Street Trash (1987) : le test complet du Blu-ray

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par James M. Muro
Avec Mike Lackey, Bill Chepil et Vic Noto

Édité par ESC Editions

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Le 25/04/2018
Critique

Street Trash

Dans les tréfonds de sa réserve, Ed, le propriétaire d’une petite boutique de spiritueux découvre une caisse d’un alcool étiqueté Viper, mis en bouteille soixante ans plus tôt. Les flacons sont achetés pour un dollar par les marginaux et clochards peuplant une casse automobile de Brooklyn qui découvrent vite les effets désastreux du mystérieux breuvage…

Street Trash, sorti en 1987, est un film unique à plus d’un titre. C’est le seul long métrage réalisé par le chef opérateur James M. Muro qui allait devenir, notamment par l’expérience acquise pendant le tournage des films de James Cameron, un as de la steadicam, un système, inventé en 1972 par Garrett Brown, permettant de stabiliser la caméra portée pour des travellings fluides et dont l’intérêt fut largement démontré en 1976 par un premier plan-séquence d’anthologie dans En route pour la gloire (Bound for Glory, Hal Ashby), puis par l’utilisation quasi-systématiquement qu’en fit Stanley Kubrick pour Shining, en 1980.

Street Trash

Cinquante nuances de… couleurs éclatantes !

Unique aussi, parce que les spectaculaires maquillages et effets visuels furent (avec I Was a Teenage Zombie la même année) la seule tentative de Mike Lackey dans cette spécialité. Unique, enfin, par sa distribution : la plupart des acteurs, encouragés à improviser, apparaissent ici pour la première et la dernière fois sur un écran, le film ayant toutefois lancé la carrière de quelques autres.

Street Trash compense la minceur de son scénario par la place généreuse qu’il accorde aux dégoulinements, suintements, liquéfactions, geysers et autres explosions multicolores de matière organique qui éclaboussent l’écran lors de la décomposition des corps de ceux qui ingurgitent le redoutable tord-boyaux vendu par Ed. Un catalogue d’effets visuels inventifs. Je ne serais cependant pas surpris que l’explosion d’un obèse ait été inspirée de celle de Mr Creosote dans Monty Python, le sens de la vie (The Meaning of Life) de Terry Jones et Terry Gilliam, sorti quatre ans plus tôt.

Street Trash

Affreux, sales et méchants…

Les personnages, plus méchants les uns que les autres, forment un échantillon de la société américaine, un flic, un vétéran du Vietnam, une prostituée, un junkie, un mafioso, un patron, celui de la casse de voiture, etc., autour de laquelle tous gravitent, chacun chassant l’autre, toujours avec l’intention de lui chiper ce qu’il pourra, notamment sa bouteille de Viper. Un des plus dérangés des protagonistes est Bronson, l’ancien du Vietnam qui aiguise consciencieusement son arme favorite, le tibia d’un compagnon d’arme décédé !

Politiquement incorrect, Street Trash, une farce de potache, un peu crue, d’un assez mauvais goût bien assumé, a été réalisé avec un soin qui dépasse largement celui généralement dédié aux films de série B. Une comédie horrifique, plus qu’un film d’horreur : les fluides corporels ont toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, jamais celle du sang. Salué par un Corbeau d’argent au Brussels International Festival of Fantasy Film (BIFFF), il fut marqué d’une interdiction aux moins de 12 ans en France. Autres cieux, autres mœurs, il allongea la liste des films bannis à Singapour et, plus curieusement, fut interdit en Australie, dans l’État du Queensland.

Street Trash

Généralités - 4,0 / 5

Street Trash (101 minutes) et ses suppléments (167 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 un DVD-9, logés dans un Mediabook qui ne nous a pas été fourni pour le test.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale au format DTS-HD Master Audio 5.1, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, au format DTS-HD MA 2.0.

À l’intérieur de l’étui, un livret de 24 pages contenant des photos du film, des photos de plateau et des photos d’exploitation, celles affichées à l’entrée des cinémas pour appâter le chaland.

Bonus - 4,0 / 5

Sur le Blu-ray :

Le court métrage à l’origine du film (1.33:1, couleur, DTS-HD Master Audio 1.0, 15’). Film de fin d’études de James M. Muro, il tient le rôle d’esquisse pour la réalisation du long métrage.

Entretien avec Nicolas Stanzick (Cahiers du Cinéma) et Fausto Fasulo (Mad Movies) (33’). Street Trash est un film « odorant et explosif », l’unique long métrage de Jim Muro, alors âgé de 21 ans, tourné avec un budget de 500 000 dollars, relativement confortable pour une série B, mais mieux réalisé que ce type de production avec des mouvements de caméra virtuoses facilités par le steadicam. Il dévoile l’envers de la société reaganienne, comme L’Impasse aux violences (The Flesh and the Fiends, John Gilling, 1960) montrait l’envers de la société victorienne. Un film à part, burlesque, irrespectueux, avec des réminiscences du slapstick de Mack Sennett et des relents de la guerre du Vietnam.

Sur le DVD, un documentaire sur la genèse de Street Trash (2006, 119’), intitulé The Meltdown Memoirs, s’ouvre sur un gamin de deux ou trois ans qui s’esclaffe devant des scènes du film, que la télécommande avec laquelle il joue fait apparaître sur l’écran d’une télévision, avant d’éclater en sanglots à la vue du pénis coupé, lancé de main en main. 21 ans après le tournage, les souvenirs reviennent à Roy Frumkes, le scénariste, Mike Lackey, auteur des effets visuels (qui remplaça au pied levé l’acteur principal, un junkie qui n’avait pas répondu à la convocation), Jim Muro, réalisateur et steadicamer, Denise Labelle, directrice artistique… Il a fallu un an pour réunir 500 000 dollars auprès de 300 investisseurs, six mois pour dessiner le storyboard, construire les décors et mettre au point les effets spéciaux, sélectionner les acteurs, leur faire passer des bouts d’essai. Les acteurs ne sont pas avares d’anecdotes, comme cette actrice qui portait encore, après plus de trois mois, les traces visibles d’un maquillage censé s’effacer sous la douche. Le tournage s’est étalé sur treize semaines, dans la bonne humeur malgré l’absence de cachet pour beaucoup d’acteurs. Un premier montage de 2h40 a dû être réduit à 1h40 pour l’exploitation en salles lancée par la première au Lincoln Theater, le 14 septembre 1987. Après quelques bonnes critiques, notamment celle du New York Times, c’est le bouche à oreille qui assura la réputation du film qui tint une place honorable dans le classement des locations de cassettes VHS.

Street Trash

Image - 5,0 / 5

L’image (1080p, AVC), légèrement recadrée de 1.85:1 à 1.78:1 (à la demande du producteur et avec l’accord du réalisateur nous dit un avertissement), a bénéficié d’une restauration soignée qui a éliminé toutes les taches, réduit le bruit à l’extrême, sans toutefois dénaturer la texture originelle et ravivé les couleurs.

Son - 4,0 / 5

Le son, lui aussi, très propre, avec une bonne dynamique, a été soumis à un remixage au format DTS-HD Master Audio 5.1 qui aère l’accompagnement musical. Les dialogues sont, cependant, occasionnellement étouffés. Le doublage en français (DTS-HD MA 2.0) s’en tire moins bien, non seulement en raison de son manque de naturel, mais aussi d’une tendance à la saturation.

Street Trash

Crédits images : © ESC Editions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

3,7
5
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4
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3
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1
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Philippe Gautreau
Le 26 avril 2018
Street Trash, une farce de potache, politiquement incorrecte, d’un mauvais goût bien assumé, a été réalisé avec un soin qui dépasse largement celui généralement dédié aux films de série B. Une comédie horrifique unique, le seul film réalisé par le chef opérateur James M. Muro, un as de la steadicam, proposée dans une version parfaitement restaurée avec tout un disque de bonus.
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Josquin
Le 12 mai 2006
Street Trash, par le biais du gore, est une anti-thèse du rêve américain. Des clodos meurent chacun leur tour après ingestion d'un curieux breuvage, liquéfiés, leur chair ratatinée. Certains habitent dans une casse où un vétéran du Vietnam, fou dangereux, règne en maître.
Le ton est résolument à la Bad Taste, avec des mouvements de caméra inspirés de différentes oeuvres dont Evil Dead. On ne peut pas dire que l'histoire soit foncièrement sanglante, car il y a dans tout ça les résonances des comédies américaines 60's et 70's. La photographie, étudiée, donne son aspect unique au film, créant à elle seule une entité bizarre, intriguante, bien évidemment exquise de désinvolture.
Un bijou de drôlerie macabre éjaculant son besoin de singularité dans une jungle urbaine qui serait l'enfant bâtard des récits de Mark Twain. En clair, un machin irrévérencieux au possible réveillant le sale gosse qui dort en nous.
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Fabien
Le 27 avril 2004
Pas de commentaire.

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