Mon idole (2002) : le test complet du DVD

Édition Collector

Réalisé par Guillaume Canet
Avec François Berléand, Guillaume Canet et Diane Kruger

Édité par M6 Vidéo

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Le 27/10/2003
Critique

Bastien est chauffeur de salle pour une émission TV douteuse et accepte de se faire humilier par l’animateur-vedette pour pouvoir cotoyer son idole, Jean-Louis Broustal, producteur de génie. Mais il ne tarde pas à découvrir la face cachée de ce manipulateur cynique…

« Du Fun, du fun, du fun, si tu m’emmerdes… tu dégages ». Si vous n’aviez pas compris qu’il s’agissait d’un gimmick extrait du film, la pochette cartonnée du DVD est là pour vous le rappeler. Et c’est tant mieux ! Aucune ambiguïté, le propos est clair, net et précis. « Mon Idole » ne traite pas, comme on aurait pu le croire, de l’ascension d’un jeune et fringuant chauffeur de salles dans les hautes sphères du télé-business mais bel et bien de la dégringolade d’un magnat de la télé, odieux et omnipotent, qui s’acharne à retrouver les fulgurances de sa jeunesse. L’homme se décrit lui-même comme un « cynique performant » (et c’est peu dire) sans aucune compassion pour le genre humain.

Son hobby, c’est de se foutre des gens, de les utiliser, de les narguer, de ridiculiser leurs rêves pour ensuite sommairement les jeter. Attendez ! Ca me rappelle quelque chose… ne serait-ce pas le fond de commerce de la télé- réalité ? Bien sûr que oui ! C’est ce qui est précisément et ouvertement visé par « Mon Idole ». La trash-TV (télé-poubelle comme on l’appelait encore il y a quelques années) venue d’outre-Atlantique et chargée d’offrir des sensations fortes en direct extraites du quotidien de candidats sensés représenter Monsieur et Madame Tout-le-Monde. L’extraordinaire scène du dîner où Bastien s’oppose à Letzger, le tout sous la caméra complice et perverse de Broustal, est une révélation puisqu’il explique les règles !

Le jeu, puisque « Mon Idole » en est un, est de prendre un jeune employé naïf et de lui faire faire et avaler n’importe quoi afin qu’il puisse divertir une bande de vautours cyniques sans le moindre scrupule. A partir de là, tous les coups sont permis… et « Mon Idole » fait dans la surenchère ; l’émission de télé « envoyez les mouchoirs », le largage téléphonique de la petite amie, le cross dans les champs, la sauterie costumée… le film ne se contente pas d’effleurer, il stigmatise, épingle et dénonce, pointant à chaque plan le spectre de cet oeil malsain braqué sur le sordide du quotidien (cf la caméra plantée sur le pommeau de la douche lorsque Bastien se lave). Du lieu (une somptueuse villa dans laquelle se retrouvent les personnages et où l’un d’entre eux devra être éliminé) jusqu’aux noms des candidats (le challenger est Bastien dont on ne connaîtra jamais le nom de famille à l’instar des participants du Loft ou de Star Academy), le film est entièrement construit sur le modèle d’une émission de télé-réalité.

La question est de savoir qui regarde qui ? Evidemment, l’oeil concupiscent et corrupteur des Broustal ne laisse pas le moindre doute sur leurs intentions. Comme on a pu déjà le souligner, ce spectacle s’adresse à eux pour les distraire et satisfaire leurs appétits libidineux. A force de cynisme et de perversion, ils sont devenus des spectateurs comme les autres, prisonniers d’un concept qu’ils ont aidé à fabriquer (divertir à tout prix en offrant à des spectateurs secs d’imagination le pauvre spectacle de malheureux pantins). Ils vont pouvoir rire de Bastien, s’en lasser puis sans l’ombre d’un état d’âme le jeter à son tour. Les jeux du cirque version cathodique.

Néanmoins, les Broustal ne sont pas les seuls à se délecter du spectacle. Vous et moi en jouissons tout autant. Mais alors sommes-nous si différents de cette sombre crapule de Broustal ? Oui !!! Parce que nous espérons la chute de ces ordures impénitentes. Mais en attendant, c’est quand même le pied de voir ce couple de tordus manoeuvrer avec autant d’aisance et de machiavélisme le pauvre Bastien. Reconnaissons-le ! Il y a quelque chose de fascinant à observer les manigances, fussent-elles ignominieuses, d’hommes de pouvoir ? Que ne donnerait-on pas pour avoir ce même pouvoir entre nos mains ? L’intelligence (rare) du film est alors d’éviter tout voyeurisme, laissant ainsi à l’imagination le soin de faire le reste. Contrairement à la platitude récurrente des émissions de TV-réalité qui jouent à fond la carte du voyeurisme, l’impact des événements dans « Mon Idole » est plus fort et la dénonciation peut ainsi aller très loin (cf. les sous-entendus entre Madame Broustal et Letzger).

Guillaume Canet a beau être jeune, il fait incontestablement preuve d’une singulière maîtrise peut-être même trop de maîtrise pour être totalement innocent. Il a vu des choses, entendu des choses, peut-être même participé à des choses et nous les montre en prenant soin de masquer les noms. Pour les illustrer, il multiplie les références (Wall Street, « Le Jouet », Very Bad Things et bien évidemment Swimming with Sharks). Habilement, il évoque, souligne, emprunte à ces films cultes (sans jamais copier) pour bâtir une histoire originale, riche et très personnelle. Sans compromission et avec infiniment de style, d’humour et de légèreté, Guillaume Canet assène son violent coup de gueule en dénonçant les dérives d’un spectacle-réalité trop réel pour n’être qu’anodin, trop cruel pour ne pas être blessant. Stop la violence, stop l’idolâtrie… « Mon Idole » est un pourri fascinant mais un pourri !

Premier film, premier sujet et l’acteur-réalisateur atteint sa cible. « Mon Idole » est tombé. Bilan de l’heureuse catastrophe : plus d’un demi million de spectateurs ciné. A votre tour d’assister à cette chute spectaculaire en DVD… vous allez adorer !!!

Généralités - 2,5 / 5

La note est sévère, je l’admets ! D’autant que côté présentation tout est beau, innovant et s’intègre parfaitement à l’ambiance du film. Couleurs flashy, extraits de la BO, scènes chocs et punchlines (dialogues chocs) en arrière-plan, tout a été pensé pour que dès l”introduction de la galette dans votre lecteur DVD, vous soyez plongés dans l’ambiance du film.

Au menu, « du fun, du fun, du fun », le tout empaqueté dans une élégante pochette cartonnée sur laquelle figurent une multitude de couleurs, de dialogues et d’illustration animales (chacun le sien, Broustal le vautour, Bastien le chien, Letzger le cafard…) rappelant le contenu de ce somptueux écrin : à l’intérieur un film culte.

Néanmoins, l’absence frustrante d’une véritable interview du réalisateur et des scénaristes livrant ainsi leurs sources d’inspirations est fort regrettable. C’est même gênant car elle laisse aux possesseurs du DVD un goût amer d’inachevé compte tenu de la richesse du sujet et de l’engagement dont fait preuve le propos. C’est peut-être l’effet (Bernard) Montiel ? Qui sait ? La peur de « balancer » ? Plus sérieusement, un simple panorama des travers télévisuels observés aurait suffi à nous éclairer sur la manière dont Lefebvre et Canet les ont intégré à l’histoire. Ca manque ! Au lieu de cela, les possesseurs de DVD-Rom peuvent télécharger le script sous forme de continuité dialoguée. C’est bien mais on était en droit d’en attendre plus étant donné la qualité du scénario et son importance dans la fabrication de « Mon Idole ».

Toutefois, la formidable énergie qui émane de Guillaume Canet et l’axe volontariste du DVD d’en montrer le plus possible sur l’élaboration, la réalisation et la production du film nous fait presque oublier cette absence de taille. L’édition DVD de « Mon Idole » n’est rien de moins qu’un concentré de talent et de vitalité !!!

Bonus - 3,5 / 5

C’est un Guillaume Canet comme vous ne l’avez encore jamais vu que mettent en scènes les différents bonus de ce DVD. Euphorique, énergique, excité, intenable, autoritaire, mégalomane, anxieux, exténué, attentif… les adjectifs dont on pourrait le taxer s’accumulent tant il apparaît sous les traits d’un véritable homme-orchestre. Entouré de « figurants », le jeune acteur braque les projecteurs sur son travail de réalisateur qu’il décrit lui-même avec beaucoup de simplicité, de passion, sans faux-semblant ni complaisance. Un reportage-vérité sur les coulisses du tournage. Attention… silence… moteur… aaaaaaaaction !

Le Making of (32’29)
Et c’est parti pour plus d’une demi heure de « je t’emmène et j’te montre ». Tout tout tout, vous saurez tout sur « Mon Idole »… de l’écriture à la fin du tournage.
Acte 1 scène 1, les deux scénaristes (Lefebvre et Canet) finissent le scénario en sachant qu’ils ont eu l’argent pour tourner le film. C’est avec beaucoup de stress et d’anxiété mêlés à une « pêche d’enfer » (dixit Canet) que le tournage commence. Le producteur, lui, nous confie ses peurs, ses doutes… et si le film ne marchait pas ? Comment ça et alors, vous n’imaginez pas tout le fric que j’ai pu mettre…et pendant ce temps Canet fait mumuse ; séquences filmées par hélico, shoots en steadycam, chorégraphie, effets spéciaux… mais c’est que si on le laissait faire, il se prendrait pour un réalisateur.
Il faut le voir le jeunot se démener dans tous les sens : le mieux, c’est lorsqu’il mime les séquences. Ha il sait tout faire ce Guillaume ! Après le copain frenchy dans La Plage, après le journaliste trouble dans Vidocq, le voilà déguisé en storyboard humain pour « Mon Idole », gesticulant sur la BO de Sinclair (avec les scènes finales en arrière plan). Et vous voulez que je vous dise ! Ca marche. Chaque plan résonne de son énergie, de sa précision et de son talent. C’est en déconstruisant les séquences-clés du film que le DVD nous amène à cette conclusion sinon lumineuse belle et bien évidente.
Bien sûr il y a la patience et le savoir-faire des techniciens. Evidemment, les acteurs (Berléand en tête) se surpassent en livrant l’une sinon la plus brillante performance de leur carrière. Il n’en demeure pas moins que sans l’inépuisable détermination de Canet à faire un spectacle inattendu et de très grande qualité, « Mon Idole » serait très certainement passé inaperçu comme bon nombre de comédies françaises. Le making of est à la hauteur du film : original, hilarant et captivant… enfin des coulisses où le DVDéphile apprend en s’amusant ! Que du Bonheur !!!

Les scènes inédites (18’)
Au programme, pas moins de 7 scènes coupées que vous pourrez visionner toutes ensemble ou une à une avec ou sans les commentaires (lucides) du réalisateur. N’oubliez pas, « du fun, du fun, du fun ». Même si quelques unes d’entre elles montrent un sens irrésistible de la mise en scène (cf le reportage sur Couilly Pont aux Dames) ou nous en apprennent plus sur la psychologie des personnages, elles ont été jugées (souvent à raison) longues, lourdes voire trop téléphonées. Guillaume Canet-monteur a ainsi décidé de les couper… tout en sachant qu’il les réintégrerait sur le DVD. Mais attention… pas en vrac ou en niquedouille. C’est monté, sonorisé et impeccablement encodé. Merci qui ? Merci Guillaume Canet !!!

Bêtisier (12’03)
Séquence humour ! Malgré un début poussif dû au montage qui prend le parti de montrer intégralement les plantages, lapsus et ratages de toutes sortes, le bêtisier gagne peu en peu en rythme et en intérêt. Ça nous en dit long sur l’ambiance mais également sur la préparation et la composition que livrent les acteurs. François Berléand est hilarant…

Derniers plans des acteurs
La tradition veut que l’équipe ovationne ou surprenne les acteurs principaux lorsqu’ils ont terminé de tourner leur dernier plan. Mouais ! Au nombre de 3, ces séquences recyclent des blagues approximatives qui tiennent plus de la private joke que de la surprise… on aurait très bien pu s’en passer.

Clip « MAYBE LOVE » de Sinclair (3’37)
Dolby Digital 5.1, image soignée, festival d’effets et par- dessus tout, véritable star du clip, la plastique absolument renversante de Diane Kruger. Petits veinards, Guillaume et Sinclair vous ont gâtés ! Un reproche toutefois ? Où est le clip de la chanson-titre « Mon Idole » ???

Court-métrage « JE TAIM » de Guillaume Canet (11’)
Asseyez-vous bien confortablement dans votre fauteuil ! Eteignez les lumières… surtout que personne ne vienne vous déranger ! Mais pourquoi c’est pas en 5.1 ? C’est pas grave, l’image n’est pas excellente mais c’est largement regardable. De la direction des acteurs au montage, c’est éblouissant de maîtrise. Privilégiant à la fois la retenue et l’émotion, le narratif et le visuel, le film livre des personnages attachants rongés par le spleen et la dépendance. Mouvements amples, lumière crue et angles subtils servent un sujet passionnel et difficile. Comment ? C’est déjà fini ??? Il faut que je le vois à nouveau !!! C’est fort, intense et remarquablement bien joué. Un bijou… Immanquable !

Image - 4,0 / 5

Quelques scènes sous-exposées trahissent par leur évidente pâleur une mauvaise gestion du contraste. Malgré cette clarté trop prononcée, il est fort surprenant de noter l’absence de grain. Pourquoi ? L’explication devient alors lumineuse à son tour : certaines scènes jugées trop sombres ont dû être éclairées lors du transfert vidéo. Un choix malheureux (puisque manquant cruellement de subtilité) qui s’est néanmoins accompagné d’une volonté de ne pas dégrader l’image.

Même absence de nuance concernant les couleurs : les tons sont criards (c’est particulièrement visible sur l’orange et le rouge) et privilégient l’agression visuelle. C’est un choix qui peut tout à fait se défendre compte tenu du penchant des Broustal pour le cynisme et l’ostentatoire. Mais cela n’aurait-il pas été plus inattendu de décrire une atmosphère feutrée aux transitions tonales adoucies ? La surprise de Bastien face à la découverte de la véritable personnalité des Broustal n’en aurait été que plus forte. A force d’être agressé visuellement, on finit par s’habituer.

Hormis cela, c’est une image belle et précise que vous aurez le loisir d’observer sur cette édition DVD. Les plans du jardin, de la forêt ou bien encore dans l’entreprise sont irréprochables et offrent une gamme variée de verts, de gris et de bleus. Les ralentis sont parfaitement bien gérés tout comme les accélérés (dans la boîte de nuit). Quant aux visages, vous apercevrez jusqu’au grain de la peau. H2F est ici très loin des transferts approximatifs réalisés à ses débuts. L’éditeur s’est ici surpassé !

Son - 4,5 / 5

Sinclair en concert dans votre salon ! Si si c’est possible !!! Pour cela, il vous suffit de mettre « Mon Idole » dans le lecteur DVD, de sélectionner la piste DTS ou 5.1 et de tourner la molette de votre amplificateur de son. Vous y êtes ? Ce sont les voisins qui vont apprécier !!! Le mixage célèbre sans complexe les basses, laissant ainsi échapper de vos enceintes une féroce impression de puissance. Pour le coup, c’est peu subtile mais judicieux et terriblement efficace.

En accordant une place prépondérante à la musique de Sinclair, le DVD met ainsi à l’honneur une BO somptueuse parfaitement en rythme avec les situations et le montage. Toutefois, ce choix se fait souvent au détriment des dialogues légèrement en retrait. C’est particulièrement flagrant pour la piste DTS. Ca l’est nettement moins pour la piste Dolby Digital 5.1. Autre désavantage mineur qu’un tel choix entraîne : un déséquilibre dans la spatialisation du son. Parce que Sinclair chante et parce que les basses soulignent sa voix, l’essentiel du son porte sur la centrale et les enceintes avant. Lorsque la musicalité de la bande-son fait place à l’ambiance, les enceintes arrière se mettent en mouvement, offrant une dynamique équilibrée.

Que choisir parmi les différents encodages sons ? Je ne saurai trop vous conseiller le DTS. Oubliez un instant certains dialogues pour leur préférer la chaleur et la puissance du « bon son » signé Sinclair. Ses harmonies formidablement inspirées donnent au film une épaisseur et une dimension nouvelles. Pour ceux qui n’ont pas la chance de posséder un amplificateur DTS et/ou Dolby Digital 5.1, une piste Dolby 2.0 leur est tout spécialement destinée. C’est enfoncer des portes ouvertes que d’observer qu’elle ne bénéficie ni de la richesse et ni de la puissance du DTS et du Dolby Digital 5.1. Néanmoins, elle a le mérite d’exister ! Preuve que l’éditeur s’est soucié de l’équipement de tous ses acheteurs. Cette marque de respect est à saluer et même à encourager !

Bon DVD à toutes et tous !

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Rétroprojecteur Toshiba 43PH14P
  • Toshiba SD-330ES
  • Onkyo TX-DS797
  • système d'enceinte 5.1 Triangle
Note du disque
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Moyenne

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Giuseppe Salza
Le 14 septembre 2011
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Fabien
Le 7 novembre 2004
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Martial
Le 11 septembre 2003
Pas de commentaire.

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