cinéma comme un simple divertissement, qu’elle a vu Le Septième sceau qui lui a donné envie de devenir, un jour, réalisatrice. Elle s’est introduite, au milieu des années 60, en tant qu’actrice, dans le nouveau cinéma allemand (ce qui l’a aidé plus tard dans la direction d’acteurs) jusqu’à son premier film, Le Second éveil (Das zweite Erwachen der Christa Klages) sorti en 1978. Son approche a été de découvrir où Bergman en était dans sa vie, film après film, notamment dans ses relations avec les femmes… des femmes suédoises, émancipées. Il lui a dit que Les Années de plomb l’avait, après une grave dépression, incité à reprendre la réalisation, celle de Fanny et Alexandre. Bergman connaissait ses faiblesses et avait peur de la mort jusqu’au tournage de Le Septième sceau. Il savait mettre en confiance les acteurs qui lui donnaient tout. La réalisatrice a cherché à illustrer son documentaire par des extraits de films différents de ceux qu’on montre partout.

Débat au cinéma Le Mélies, à Montreuil, animé par Stéphane Goudet (9’, en français, Épicentre Films, 2018). Margarethe von Trotta, comme il restait peu à révéler sur l’oeuvre du cinéaste, a suivi le conseil de la Fondation Ingmar Bergman de mettre en avant les moments qu’elle avait partagés avec lui, notamment pendant son séjour à Munich, et de rechercher ce qu’il avait mis de lui-même dans chacun de ses films.

Pour finir, la bande-annonce, une galerie de photos et une biofilmographie sélective de Margarethe von Trotta.

À la recherche de Ingmar Bergman

Image - 4,5 / 5

L’image (1.85:1) bénéficie d’une excellente résolution, de couleurs naturelles, soigneusement étalonnées. Les extraits de l’oeuvre du cinéaste illustrant les propos proviennent de masters restaurés. Certaines archives peuvent être affectées par un bruit vidéo qui ne nuit toutefois pas à leur lisibilité.

Son - 4,5 / 5

Le son Dolby Digital 5.1, très propre, restitue avec clarté les entretiens et les dialogues des extraits de films et les voies latérales donnent à l’accompagnement musical une belle ampleur.

Crédits images : © Bengt Wanselius / Börres Weiffenbachsd / Sven Nykvist / AB Svensk Filmindustri sd

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 30 janvier 2019
La réalisatrice Margarethe von Trotta a choisi d’approcher le cinéma d’Ingmar Bergman en en nous emmenant en des lieux où il a vécu, en compagnie de personnes qui l’ont connu, pour découvrir l’homme. Une approche particulièrement pertinente, tant le cinéma de Bergman reflète sa personnalité.

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