Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain (2019) : le test complet du DVD

Réalisé par Jean-Baptiste Thoret
Avec et Dario Argento

Édité par Tamasa Diffusion

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Le 14/10/2020
Critique

Cette analyse du cinéma de Dario Argento aidera à la découverte de tout ce qui se cache derrière les apparences de Suspiria ou Profondo Rosso.

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain

Vingt ans séparent les deux parties de ce film-portrait consacré à Dario Argento. Tourné à Turin, puis à Rome, entre 2000 et 2019, Soupirs dans un corridor lointain cale son pas sur l’un des cinéastes les plus marquants de ces quarante dernières années. Ses obsessions, son travail, ses souvenirs, ses hantises, son rapport à la ville éternelle, les blessures de l’Histoire italienne, et puis le temps qui passe…

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain, élaboré en 2019 par le critique, scénariste et réalisateur Jean-Baptiste Thoret, est l’assemblage de deux parties : d’un documentaire de 52 minutes pour la télévision, enregistré à Turin en février 2000, et d’un deuxième documentaire, filmé à Rome en février 2019.

Dans la première partie, Dario Argento, sagement assis tout au long d’un entretien conduit par Jean-Baptiste Thoret, parle de son cinéma. L’entretien et les commentaires, très laudatifs, sont complétés par le témoignage de collaborateurs, notamment de la monteuse Anna Napoli, et par des scènes de tournage du film [PROGRAM(sang_des_innocents)] (Non ho sonno, 2001).

Dans la seconde partie, Jean-Baptiste Thoret invite Dario Argento à revisiter certains lieux de tournage de ses films à Rome, sur les bords du Tibre, dans le lycée où il a passé un an, dans l’étrange bibliothèque Angelica, dans la somptueuse villa de Ténèbres, maintenant en ruines, dans le quartier de l’EUR (pour Esposizione Universale di Roma), dessiné, dès 1930, pour accueillir l’Exposition universelle de 1942 que la guerre annula, là où Antonioni tourna L’Éclipse (L’Eclisse, 1962), ce que rappelle habilement une « rencontre » sur l’écran de Monica Vitti à 30 ans, avec Dario Argento à 80 ans.

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain

Dans cette seconde partie, la plus intéressante, Jean-Baptiste Thoret réussit à faire parler Dario Argento de la magie du cinéma, des lectures et des films qui ont tracé sa route, de l’influence des arts plastiques, peinture et architecture, et aussi de politique : de son inclination vers un « communisme idéal », de la folie collective dans laquelle a sombré l’Italie pendant les années de plomb, des « analphabètes » récemment arrivés au pouvoir… « La fin de l’Italie ! » Il a toujours veillé à ce que ses films gardent une part de mystère : où et quand l’action se passe-t-elle ? Aucune réponse n’est jamais donnée à cette question. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles ses films sont aujourd’hui encore appréciés par un public jeune.

Les deux parties sont habilement reliées entre elles. Le dernier plan en couleurs de février 2000 montre Dario Argento sortant d’une cour par une grille de fer forgé débouchant dans la rue. Après un fondu au noir, l’image en noir et blanc, élargie au ratio 2.35:1, le montre, plus âgé d’une vingtaine d’années, rentrer dans la cour par cette même grille. Jean-Baptiste Thoret justifie ce choix d’un vide de vingt ans : ce n’est pas ce qu’a fait Dario Argento pendant tout ce temps qui l’intéresse, mais ce qu’est devenu l’homme, son regard sur les choses.

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain nous propose une analyse approfondie de l’oeuvre de Dario Argento, « un mariage entre les fumetti et Antonioni », avec un éclairage sur ses constantes, notamment sur leur structure : le personnage est témoin d’une image dont il finira par trouver le sens au terme d’une quête tout au long du film.

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain

Généralités - 4,0 / 5

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain (96 minutes) et son supplément (50 minutes) tiennent sur DVD-9 logé dans un fin digipack.

Le menu fixe et musical propose le film dans sa version originale, en italien et en français, avec sous-titres imposés, incrustés dans l’image, au format audio Dolby Digital 5.1.

À l’intérieur du digipack, un livret de 16 pages, illustrées de photos du film de 2019, dans lequel Jean-Baptiste Thoret rappelle brièvement les débuts au cinéma de Dario Argento, marqués, après une activité de critique, par sa collaboration, avec Bernardo Bertolucci, à l’écriture du scénario d’Il était une fois dans l’Ouest(C’era una volta il West, Sergio Leone, 1968), puis la réalisation de son premier film, L’Oiseau au plumage de cristal (L’Uccello dalle piume di cristallo, 1970). Suit, à travers ses films les plus connus, une analyse du cinéma de Dario Argento, une sorte de résumé, sans redites, dans le film de 2019.

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain

Bonus - 3,5 / 5

Rencontre avec Jean-Baptiste Thoret (50’, Tamasa Diffusion, 2020). Jean-Baptiste Thoret, auteur de Dario Argento, magicien de la peur (Cahiers du Cinéma, 2008), fait ici une analyse plus critique que celle de février 2000, d’un « cinéma intemporel (…), faisant abstraction du contexte social », mais avec un reflet « codé » de l’Italie de son époque, où l’on sent le poids du passé sur le présent. Il se « débarrasse de plus en plus du récit (…) de l’héritage littéraire », jusqu’à une limite atteinte par Inferno, dans une oeuvre qui pousse « à rééduquer le regard ». « Il n’est pas intéressé par la transgression, mais par l’expérimentation », par la recherche de « l’image sublime », dont un exemple est donné par Suspiria : la remarquable beauté de la séquence d’ouverture conduit, brutalement, au coup de couteau planté dans le coeur d’une danseuse, créant une opposition entre « le sophistiqué et le trivial », dans une expérimentation qui peut déraper jusqu’au mauvais goût. Inspiré par l’architecture, Argento est aussi un « cinéaste de la mémoire (…) : le personnage principal a vu quelque chose, et il va mettre tout le film à comprendre ce qu’il a vu (…) en se remémorant l’image. » Ainsi, « il n’y a plus de rapport évident entre la vision et la connaissance ». L’histoire de ses films peut se résumer à « comment passer du voir au comprendre ». Un cinéaste maniériste aussi : sa « mémoire qui pèse trop lourd » du cinéma classique l’amènera à reprendre, dans des créations originales, la manière d’un Antonioni, d’un Visconti, comme le montre surtout Les Frissons de l’angoisse (Profondo rosso).

Bande-annonce.

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain

Image - 4,5 / 5

L’image numérique (2.35:1) du film de 2019, bien résolue, à la texture délicate, propose un fin dégradé de gris avec des contrastes adoucis par la pâle lumière de l’hiver. Les couleurs délavées du film de 2000, au ratio 1.33:1, trahissent son âge et les moyens rudimentaires des prises. L’image, à défaut d’être très stable, est suffisamment propre pour assurer un bon confort de visionnage.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 5.1, en concentrant l’image sonore dans le plan frontal, est peu enveloppant. Mais il s’acquitte sans faillir de sa mission première : assurer une parfaite intelligibilité des entretiens avec Dario Argento.

Crédits images : © Droits réservés

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 15 octobre 2020
Vingt ans après un premier documentaire sur Dario Argento pour la télévision, le critique et réalisateur Jean-Baptiste Thoret entraîne à Rome l’auteur de Suspiria et de Profondo rosso sur les lieux de tournage de certains de ses films. Passionnant !

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