Jeanne d'Arc (1935) : le test complet du Blu-ray

Das Mädchen Johanna

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre

Réalisé par Gustav Ucicky
Avec Angela Salloker, Gustaf Gründgens et Heinrich George

Édité par Artus Films

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Le 26/02/2021
Critique

L’épopée de Jeanne d’Arc, mise en scène en Allemagne pendant le troisième Reich, d’une beauté indéniable. Un film inédit, à découvrir.

Jeanne d'Arc

À la fin de la Guerre de Cent ans, la France va de défaites en défaites face aux Anglais. Seule la ville d’Orléans résiste, défendue par La Trémoille, Dunois, et d’Alençon. À Domrémy, en Lorraine, une jeune fille de 17 ans, Jeanne, entend la voix de l’archange Michel. Il lui dit d’aller retrouver le dauphin Charles pour le faire couronner à Reims. Après le sacre, lui seul pourra bouter les Anglais hors de France.

Jeanne d’Arc (Das Mädchen Johanna), de Gustav Ucicky, né à Vienne en 1898 et mort à Hambourg en 1962, est le seul de la cinquantaine des films qu’il a réalisés, de 1927 à 1961, à être aujourd’hui disponible dans le catalogue vidéo français, alors qu’une dizaine a été éditée au Royaume Uni.

La raison de cette absence tient certainement au fait qu’il se soit compromis avec quelques films de propagande nazie, notamment Heimkehr, en 1941, une tentative de justification de l’invasion de la Pologne où les Allemands étaient prétendument victimes de discrimination.

Le scénario, parfois en délicatesse avec la réalité historique, fut écrit par Gerhard Menzel, scénariste de quinze autres films de Gustav Ucicky… et de La Habanera (disponible dans l’édition Douglas Sirk - Coffret - Les mélodrames allemands), un des derniers films que Douglas Sirk réalisa en Allemagne, qu’il allait devoir quitter en 1937 pour se réfugier aux USA.

Jeanne d’Arc, sorti rn 1935, donc avec l’aval du régime hitlérien, ne révèle pourtant aucune marque évidente de soutien du nazisme bien qu’il ne donne, pas plus qu’aucune des autres adaptations cinématographiques de la vie de Jeanne d’Arc d’ailleurs, une image flatteuse des Anglais et qu’il exalte le nationalisme.

Jeanne d'Arc

Jeanne la Pucelle a inspiré plusieurs films à grand spectacle dans lesquels elle fut incarnée par des stars planétaires, par Ingrid Bergman dans Jeanne d’Arc (Joan of Arc, 1948), le dernier film de Victor Fleming, puis par Jean Seberg, à 18 ans, pour sa première apparition sur les écrans, dans Sainte Jeanne (Saint Joan, Otto Preminger, 1957).

Parmi une vingtaine de films, on retiendra surtout deux adaptations épurées, deux chefs-d’oeuvre du cinéma universel tournés en France, La Passion de Jeanne d’Arc (Carl Theodor Dreyer, 1928), avec Maria Falconetti, et Le Procès de Jeanne d’Arc (Robert Bresson, 1962).

Jeanne d’Arc, une surprenante découverte, frappe par la beauté de ses cadrages, de ses éclairages, de ses décors et costumes et par son montage, rythmé dans une succession de plans souvent très courts.

Jeanne d’Arc, un bon témoignage du talent de Gustav Ucicky, donne envie de découvrir quelques autres de ses films, certains antérieurs à 1933, et d’autres aussi, tel Le Maître de poste (Der Postmeister, 1940), l’adaptation d’une nouvelle de Pouchkine dans laquelle on retrouve le truculent acteur Heinrich George, le duc de Bourgogne dans le film qui nous intéresse aujourd’hui.

Jeanne d’Arc est le troisième volume d’une collection Histoires et Légendes d’Europe, lancée par Artus Films en 2019, avec Guillaume Tell (Wilhelm Tell, Michel Dickoff, Karl Hartl, 1960) et La Vengeance de Siegfried (Die Nibelungen: Siegfried, Harald Reinl, 1966), et dans laquelle aurait pu figurer Les Vieilles légendes tchèques (Staré povesti ceské, Jiří Trnka, 1953), une magnifique édition sortie au printemps 2019.

Jeanne d'Arc

Généralités - 4,5 / 5

Jeanne d’Arc (85 minutes) et son supplément (8 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 et sur un DVD-9 logés dans les couvertures d’un Digibook.

Le menu fixe et musical propose le film dans sa version originale, en allemand, avec sous-titres optionnels, au format audio LINEAR PCM 2.0 mono.

Un livret de 80 pages, rédigé par David Didelot, critique et auteur de Bruno Mattei, itinéraire bis, s’ouvre sur la réalité de Jeanne d’Arc « aux vingt mille statues », « grand personnage de l’histoire de France », sur son empreinte populaire, dans la littérature, la bande dessinée, la pop music et le cinéma. Elle inspira de nombreux réalisateurs (David Didelot cite une vingtaine de films), de Georges Méliès, en 1900, à Bruno Dumont, en 2017 et 2019. « Un personnage (…) propulsé au rang d’emblème et de bannière (…) politique, religieuse et culturelle », une de ces « femmes guerrières » de notre histoire avec Jeanne de Montfort et Jeanne Hachette, « cuisinée à toutes les sauces ». Le chapitre Des pâturages de Domrémy au bûcher de Rouen résume la courte vie de Jeanne, vue par certains comme la « sauveuse du royaume » dont la venue aurait été annoncée par une prophétie, une icône que des mouvements de tous bords chercheront à récupérer, y compris le national-socialisme, avec la sortie des studios UFA du film de Gustav Ucicky en 1935, l’année où Joseph Goebbels déchut Bertolt Brecht de la nationalité allemande. Peut-être parce qu’elle exemplifiait « la morale du Blut und Boden (du sang et de la terre) », un « nationalisme agressif ». Das Mädchen Johanna, un échec commercial en Allemagne, interdit en France, fut distribué en Italie, en Espagne, au Royaume Uni et aux USA. David Didelot passe ensuite en revue l’oeuvre de Gustav Ucicky, fils naturel du peintre Gustav Klimt, et de son « scénariste attitré (…) Gerhard Menzel, écrivain convaincu par l’idéologie nazie », puis les principaux acteurs du film.

Jeanne d'Arc

Bonus - 1,5 / 5

Le bonus vidéo se limite à la reproduction de cinq affiches et d’une galerie de photos du film, environ 70 (8’).

Image - 3,5 / 5

L’image (1.20:1, 1080p, AVC), issue, nous dit-on, d’une copie de troisième génération, manque de piqué. Mais elle a bénéficié d’une soigneuse restauration opérée par Artus Films à partir d’une numérisation faite en 2019 par la fondation Friedrich Wilhelm Murnau Stiftung. Elle a été stabilisée, agréablement contrastée, et débarrassée des marques de détérioration de la pellicule, avec un contrôle du grain sans excès de lissage. Un passage manquant, récupéré sur un positif conservé au Royaume Uni, laisse apparaître des sous-titres anglais incrustés dans l’image, de 41’15” à 41’30”.

Son - 3,0 / 5

Le son LINEAR PCM 2.0 mono est, lui aussi assez propre, les bruits parasites entrainés par la détérioration de la piste optique ont été effacés, sauf au milieu de certains dialogues ou passages musicaux, affectés par des saturations dans les passages forte.

Difficile, très probablement, de faire mieux, pour l’image et pour le son, à partir des sources disponibles.

Crédits images : © UFA

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 27 février 2021
Une curiosité, encore inédit en vidéo : l’histoire de Jeanne d’Arc racontée par un scénariste et un réalisateur allemands pendant le troisième Reich ! Une découverte surprenante, pour la beauté des cadrages, des éclairages, des décors et costumes.

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