L'Assassin musicien (1975) : le test complet du DVD

Réalisé par Benoît Jacquot
Avec Anna Karina, Joël Bion et Philippe March

Édité par Tamasa Diffusion

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Le 02/12/2021
Critique

Première édition vidéo du premier film, très épuré, de Benoît Jacquot, inspiré par un roman inachevé de Dostoïevski.

L'Assassin musicien

Jeune violoniste dans un orchestre en province, Gilles arrive à Paris plein d’espoir en l’avenir. Il est convaincu qu’il va désormais pouvoir faire reconnaître son génie. Mais bientôt, le manque cruel d’argent et la prise de conscience de sa médiocrité font sombrer Gilles dans la délinquance et la démence…

L’Assassin musicien, sorti en 1975, est le premier long métrage de fiction de Benoît Jacquot qui avait précédemment réalisé Jacques Lacan : psychanalyse, un documentaire en deux parties diffusé par l’ORTF en 1974 dans la case Un certain regard.

Le scénario, écrit par le réalisateur, est librement inspiré du roman inachevé écrit par Fiodor Dostoïevski en 1849, Netochka Nezvanova, dont il semble que ce soit l’unique adaptation audiovisuelle, alors qu’une partie de son oeuvre a suscité pas moins de 300 films, téléfilms ou séries, principalement L’Idiot, Crime et châtiment, Les Frères Karamazov et Le Joueur.

L’Assassin musicien laisse apparaître, dès les premiers plans, le choix d’une forme épurée, jusqu’à l’austérité, avec une suite de plans fixes, des personnages qui ne se déplacent que rarement à l’intérieur du cadre et des dialogues recto tono rappelant la direction d’acteurs de Robert Bresson.

L’Assassin musicien tire un bon atout de la photographie de Brunon Nuytten, chef-opérateur déjà expérimenté, qui travailla avec Bertrand Blier pour Les Valseuses (1974), André Téchiné, notamment pour Souvenirs d’en France (1975) et Barocco (1976), Alain Resnais pour La Vie est un roman (1983), Jean-Luc Godard pour Détective (1985)… avant de se lancer dans la réalisation avec Camille Claudel (1988).

Le rôle-titre est tenu par Joël Bion, un quasi-débutant, après deux emplois dans la série-anthologie Le Tribunal de l’impossible, qu’on ne reverra plus sur les écrans. D’autres figures connues font de courtes apparitions : Howard Vernon et Frédéric Mitterrand. Anna Karina occupe la seconde place dans la distribution, sous l’ingrate blouse de Louise, la femme de chambre aux crochets de laquelle vit Gilles.

L’assassin musicienaccorde une large place à la musique sur un éventail largement ouvert allant de Bach à Schoenberg, en passant par Haydn, Mozart, Beethoven, Stravinsky… Mélomane, Benoît Jacquot réalisera plusieurs captations d’opéras : en 2001 Tosca de Puccini, en 2009 Semele de Haendel, en 2010 Werther de Massenet et en 2014 La Traviata de Verdi.

L'Assassin musicien

Généralités - 3,5 / 5

L’Assassin musicien (118 minutes) et son supplément (21 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un fin digipack.

Le menu fixe et musical propose le film au format audio Dolby Digital 2.0 mono.

À l’intérieur du digipack, un livret de 12 pages, intitulé L’Assassin musicien, l’interprète anarchiste, écrit par Pierre Eisenreich, souligne une mise en scène « a priori sans émotion, sinon une colère froide (…) une volonté d’aller à l’essentiel (…) de bousculer la cohésion sociale d’un monde en y introduisant un élément hétérogène en la présence de Gilles, de se détacher de toute influence formelle ».

Bonus - 3,0 / 5

Autour du film, un entretien avec Benoît Jacquot (21’, 2021, Les Productions du désordre). Interrogé par Pierre Eisenreich, Benoît Jacquot, sentant le moment venu de passer à la réalisation, tira l’idée d’un premier film de la lecture d’un résumé par le psychanalyste Moustapha Safouan de Netochka Nezvanova dans la Revue de psychanalyse de Jacques Lacan. Alors qu’il était l’assistant de Marguerite Duras pour La Femme du Gange et India Song, il écrivit le scénario avant d’avoir lu le roman de Dostoïevski. Inspirée par Carl Theodor Dreyer, son option de mise en scène était de « cacher les émotions », exprimées par la musique pour donner « une opacité, un mystère, une absence de profondeur » au personnage principal, auquel il accorde, dans tous ses films, une empathie certaine, à l’opposé de Robert Altman. Le film comprend, quelques « références », des plans en clairs-obscurs rouges « à la Georges de La Tour » construits avec la complicité de Bruno Nuytten.

L'Assassin musicien

Image - 4,5 / 5

L’image (1.66:1), après restauration 2K respectueuse de la texture du 35 mm, très propre, agréablement contrastée, propose des couleurs naturelles, soigneusement étalonnées.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital, après un nettoyage qui n’a épargné qu’un souffle résiduel, assez discret et régulier pour se faire oublier, donne une assez belle ampleur aux passages musicaux. Les dialogues sont occasionnellement couverts par un léger excès de réverbération qui ne nuit pas à leur intelligibilité.

Crédits images : © Sunchild Productions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 3 décembre 2021
Benoît Jacquot, pour son premier long métrage inspiré par Dostoïevski, encore inédit en vidéo, a fait le choix d’une forme épurée jusqu’à l’austérité, illuminée par la beauté de la photographie de Bruno Nuytten. À découvrir.

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