Bienvenue à Collinwood : le test complet du DVD

Welcome to Collinwood

Édition Prestige

2002. Réalisé par Anthony Russo
Avec William H. Macy, Isaiah Washington et Sam Rockwell

Édité par Metropolitan Vidéo

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Le 29/10/2003
Critique

Bienvenue à Collinwood ! A ma gauche ses bidonvilles, à ma droite ses pénitenciers et au centre ses stars du cambriolage armées d’outils défectueux, de physiques désavantageux sans parler de leur sévère malchance. Et vous croyez que ça les décourage ? Bien au contraire, ils sont de la race des besogneux, des infatigables, des résistants… bref de ceux qui ne s’arrêtent jamais et persistent malgré l’échec. Tous droits sortis d’un roman de Zola, leur pauvreté n’a d’égale que leur incapacité à mener à bien le plus petit des cambriolages. C’est par-dessus tout ce qui les rend sympathiques et formidablement attachants.

Ces citoyens de Collinwood sont de véritables rescapés du rêve américain. Ils ont eu tout le loisir de voir les autres en profiter et l’amertume de n’en savourer que les miettes. Pourtant, ils y croyaient dur comme fer (témoin cette pancarte des années 60 qui annonce lotissements modernes et industries de pointe). Oui mais voilà ! Cleveland a payé, plus que tout autres villes, la facture de la désindustrialisation et présenté la note à ses habitants. Des quartiers comme Collinwood, il y en a des dizaines aujourd’hui mais aucun ne regorgent d’autant de personnages aussi improbables et truculents… de magouilleurs prêts à tout pour réussir leur « Bellini »(comprendre le gros coup facile et rentable qui leur assurera une place au soleil). Motivation première : s’en sortir coûte que coûte !!!

A la manière des ferrailleurs de The Full Monty, leur détermination est une conséquence de leur pauvreté et de leur statut d’éternels « losers ». Ils n’ont plus grand-chose à perdre dans l’existence mais poursuivent le rêve, invraisemblable et fou, de s’en sortir… sortir de Collinwood quitte à mettre en jeu leur vie, leur liberté, leur couple ou leurs dernières économies. De leur détresse la plus profonde (un homme seul et son bébé, un vieillard dans la précarité, un boxeur raté…) émane un comique burlesque et poétique. Leur drame engendre la farce et leurs mésaventures le vaudeville. Ils sont le gaffeur, le maladroit, le clown qui sommeille en nous et bien plus encore… ils sont ce qu’on rêve parfois d’être : de  » gentils vauriens ».

C’est pour cela qu’on s’y attache ! Sans aller jusqu’à espérer leur succès (sinon plus de gags), on espère même qu’ils vont s’en sortir… pas de Collinwood mais du pétrin dans lequel leur imagination fertile les a embarqués. Remarquablement ciselé et parfaitement mis en scène, chacun des rebondissements de l’histoire assure le divertissement et le scénario (astucieusement construit sur le mode de l’arnaqueur arnaqué) en regorge. Il faut les voir ces braqueurs du dimanche échafauder des plans dignes d’un James Bond et les exécuter en slip. Du grand Art qui a réclamé de grands artistes !!!

Doté d’un casting éblouissant (Sam Rockwell, Michael Jeter, Luis Guzman, William H. Macy…) qui se résume à »pas de stars, que du talent », le film bénéficie d’une réalisation ingénieuse soutenue par une mise en scène vigilantes. Aux commandes, deux frères qui n’ont pas fini de faire parler d’eux et dont la vision oscille entre Chaplin, Keaton (génies du muet) et les Coen (autres frangins inspirés). Leur trouvaille : remanier une comédie européenne poussiéreuse des années 50, intitulée Le Pigeon réalisée par le grand Mario Monicelli, et dont le succès monumental de l’époque avait su déjà en son temps renouveler le genre. Pour les aider dans cette tâche, Steven Soderbergh et George Clooney endossent le rôle de producteurs.

Ca tombe plutôt bien ! Ils avaient envie de produire… mais pas n’importe quoi. Hors de question de faire un film « de studio » avec stars et grosses ficelles. Non ! Ils en ont eu tous deux leur dose. Ils veulent produire autre chose… du cinéma indépendant… décalé… déjanté avec des sujets qui les emmènent à la découverte d’autres territoires.  » Bienvenue à Collinwood » est synonyme de mission accomplie et annonce un autre ovni tout aussi enthousiasmant, Confessions d’un Homme dangereux. Comédies ultra réalistes, intemporelles, incomparables et inclassables, elles sonnent le renouveau du comique américain.

Par son extraordinaire virtuosité, sa subtile légèreté, sa verve malicieuse, « Bienvenue à Collinwood » a ouvert la voie. Comme nombre d’œuvres géniales, beaucoup (dont je fais parti) sont passés à côté lors de sa sortie en salles. Ne passez pas à côté lors de sa sortie DVD… ce serait pêché !!!

Généralités - 3,0 / 5

Considérant le soin tout particulier apporté à la présentation et l’excellence de l’image, je serai assez grand seigneur pour accorder une note de 3. Vous auriez mis moins ? Bande de sans-coeur !!! Il est vrai que la pochette jaune et blanche (nous rappelons qu’il s’agit là d’une édition prestige) aura du mal à permettre au DVD de trôner fièrement parmi les autres titres de votre dévédéthèque. Il est aussi vrai que le nombre et le caractère des bonus (nous rappelons de nouveau que nous avons entre les mains une édition prestige) amène à penser que l’éditeur a le prestige modeste. Pour terminer, le système de sélection des pistes-sons (oui c’est bien d’une édition prestige dont on parle) doté d’un choix bourru entre VF ou VOST n’a pas non plus l’ergonomie prestigieuse.

Mais alors, pourquoi cette note de 3 ??? Principalement pour deux raisons. Primo, le film au transfert vidéo admirable suffit à transformer cette édition DVD en édition de prestige. C’est assez rare pour être souligné et trop insolite pour n’être pas encouragé. « Bienvenue à Collinwood  » est un échec cinglant (il a dû sortir dans une trentaine de salles). Combien d’éditeurs auraient jeté l’éponge et sorti ce titre sans respecter ni sa valeur, ni les choix artistiques originaux. Combien auraient eu l’incorrection de le distribuer sous un format recadré avec une piste-son 2.0 (quand ça n’est pas un calamiteux mono) et un master fourmillant de bruits et de tâches de toutes sortes. Ca ne veut pas dire que l’éditeur n’aurait pas pu faire mieux (c’est une note de 3, pas de 5) mais il a accompli au-delà de ce qu’on aurait pu espérer après le peu de crédit accordé au film lors de sa sortie en salles.

Secondo, « Bienvenue à Collinwood » est un ovni, une oeuvre  » perchée » dont on se demande comment elle a bien pu voir le jour. Pour approcher un vague début d’explication, il aurait fallu les 12 heures de bonus du Seigneur des Anneaux version longue. Vous imaginez ??? Les influences du film sont légions et on assiste avec « Bienvenue à Collinwood » à la collision des cinémas italiens, américains, français, anglais… c’est d’une telle complexité que lorsqu’on interroge les réalisateurs, ils restent eux-mêmes sans voix et bredouillent d’affligeantes banalités.

Peut-être parce qu’ils ne savent pas par où commencer (tant le film est dense et difficile à résumer), sans doute parce que cette alchimie parfaitement retranscrite à l’écran tient d’une inexplicable magie qui dépasse largement ses créateurs.

Bonus - 3,0 / 5

Le parti prix d’inclure des bonus qui n’ont rien avoir avec la choucroute n’est pas une mauvaise idée. Bien au contraire, c’est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur ce si bizarre et intéressant casting. Avec beaucoup d’humour et de modestie, ces suppléments (regroupés sous l’appellation de  » butin ») donnent tour à tour la parole aux acteurs, réalisateurs, producteurs et parvient on ne sait trop comment (ça doit venir de la magie du film) à nous donner une indication sur l’esprit qui a régné lors du tournage. Sinon le prestige, c’est en tout cas un exploit que de nous faire toucher à la folie géniale des artisans de cette drôle de comédie. Etes-vous prêts pour cette séquence de presti(ge)digitation ?

Collinwood non censuré (12’39 - VOST)
Au lieu d’un making of (coulisses du tournage), c’est à un véritable making off (coulisses habituellement cachées) auquel vous allez assister ! Les règles sont simples : il n’y en a aucune et les acteurs, souvent encadrés par la production, se lâchent ici littéralement. 12 minutes d’improvisations avec au programme reportages et interviews bidons, blagues en dessous de la ceinture, chansons explicites au titres évocateurs et partie de basketball entrecoupée d’une séance d’autographe. Bref, les turpitudes quotidiennes du pénible travail d’acteur. Il y a bien quelques extraits qui émaillent par ci par là cette franche partie de rigolade mais c’est tellement anecdotique qu’on évitera de s’y attarder. Niveau montage, c’est n’importe quoi, l’image est imprécise, le son c’est pas vraiment ça mais on s’en fout royalement car à première vue, on n’est vraiment pas là pour ça. L’objectif de cette pièce de résistance est de faire toucher du doigt l’ambiance folklorique d’un tournage. Tous les artistes sont là ! Ils attendent, apprennent à se connaître, entrent dans leur rôle sans avoir peur ni du ridicule ni du grotesque. Le tournage d’une comédie, c’est avant tout laisser son sérieux au placard pour endosser le rôle de clown. Mais quelques images valent mieux que de longs discours. Regardez et juger… c’est en direct, non censuré et stupéfiant de sincérité ! A découvrir !!!

Autour du film (7’06 - VOST)
Le premier (supplément) qui devient sérieux a perdu et en l’occurrence, « autour du film » se classe largement en tête des bonus les moins intéressants de cette édition. On a d’ailleurs beaucoup de mal à comprendre ce besoin sordide qu’ont les équipes de films de s’adonner à cet improbable racolage, pour ne pas dire cette affligeante prostitution.  » Ces réalisateurs ont énormément de talent », « ils savent précisément ce qu’ils veulent » , »ils ont le film dans la tête », « ils sont comme un cerveau à 4 pattes », « je ne me souviens pas leur avoir parlé séparément, ensemble ils donnent une cohésion au film », voici quelques extraits tirés de cette interminable série d’entretiens navrants censés nous éclairer sur la fabrication du film. Quant aux réalisateurs, les entendre parler de « Bienvenue à Collinwood » vous fait vous demander si ils l’ont bien réalisé. Seul Soderbergh s’en tire avec les honneurs. Posément, il décrit de manière très détaillée le ton du film, l’ambiance souhaitée, le choix du lieu et s’attarde même sur la direction d’acteurs. La précision dont il fait preuve et l’intelligence avec laquelle il développe son point de vue sort très nettement du lot et montre l’influence décisive que son expérience et la radicalité de ses choix a pu avoir sur le film. Et si Soderbergh ne s’était pas contenté de produire ?

Du Pigeon à Collinwood (5’16 - VOST)
Séquence nostalgie ! Et pour être tout à fait nostalgique, l’éditeur s’est contenté de faire défiler un texte narrant l’histoire des illustres prédécesseurs de « Bienvenue à Collinwood ». Bien que peu élaborée, cette partie demeure néanmoins fort instructive et vous en apprend davantage, à travers le visionnage de la bande-annonce, sur l’influence exercée par l’oeuvre originale (Le Pigeon tournée en 1958). La comparaison en termes de rythme et de gags s’imposera immédiatement. Une question… je peux ? Pourquoi cette bande-annonce n’est-elle pas présentée en VOST ? compte tenu d’un doublage VF aussi désastreux !

Petit Lexique
L’idée est excellente et ce lexique est une mine d’or ! Bien sûr, il n’y a que 5 expressions mais elles sont toutes accompagnées de leur histoire et de leur extrait dans lequel vous pourrez retrouver (en VF, non mais c’est une manie !) leur utilisation. Si vous ne parlez pas couramment le Collinwoodien, ce lexique vous aidera à éclairer certains passages (notamment celui du Kapuchnik) et à mieux apprécier le film. Très utile !

Matériel promotionnel
Cette section vous dévoilera :


  • une galerie de photos : 10 en tout et pour tout comprenant les affiches et projets d’affiches ainsi que quelques photos de production… et pas de storyboards… snif !

  • les filmographies : vous aurez accès à 11 filmographies sous forme de fiches

  • la bande-annonce : en VF ou VOST et dolby surround. Leur qualité plus que douteuse et le souffle qui accompagne la lecture les rendent très difficilement regardables. Dommage ! C’est appréciable de revoir de belles bandes-annonces (prestigieusement remasterisées) !!!

  • Le Teaser : même punition avec cette même qualité déplorable et ce même souffle mais on a quelque peu progressé. Cette fois-ci, on a le droit à de la VOST. Ben faudra s’en contenter !!!



Les bandes-annonces
Du film ??? Non mais vous n’avez rien suivi, on vous a dit que celles qui appartenaient au film se trouvent dans le matériel promotionnel. Mais alors qu’ont-elles avoir avec le film ? Ben justement… rien ! Ce sont 3 bandes-annonces sélectionnées un peu au hasard du calendrier de sorties et qui annoncent 3 films Metropolitan TF1 vidéo à venir. Parmi eux L’Expérience, True Romance et Intacto. Tiens, elles ont même eu droit à une qualité d’image bien supérieure à celles des bandes-annonces de »Bienvenue à Collinwood », et ce sur son propre DVD. Ne soyons pas trop méchants, 2 des 3 films sont d’ores et déjà cultes et certains éditeurs vous les auraient imposés avant d’accéder au menu. Là vous avez le choix ou non de les consulter !

Image - 5,0 / 5

Piqué exceptionnel, contrastes éblouissants, l’éditeur a fait fort… très fort pour offrir au dévédénaute une image sublime qui vous fera regretter de ne pas avoir investi dans un vidéoprojecteur. Absolument reversante tant par sa précision et sa netteté que par l’absence d’une quelconque trace de compression, elle respecte parfaitement les teintes et focales utilisées. Et ça n’était pas évident car l’une des particularités du film et de changer constamment de ton, de couleurs, de lumière afin qu’on ne puisse identifier l’époque à laquelle se situe l’action du film.

Les personnage s’habillent façon seventies et habitent un hangar post-industriel qui rappelle les années 80. Au beau milieu de cet univers, un marché des années 60 avec un personnage type »Peter Lorre »comme vendeur. Notre joyeuse équipe de combinards utilise des objets qui ont traversé le temps (perce-murs années 60, caméra années 70, gants de boxe années 80…) et ont pour objectif de cambrioler un appartement style années 50. Ce sont essentiellement les passages dans cet appartement qui retiendront votre attention tant ils vous sembleront tout droit sortis d’un autre âge (comme si l’on avait peint un décor utilisé pour les films muets).

Le DVD réagit à chacune des époques dépeintes avec la même nuance et la même tonicité pour retranscrire somptueusement l’identité ou plutôt les identités visuelles de « Bienvenue à Collinwood ». Mille bravo à l’éditeur pour cette image de très grande qualité. A vous d’apprécier…

Son - 4,0 / 5

Attention ! A peine arrivés dans le menu qui vous laisse le choix entre les différentes pistes sonores, vous aurez un choc. L’alternative est simple (pour ne pas dire simpliste) ; c’est soit de la VF, soit de la VOST. Ceci laisse à supposer deux choses. La première est que vous serez dans l’impossibilité de goûter le film en VO sans sous-titres (d’accord ça n’est pas essentiel mais bon… ça manque). La deuxième, bien plus grave, est que vous n’aurez le loisir de savourer le film ni en VF sous-titrée anglais, ni en VO sous-titrée anglais. Certes, vous n’êtes sûrement pas légion dans ce cas-là mais pour les rares qui auraient souhaité le faire, c’est quand même pas de chance.

Ceci étant dit, la qualité de ce qui sortira de vos enceintes rattrappe assez vite ce malencontreux parti pris. Toutefois, ne vous attendez à aucun miracle. « Bienvenue à Collinwood » n’est pas le film qui vous permettra de pleinement tester votre installation 5.1. Les effets, présents mais nuancés, soulignent principalement l’ambiance feutrée et la partition musicale. C’est jovial et enlevé et demeure et vous permettra de rester en bons termes avec vos voisins.

Le seul et unique passage qui apporte un peu de dynamique à l’ensemble est le combat de boxe où la foule des parieurs et des spectateurs vous entoure de leurs cris et de leurs applaudissements. Amateurs d’effets surround, savourez-le, ce sera bien le seul. C’est clair… bien équilibré et aérien preuve que l’éditeur a su là encore coller à l’ambiance de chacun des moments. Quant au choix VF / VO, la question ne se pose pas puisque la VF bien trop portée vers l’avant vous gâchera tout bonnement le spectacle. Préférez-lui les accents et les intonations de la VO(ST)… vous verrez alors ce que vous entendrez !

Collinwood vous attend… bon DVD !

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Rétroprojecteur Toshiba 43PH14P
  • Toshiba SD-330ES
  • Onkyo TX-DS797
  • système d'enceinte 5.1 Triangle
Note du disque
Avis
Multimédia
Bienvenue à Collinwood
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