Sibel (2018) : le test complet du DVD

Réalisé par Guillaume Giovanetti
Avec Damla Sönmez, Erkan Kolçak Köstendil et Emin Gürsoy

Édité par Pyramide Vidéo

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Le 30/07/2019
Critique

Ce conte moral nous entraîne dans un village reculée de Turquie où l’on communique encore par un langage sifflé. Dépaysant !

Sibel

En Turquie, à Kuşköy, un village montagnard isolé en bordure de la Mer Noire, Sibel, 25 ans, vit avec son père veuf, le maire du village, et sa jeune soeur Fatma. Muette, Sibel communique avec les autres par la langue sifflée locale. Quand elle ne cueille pas le thé avec les femmes du village, elle traque avec son fusil le loup qui, dit-on, rôderait dans la forêt. C’est là qu’elle rencontre Ali, un déserteur blessé. Surprise en compagnie de l’homme, Sibel est rejetée par tout le village…

Sibel, salué en 2018 par le Prix FIPRESCI au festival de Locarno, a été coréalisé par le duo formé par la Turque Çagla Zencirci et le Français Guillaume Giovanetti, coauteurs de courts métrages, de documentaires et de deux autres longs métrages de fiction, Noor, l’histoire d’un transsexuel, tournée au Pakistan en 2012, et Ningen, sorti en 2013, celle d’un homme d’affaires japonais dont la santé mentale bascule et qui cherche à sauver son entreprise.

L’étrange langage sifflé est celui avec lequel, à Kuşköy (« village des oiseaux »), on communiquait dans la montagne. Le kuş dili (« langue des oiseaux ») encore connu de quelques centaines d’habitants, inscrit par l’UNESCO sur la liste des langues à protéger, n’est pas la seule étrangeté du film. L’autre est son environnement particulier, dans un petit village au pied d’une montagne souvent noyée dans la brume, au sein d’une communauté qui maintient ses traditions ancestrales en dépit de la place prise par la télévision, l’ordinateur et le smartphone.

Sibel

Sibel est une sorte de conte moral, un exemple de surpassement d’une faiblesse par la force de caractère. La jeune femme sait, dans une culture patriarcale, comment résister aux injonctions de son père, comment apprivoiser le déserteur que les autorités désignent comme un dangereux terroriste, comment affronter la tête haute le rejet des femmes du village. La caméra suit dans tous ses déplacements l’actrice Damla Sönmez, connue en Turquie pour sa participation à une trentaine de séries et films, que ce DVD nous permet de découvrir.

Sibel prend aussi des allures de conte de fées quand la chasseresse nous entraîne dans la forêt escarpée à la recherche d’un loup, peut-être mythique, mais qu’on s’attend à voir surgir dans la forêt habitée par les cris d’animaux, le chant des oiseaux, le bruissement du vent dans les arbres, l’aboiement lointain des chiens, un charme accru par le travail sur la bande-son, sans accompagnement musical.

La question de l’émancipation des femmes dans un état musulman, bien qu’elle ne soit pas ouvertement soulevée, est sous-jacente tout au long du récit : le comportement marginal de Sibel, encore célibataire à 25 ans, sortant cheveux au vent, traquant seule le loup, armée d’une carabine, surprise en compagnie d’un étranger, s’il est accepté d’assez bonne grâce par son père, est stigmatisé par les villageois, en particulier par les femmes, gardiennes les plus résolues d’un ordre moral qui les maintient sous la sujétion des hommes. On retrouve là, avec les deux soeurs, Sibel et Fatma, traité d’une manière moins dramatique, un thème voisin de celui de Mustang, le remarquable film de Deniz Gamze Ergüven, multiprimé en 2016.

Sibel

Généralités - 3,0 / 5

Sibel (91 minutes) et ses suppléments (46 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un boîtier non fourni pour le test.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, avec sous-titres français, anglais ou turcs, au format audio Dolby Digital 5.1 ou 2.0 stéréo.

Sous-titres pour malentendants.

Bonus - 4,0 / 5

L’histoire de Sibel par Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti (27’, enregistré à Paris en avril 2019). L’idée du film leur est venue à la lecture du livre de Michel Malherbe, Les Langages de l’humanité, qui faisait une courte allusion à une langue sifflée dans un village du nord-est de la Turquie. Sur place, à Kuşköy, ils ont vu que tous comprenaient cette langue, même si les jeunes ne la parlaient plus, et rencontré une jeune muette qui ne pouvait s’exprimer que dans cette langue. Séduite par le projet de film, l’actrice Damla Sönmez a pris des cours avec le professeur de langue sifflée du village : à chaque syllabe de la langue turque correspond un son. Le document montre des extraits des leçons et le professeur a validé le montage final du film. L’écriture du scénario a commencé, avec l’aide de Ramata Sy. Puis, pour la première fois, les réalisateurs ont recherché des acteurs professionnels, et organisé des répétitions à Istanbul, puis préparé les décors dans la « Montagne du brouillard ». Enfin, le film a été projeté en exclusivité aux villageois avant qu’il ne fasse l’ouverture du festival de Locarno où il a obtenu trois prix qui ont permis sa projection dans de nombreux festivals, puis sa sortie en salles, où il fut bien accueilli. Le document se termine par le rap song des crédits, traduits sur un déroulant. De l’idée du film à son achèvement, quatre ans se sont écoulés.

Sibel

Analyse des séquences (12’). 1. Le plan-séquence de la maison, la maison du maire, en surplomb du village de Kuşköy, qui permet de découvrir la famille de Sibel. 2. Ali, l’étranger : avec l’assistance d’un cascadeur, la rencontre brutale de Sibel et de l’inconnu qui installe la peur. 3. L’entremetteuse, remplacée par une doublure filmée de dos dans certains plans. 4. Le passage à tabac : la séquence où Sibel se fait battre par les femmes du village a été tournée après concertation entre l’actrice et les figurantes. 5. Le pont, la cabane et le serpent, la scène de l’altercation violente avec son père, après laquelle Sibel se réfugie dans la forêt.

Scènes coupées, avec ou sans commentaires (7’). Trois scènes : le plan-séquence du trou, l’épicerie, les chaussures.

Bandes-annonces de Sibel, Mary Shelley, Luna et Paula.

Sibel

Image - 5,0 / 5

L’image (2.39:1) pousse à ses limites la résolution permise par le DVD assurant une belle profondeur de champ dans les scènes tournée en forêt. Les couleurs sont naturelles, délicatement saturées et soigneusement étalonnées. Difficile de faire mieux !

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 5.1 (ou, au choix, DD 2.0 stéréo) est propre, avec un spectre ouvert et une bonne dynamique. Fin, il permet d’entendre tous les bruits de la forêt et met en valeur les chants des paysannes.

L’utilisation timide des canaux latéraux concentre l’image sonore sur le plan frontal, limitant ainsi la différence avec entre les deux formats proposés.

Crédits images : © Pyramide Vidéo

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 1 août 2019
Ce conte moral, sur le double thème de la différence et de l’émancipation de la femme dans un société patriarcale, nous amène au confins de la Turquie, là où subsistent des traditions ancestrales, la plus étrange étant un langage sifflé. Un documentaire-fiction insolite, plusieurs fois primé, à découvrir !

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