Auschwitz - L'album de la mémoire : le test complet du DVD

Réalisé par Alain Jaubert

Édité par Editions Montparnasse

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Le 26/01/2005
Critique

Il est difficile voire illusoire de poser des mots sur le film d’Alain Jaubert. Après l’avoir vu, il me traverse comme un sentiment de dégoût qu’une telle fraction de l’Humanité ait commis ces immondes atrocités. Que cette fraction se soit autoproclamée hommes, sur-hommes même et que cette fraction encore ait eu l’audace de fouler cette Terre sur laquelle nous marchons à notre tour. Puis par refus catégorique de tomber dans l’abject cynisme dont cette fraction a fait preuve, je ressens une profonde admiration, comme de l’Amour mêlé d’Espoir, pour ceux qui ont survécu et ceux qui sont tombés, assassinés par l’infamie.

L’emploi du « je » ne doit jamais être dans une critique digne de ce nom. Et pourtant, comment parler de ce film sans évoquer ses propres réactions à la vue de ces milliers de visages, hommes et femmes arrachés à leur foyer, leur pays, leur famille, souffrant le martyr pour le simple fait d’être hors-la-loi de par leurs croyances, leurs idéaux, leurs origines ou bien encore leur sexualité. Ces milliers d’hommes et de femmes devenus des millions, humiliés, dépouillés, torturés puis assassinés. Ces millions d’hommes et de femmes dont l’écrasante majorité fût déportée parce qu’être juif devenait subitement un crime.

Rien de bien poétique ni rien de romantique dans tout cela si ce n’est le courage de ces millions de victimes face à la détresse et à l’adversité. Etrange comme de l’horreur la plus effroyable peut jaillir la plus sublime des beautés. De ces camps jaillirent l’entraide. De ces camps jaillirent le rêve. De ces camps jaillirent l’espoir. Et sur ces millions de cadavres, une liberté plus forte, plus solide, plus inébranlable a jailli lors de la libération. Le Monde n’oubliera jamais ce à quoi conduit l’extrémisme, la haine et le fanatisme. De cette époque crépusculaire, les Hommes ont appris… enfin pourrait-on dire. Il a fallu que pareils crimes se produisent.

Mais le prix de la liberté est bien l’éternelle vigilance. Le Monde a besoin de documentaires, de témoignages, de commémorations afin que nul n’échappe à cet impérieux devoir de mémoire. Oui, nous le devons à ceux qui sont morts pour asseoir les fondations de notre Liberté. A ceux qui ont payé le prix de la haine et de la tyrannie. A ceux qui n’ont pas eu la chance de vivre assez longtemps pour voir le fondamentalisme et l’extrémisme partout repoussés, traqués, à leur tour exterminés. Bien sûr, le Monde n’est pas à l’abri d’immondes résurgences. C’est pour cela qu’il faut, tel un feu sacré, préserver cette mémoire et l’offrir en héritage aux générations à venir.

C’est dans cet esprit que le film d’Alain Jaubert s’inscrit. Histoire de camp, histoire de femmes, histoire d’un arbitraire que celles qui le subissent ne comprennent pas et n’accepteront jamais. De leur narration polyphonique, elles commentent ces images de la déportation, leur donnent sens au travers de leurs expériences poignantes, différentes parfois complémentaires, parfois opposées. L’une a trouvé une amie à Auschwitz à son arrivée, une autre a tout perdu par la méchanceté d’autres femmes prisonnières qui dénonçaient pour s’en sortir. Une autre a su presque immédiatement, une autre ne voulait pas y croire.

Toutes ont côtoyé la mort puisqu’on les y condamnait en les menant à Auschwitz. Toutes y ont échappé. Toutes aujourd’hui racontent avec beaucoup d’émotion ce qu’elles ont vécu dans cette usine de mort du régime nazi. Pas une pourtant qui n’ait d’insulte à proférer. Pas une qui n’invective ses bourreaux. Beaucoup d’entre elles ont cette impression diffuse d’avoir traversé des événements surnaturels et de ne s’en être sorti que par miracle. Celle qui rêvait de revoir les siens l’exprime de bien jolie façon. « Je pensais que j’allais retrouver ma famille et qu’ils allaient me gâter. Je suis d’abord passé par Auschwitz puis à force d’espérer, je suis retournée dans ma famille et ils m’ont gâté ».

Avec ces témoignages, Alain Jaubert n’a aucun besoin de multiplier les illustrations. C’est pour cela qu’il se restreint dans le visionnage du nombre de photographies issues de l’album de la mémoire. Idem en ce qui concerne le style de la réalisation ; quelques zooms pour pénétrer jusque dans le grain même de la photographie, quelques vues d’ensemble puis de très légers travellings enchaînés seront les seuls effets de ce documentaire. Nul besoin de surajouter, les photographies accompagnées des témoignages distillent assez de force et d’émotion pour tenir en haleine.

La seule et unique frustration est la durée du film-documentaire. 42 minutes. 42 petites minutes bien trop courtes face à l’immensité du sujet et à la fascination qu’opèrent ces voix sur notre conscient et notre subconscient. L’un des derniers commentaires de ce film-documentaire porte sur la rêverie. « Est-ce nous qui rêvons ces visages ou eux qui nous rêvent ? » Les deux très certainement puisque ces visages rêvaient un avenir meilleur et que nous rêvons un avenir qui n’ignore jamais notre histoire. Grâce au film d’Alain Jaubert, l’avenir rejoint l’histoire afin de nous souvenir et de ne jamais oublier… Un album de la mémoire bouleversant !

Généralités - 5,0 / 5

« Auschwitz, l’album, la mémoire » bénéficie du sérieux des Editions Montparnasse. En plus du film-documentaire d’Alain Jaubert, l’éditeur a ajouté près d’1 heure d’extraits d’images d’archives ainsi que deux entretiens : l’un sur le camp, l’autre sur le film. L’émotion est là encore très présente puisque tant les hommes que les images témoignent avec une sensibilité palpable de leur rapport face à la déportation et face à ce camp d’extermination.

Côté son et image, l’édition fait office de très bel ouvrage. Le réalisateur ayant accordé une attention toute particulière à la prise de vue et au grain de la photographie, il semblait inconcevable que l’éditeur ne fît pas de même pour la qualité de l’encodage. Encore une fois, sérieux et attention sont les maîtres mots de cette édition qui restitue parfaitement bien toute l’émotion autour du film-documentaire d’Alain Jaubert ainsi qu’autour des films d’archives tournés par les américains. Et ce avec toute la sobriété et la dignité que le sujet exige.

Bonus - 5,0 / 5

Près de 2 heures de compléments à cette évocation émouvante des déportés d’Auschwitz. Des images terribles, des voix qui supplient à ce que jamais pareille horreur ne recommence et au bout de ce parcours initiatique, l’espoir de changer les choses petit à petit dans le conscient collectif pour que chacun prenne la mesure de l’ampleur de la persécution odieusement opérée par les nazis. Dates, images d’archives et témoignages d’historiens concourent à établir toute la vérité sur les camps d’extermination, balayant ainsi à coups de faits et de documents les arguments fallacieux des thèses négationnistes.

- Les Camps de concentration : extraits d’images d’archives (56’38 – VOST)

Voici le document le plus dur mais aussi le plus nécessaire de ce DVD. Les films d’archives tournés par les américains lors de la libération des différents camps de concentration. Pour la plupart des images inédites qui sont à la limite du supportable. Tortures, charniers, blessures, expériences pseudo médicales et crémations ont ainsi très clairement montré le vrai visage du régime nazi. L’écoeurement des Alliés et l’impassibilité des prisonniers allemands devant les atrocités commises est là aussi très édifiante. Certains d’entre vous auront beaucoup de mal à regarder jusqu’au bout ce documentaire tant ce qu’on y trouve est abject mais il met un terme à tout semblant de polémique sur l’utilisation des camps et la présence de chambres à gaz. Devant de telles images, il n’y a aucun débat !

- Entretien avec Alain Jaubert par Sylvie Lindeperg (23’46)

Tout au long de cet entretien, Alain Jaubert revient sur l’idée du film et le cheminement de la production. A maintes reprises, il citera Serge Klarsfeld comme principale source d’inspiration. C’est lui qui, en France, a rappelé encore très récemment ce devoir de mémoire aux plus hautes instances de l’Etat. Lui qui a retrouvé les noms de nombreux déportés assassinés dans les camps. Lui enfin à qui l’on doit en majeure partie cet album souvenir. Album souvenir qui a fortement impressionné Alain Jaubert et lui a donné envie de raconter l’histoire de ces photographies. Historienne, Sylvie Lindeperg accompagne Alain Jaubert dans son analyse et guide de belle manière cette évocation de l’évocation. Beaucoup de simplicité et d’humanité émanent de cet entretien.

- Auschwitz, faits et chiffres par Annette Wieviorka (19’25)

Directeur de recherche au Centre de recherches politiques de la Sorbonne, Annette Wieviorka est une spécialiste reconnue de Seconde Guerre Mondiale et fait autorité sur la question du génocide et de la Shoah. Elle est également apparue dans un autre documentaire essentiel dans le combat contre le négationnisme ; « Autopsie d’un Mensonge ; le négationnisme » et s’appuie sur son immense connaissance d’Auschwitz et de la déportation pour dépeindre dans les moindres détails la genèse et l’horrible fonctionnement de ce camp d’extermination. Annette Wieviorka livre un témoignage circonstancié, éprouvant mais passionnant. Son témoignage sur un autre album de la mémoire, voilà qui donnerait un documentaire poignant.

Image - 5,0 / 5

Un soin tout particulier a été apporté à l’image. Photographies et archives âgées de plus d’un demi siècle ont été remarquablement filmées et restaurées sans pour autant perdre ni leur âme ni leur intensité. A tel point que le réalisateur n’hésite pas à s’immiscer jusque dans le grain au moyen de zooms et de très gros plans. Techniques qui eussent été impossible avec une image approximative.

A la précision des contours s’ajoute l’éclairage du noir et blanc. Un éclairage simple, quasi naturel sans aucun artifice ni effet appuyé. Sans doute par égard à la gravité du sujet. Rien ne sert d’en faire trop. Les images parlent d’elles-mêmes. La cruauté s’y lit. Le désespoir aussi. L’album photo et les films d’archives peuvent ainsi être égrené sans que les effets indésirables d’une mise en scène inopportune ou le parasitage de défauts insupportables ne viennent troubler l’évocation du souvenir.

Son - 4,0 / 5

Le son est le seul domaine à avoir été ostensiblement retravaillé. D’abord parce que les différents témoignages proviennent d’époques allant de l’après-guerre à nos jours. Il a donc fallu dater ces témoignages tout en les rendant aussi clairs que possible. Ensuite parce qu’il a fallu mettre en musique l’effeuillage de l’album photo. Enfin, parce qu’il a été indispensable de mixer les voix afin d’obtenir cette polyphonie à la fois touchante, confusante et poétique.

Le seul est unique regret est que le résultat soit du mono. Le 5.1 aurait davantage rendu hommage à ce retravail essentiel à la vision du film. Des voix venant d’un peu partout, pas forcément identifiables aurait davantage donner vie et sens à l’évocation.

L’éditeur aura cependant eu à coeur de nous offrir un mono de qualité sans aucune saturation ni aucun grésillement. Niveau encodage, c’est là encore du très beau travail qui, avec beaucoup de nuances, laisse filtrer l’intensité émotionnelle de l’évocation.


Se souvenir et ne jamais oublier…

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Rétroprojecteur Toshiba 43PH14P
  • Toshiba SD-330ES
  • Onkyo TX-DS797
  • système d'enceinte 5.1 Triangle

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