Teret (2018) : le test complet du DVD

Réalisé par Ognjen Glavonic
Avec Leon Lucev, Pavle Cemerikic et Tamara Krcunovic

Édité par Nour Films

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Le 26/09/2019
Critique

Ce premier film courageux d’un jeune réalisateur serbe nous ramène aux sombres jours des massacres de civils albanais au Kosovo.

Teret

En 1999, au moment où la Serbie est bombardée par les forces de l’OTAN, Vlada, un ouvrier au chômage, a accepté de conduire un camion du Kosovo jusqu’à Belgrade. Il ne doit pas s’arrêter, conduire prudemment pour ne pas attirer l’attention et ne jamais ouvrir la remorque dont il ignore le chargement.

Teret (le chargement, la cargaison, en serbe), présenté à Cannes en 2018 à la Quinzaine des réalisateurs, est le premier long métrage de fiction du cinéaste serbe Ognjen Glavonić, né en 1985, auteur en 2016 de Depth Two (Dubina dva, joint en supplément), un documentaire sur les tentatives du gouvernement d’effacer les traces des massacres d’Albanais perpétrés au Kosovo, sur ordre de Slobodan Milošević.

Teret est avare d’informations et pas seulement sur le contenu de la remorque du camion de Vlada d’où provient, de temps à autre, un bruit inexpliqué, d’un objet claquant sur les parois métalliques. La guerre, elle-même, reste presque abstraite, seulement révélée par les éclairs des tirs lointains de la DCA, l’explosion des bombes, un camion en travers de la route et une voiture en feu bloquant un pont ou, encore, par le vrombissement d’avions masqués par une épaisse couche de nuages.

Les rares contacts de Vlada, un homme mutique, avec des gens auxquels il demande sa route à hauteur du pont bloqué, avec les invités d’un mariage à l’occasion d’une pause, avec un jeune auto-stoppeur, puis avec son fils, sont des occasions de souligner le décalage des valeurs d’une génération à une autre. Celle de son père, un des partisans qui luttèrent contre les nazis, en des temps où l’unité de façade de l’ancienne Yougoslavie ne tenait que par la poigne de la dictature de Tito. Le souvenir de son père lui revient devant le monument de Sutjeska dont les jeunes ignorent aujourd’hui qu’il commémore la mort de plus de 700 000 partisans. Le jeune auto-stoppeur n’a qu’une idée en tête : quitter au plus vite le pays pour créer un groupe de rock en Allemagne. Et puis, entre les deux, la génération de Vlada, qui évite de se poser trop de questions sur les événements qui secouent son pays.

Teret change de ton, vers la fin, quand les commanditaires du transport demandent à Vlada de nettoyer le camion, vidé de sa cargaison. Il découvre l’origine du bruit qui l’intriguait, une bille de verre qui ne pouvait appartenir qu’à un enfant. Et l’odeur ne lui laisse aucun doute sur la nature du chargement. Plus possible de faire semblant de ne pas savoir : il devra supporter le poids de sa culpabilité.

Teret rappelle un film situé sur un autre théâtre de guerre, le Donbass, Frost (Sharunas Bartas, 2017), un road movie au lent déroulement, à travers des paysages tristes, dans lequel un jeune chauffeur doit conduire à l’endroit indiqué le chargement d’une camionnette sans savoir à qui il est destiné. Teret est à l’exact opposé d’un autre film dont l’action se situe pourtant au même moment et au même endroit, au Kosovo au moment des bombardements de l’OTAN, Balkan Line (Balkanskiy rubezh, Andrey Volgin, 2019), édité en vidéo un mois avant, un film à grand spectacle louant l’humaniste courageux des Serbes, présentés comme des victimes de la barbarie des milices albanaises !

Cette édition vidéo par Nour Films devrait donner à Teret, sorti dans nos salles en mars 2019, la possibilité d’être vu par un plus large public.

Teret

Généralités - 4,0 / 5

Teret (94 minutes), et ses généreux suppléments (100 minutes) tiennent sur un DVD-9, logé dans un boîtier épais de 14 mm.

Le menu fixe et muet propose le film dans sa version originale, avec sous-titres incrustés dans l’image mais correctement placés au bas du cadre, dans deux formats audio, Dolby Digital 5.1 et 2.0 stéréo.

Bonus - 3,5 / 5

Entretien avec Ognjen Glavonić (20’, en anglais sous-titré). Il a appris en 2009 que des charniers avaient été découverts à 10 kilomètres de chez lui, avec les cadavres de civils, dont beaucoup de femmes et d’enfants, puis lu un article sur le témoignage du chauffeur d’un camion frigorifique, ce qui lui a donné l’idée, à l’université, d’un court métrage. Mais il aurait fallu une durée plus longue et des moyens qu’il n’avait pas. Sorti de l’université en 2011, il a mis sept ans à assurer le financement du film : son sujet encore tabou avait entraîné le refus de plusieurs commissions. Le tournage a dû être réalisé en seulement trente jours. Avec ce film, il a voulu évoquer le changement des valeurs sur trois générations et laisser une marque visible des massacres commis il y a vingt ans, passés sous silence et ignorés des plus jeunes. Le film a été projeté en Serbie, dans très peu de salles, après des mois de campagne diffamatoire et réductrice.

Depth Two (Dubina dva, 2016, 80’). Le documentaire recueille les témoignages bouleversants, enregistrés de 2002 à 2015, de personnes qui ont assisté à des massacres perpétrés par des forces de police et des milices serbes. Les témoignages de participants aux exactions ou de ceux qui ont aidé les autorités serbes à vider les charniers du Kosovo, à transporter les corps pour tenter de les faire disparaître. Le récit le plus horrifiant est celui d’une survivante de la razzia meurtrière sur un village albanais dont les habitants, rassemblés dans une pizzeria, furent froidement exécutés avant d’être hâtivement enterrés. En contrepoint des témoignages, sous des ciels hivernaux, de longs plans fixes de paysages, de camions roulant de nuit, et les photos émouvantes de dessins d’enfants et de petits vêtements troués par des balles, récupérés dans les fosses communes. Le film se termine sur la formation de cristaux de glace, puis sur la germination d’une graine, symbole de la vie qui reprend après le froid d’un rude hiver. Ce premier long métrage a été plusieurs fois primé en 2016, y compris à Saint Pétersbourg.

Bande-annonce.

Teret

Image - 4,0 / 5

L’image (1.85:1), dans une palette désaturée s’accordant à la lumière blafarde de l’entrée de l’hiver, sous des ciels couverts, offre une définition et des contrastes nécessairement réduits. Pas une image flatteuse, donc, mais en harmonie avec la tonalité lugubre et désespérée de l’oeuvre, ce qui fait pardonner le relatif déficit de netteté des plans les plus sombres.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 5.1 (ou 2.0 stéréo, au choix) détache bien les dialogues de l’ambiance. Difficile de faire la différence entre les deux formats proposés, l’image sonore de la version 5.1 restant figée dans le plan frontal. Ce qui est assez peu gênant, le huis clos dans la cabine du camion faisant l’essentiel du métrage.

Crédits images : © Stefan Djordjevic

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 26 septembre 2019
Teret, présenté à Cannes en 2018 à la Quinzaine des réalisateurs, est le premier long métrage de fiction du cinéaste serbe Ognjen Glavonić. Cette édition vidéo par Nour Films, complétée d'intéressants bonus, devrait le faire connaître d'un plus large public, ce qu'il mérite.

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